Nouvelle-Calédonie : Devant le Congrès, Edouard Philippe balise le chemin jusqu’au référendum

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©Twitter / Edouard Philippe

Après quatre jours d’immersion en terre calédonienne, le Premier ministre Edouard Philippe a défini mardi les étapes qui précéderont le référendum sur l’indépendance prévu d’ici novembre 2018, mesurant « les risques » de ce moment « sensible » pour le Caillou en paix depuis 30 ans.

S’exprimant devant les 54 membres du Congrès de Nouvelle-Calédonie, le chef du gouvernement a salué « l’héritage » et « les acquis » des 30 dernières années, en rendant un hommage appuyé aux « géants » qui ont balisé le chemin de la paix, qualifiant ainsi les acteurs des accords de Matignon signés en 1988, Michel Rocard, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur. Ils ont ouvert « le chemin qui permet de dépasser les haines et les violences, sans pour autant parvenir totalement à effacer les peurs, les souffrances, le souvenir des victimes », a-t-il estimé.

Plus largement, il a salué le processus de paix en cours dans l’archipel après les affrontements meurtriers entre indépendantistes kanak et loyalistes « caldoches » dans les années 80. Dans le sillage des accords de Matignon, l’Accord de Nouméa a instauré en 1998 une décolonisation progressive débouchant sur une consultation sur l’indépendance. « Vous avez fait fructifier ici un actif immatériel d’une valeur inestimable. Ce qui a été fait est unique et incroyablement précieux », a déclaré le Premier ministre.

« L’Etat est totalement engagé »

Estimant que l’échéance électorale constituait « une richesse, une opportunité », il a cependant reconnu qu’elle était aussi « un moment tellement sensible », présentant « évidemment des risques ». « Je les mesure, ces risques (…) mais j’ai confiance », a-t-il insisté. Alors que la vie politique calédonienne est figée en deux blocs, au sein de la population, l’inquiétude est palpable face à la difficulté des dirigeants locaux à éclairer l’après-référendum. La séquence électorale de 2017 a de surcroît conduit à une radicalisation des discours.

Mais devant le Congrès, Edouard Philippe a affirmé sa volonté d’aborder les enjeux avec « respect », « humilité » et « responsabilité », face « à l’immensité de la tâche ». « N’ayons pas peur de nos peurs », a-t-il ajouté, se voulant rassurant: « La consultation aura lieu », et « l’Etat est totalement engagé pour que le scrutin se déroule dans des conditions de transparence telles qu’il ne puisse pas être contesté ». La formulation de la question posée par le référendum devra être « sans ambiguïté, compréhensible » et « binaire », a-t-il ajouté. Devant la presse plus tard, il n’a pas voulu « préjuger de la réponse ». C’est au « peuple calédonien » de se prononcer, a-t-il déclaré au Congrès.

« Socle de valeurs »

Avant ce choix, le chef du gouvernement a souhaité « un dialogue resserré » avec une « dizaine de représentants des forces politiques » calédoniennes. Il a proposé un Comité des signataires de l’Accord de Nouméa pendant « la première quinzaine de mars », et des discussions autour de « quatre thèmes de travail » afin d’aboutir, d’ici la fin du premier semestre 2018, à « un socle d’analyses et de valeurs permettant d’avancer ».

Seront évoqués lors de ce Comité des Signataires ; « le bilan » de l’accord de Nouméa, « les compétences transférées ou à transférer » de l’Etat français à l’archipel, « la place de la Nouvelle-Calédonie dans le monde », et « les valeurs et projets qui font consensus ». En dépit de l’importance de la question institutionnelle, Edouard Philippe a souhaité que « les urgences de la vie quotidienne », telles que la sécurité, la transition énergétique, la jeunesse ou encore l’industrie du nickel, ne soient pas « oubliées ».

Un discours apprécié d’un bout à l’autre de l’échiquier politique calédonien

Le sénateur Pierre Frogier (LR) s’est félicité que « l’Etat redevienne un acteur déterminant de l’accord de Nouméa », tandis que le député Philippe Gomès (Les Constructifs – Calédonie Ensemble) a salué « la méthode » proposée, insistant sur la volonté du Premier ministre de « préparer la vie d’après » le référendum. Du côté indépendantiste, Louis Mapou, chef du groupe UNI-Palika, s’est réjoui qu’Edouard Philippe ait « même fait référence au peuple calédonien, ce qui est plutôt rare de la part d’un haut responsable de la République ». Enfin Roch Wamytan, chef du groupe UC-FLNKS, a apprécié que le chef de gouvernement parle « de l’identité kanak, mais aussi de l’identité calédonienne ». A ses yeux, « est en train d’émerger un nationalisme calédonien », qu’il souhaiterait « marier » avec le nationalisme kanak.

Lors du Comité des Signataires du 2 novembre dernier, qui avait permis de faire émerger un « accord politique » sur la question du corps électoral, le Premier ministre avait déjà unanimement séduit les élus de Nouvelle-Calédonie. Cette séquence devant le Congrès calédonien a clôturé le déplacement de 5 jours du Premier ministre en Nouvelle-Calédonie. Durant ce déplacement très attendu, il a notamment appelé les élus du Congrès à saisir la date et la question du référendum, s’est rendu en province des Îles pour une séquence pollution et transition énergétique, a rendu hommage au tirailleur kanak Kalepo Wabete, et a visité une usine de nickel en province Nord, terre indépendantiste. Edouard Philippe a quitté l’archipel ce mardi soir, heure locale.

Avec AFP.

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