Crise requins : Après La Réunion, la Nouvelle-Calédonie ?

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C’est la polémique qui a enflé ce week-end en Nouvelle-Calédonie. Après l’attaque de Nicole Malignon par un requin le week-end du 9 avril sur la plage de Poé à Bourail, la municipalité a demandé au gouvernement calédonien une autorisation de traque. Un requin non-responsable de l’attaque a été capturé et tué ce dimanche. Sur le web, les réseaux sociaux et les associations de défense de l’environnement s’indignent.

Ce qui s’est passé la semaine dernière et ce week-end à Bourail en Nouvelle-Calédonie pourrait faire penser à la « crise requins » vécue à La Réunion, il y a quelques années. Rappelez-vous, en 2012, une série d’accidents mortels liés à des attaques de requins faisant une bonne dizaine de victimes. La crise avait durement touché l’industrie touristique de l’île et les compétitions de surf n’ont repris que très récemment. Du côté des requins, les attaques ont donné lieu a de nombreux « prélèvements » de l’animal ; captures encadrées par arrêté préfectoral. Depuis, les autorités de l’île se sont organisées pour renforcer la sécurité des baigneurs et éviter d’autres « prélèvements » de l’animal en mettant en place des filets anti-requins, des zones de baignades filmées, et un centre de gestion de la crise requin.

Cette fois-ci, c’est en Nouvelle-Calédonie qu’une attaque a eu lieu, provocant réactions en chaine et indignations face à la mise à mort d’un squale « innocent » ce dimanche. Le week-end dernier, Nicole Malignon, 69 ans, s’est faite attaquer par un requin tigre alors qu’elle nageait en face de la plage de Poé à Bourail. Véritable choc pour la population, la municipalité a décidé d’interdire la baignade dans cette zone, avant de lever cette interdiction sous la pression des opérateurs touristiques, puis, de ré-interdire la baignade à la demande de la famille de Nicole Malignon. Les observations par ULM menées par la municipalité et plusieurs témoignages ont rapporté la présence de plusieurs requins tigres dans le secteur, dont un très proche du lieu de l’attaque.

Pose de filets anti-requins à Boucan Canot à La Réunion ©Thierry Peres

Pose de filets anti-requins à Boucan Canot à La Réunion ©Thierry Peres

Alors que la municipalité de Bourail annonçait que la traque se déroulerait lundi matin, celle-ci a capturé, dimanche aux aurores, un requin tigre de trois mètres. C’est un pêcheur professionnel mandaté qui s’est chargé de la capture. Cependant, « après vérifications effectuées par un médecin légiste et un expert des requins, ancien chercheur de l’IRD, il s’avère bien que le requin-tigre de 3 mètres qui a été capturé et tué à Poé ce dimanche n’est pas celui qui avait attaqué Nicole Malignon le week-end dernier. Trois autres requins-tigres ont cependant été repérés sur le plan d’eau de Poé. Il est à prévoir que, cette semaine, ceux-ci seront eux-aussi vraisemblablement traqués et tués par des pécheurs professionnels » précise Calédosphère. Le site où a eu lieu l’attaque est normalement protégé et interdit à la pêche. La maire de Bourail, Brigitte El Arbi, a dû donc demander une autorisation de pêche auprès du gouvernement calédonien et de la Province sud. D’après Les Nouvelles Calédoniennes, la traque devrait durer toute la semaine. En fait, jusqu’à ce que le requin coupable soit capturé.

Sur le web, les réseaux sociaux et associations de défense de l’environnement s’indignent. La branche calédonienne de la Sea Shepherd s’est exprimée sur sa page Facebook, quelques heures après l’annonce de la mise à mort d’un requin innocent, « nous tenons à adresser nos sincères condoléances à la famille de la victime de Poé ». Néanmoins, « nous déplorons également la tuerie revancharde du requin « coupable » qui a été lancée ce matin en catimini », a déclaré la Sea Shepherd. Elle poursuit, « le requin abattu ce matin n’avait fait de mal à personne, il était également au mauvais endroit au mauvais moment. Tuer au hasard n’est pas la réponse ». Miss Nouvelle-Calédonie 2013, Agnès Latchimy, a pris la défense des squales dans un papier publié sur le site Calédosphère, « je suis indignée de la cruauté humaine qu’a provoqué cette attaque, une cruauté consciente en comparaison des animaux. Comment peut-on autoriser une chasse aux requins ? Sur une île où on prône la protection du lagon classé pourtant patrimoine de l’UNESCO ». En effet, le lagon de la Nouvelle-Calédonie est classé au Patrimoine mondial de l’Humanité, une telle chasse ne devrait donc pas avoir lieu.

Le requin capturé et tué à Poé n'était pas celui responsable de l'attaque et de la mort de Nicole Matignon ©DR

Le requin capturé et tué à Poé n’était pas celui responsable de l’attaque et de la mort de Nicole Matignon ©DR

L’association environnementale « Ensemble pour la planète » a également réagi avec virulence face à la chasse au requin. Selon l’association, « il est inacceptable de procéder à une quelconque chasse au requin tigre. Il convient de rechercher le stimulus ou les stimuli alimentaires qui ont conduit le squale à attaquer la baigneuse et de mettre un terme définitif aux comportements irresponsables, notamment de pêcheurs ou de chasseurs, par application de lourdes sanctions ». Puis elle pointe du doigt « les rejets de déchets de poissons », qui « sont quotidiens au port autonome de Nouméa. D’autre part, certains enfreignent l’interdiction de pénétrer sur la zone portuaire pour s’adonner à des jeux de nourrissage dangereux avec les requins. Un accident mortel est là aussi susceptible de se produire ». Une pétition a également été lancée sur la plateforme Change.org. Adressée au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, celle-ci demande « la protection des requins en Nouvelle-Calédonie » et rassemble à ce jour, 57 signatures.

Cette traque que beaucoup dénoncent dénote complètement avec un autre territoire d’Outre-mer, dans lequel le requin jouit d’une place bien particulière. En effet, en Polynésie française, plus grand sanctuaire de requins au monde avec la République des Palaos (Palau), les interactions avec les squales semblent plus paisibles, même avec ceux qui sont considérés comme étant dangereux. Dans la mythologie polynésienne, le requin est d’ailleurs un symbole de protection. Une vision bien loin de celle qui associe l’animal à un prédateur répondant à ses instincts meurtriers les plus primaires, largement diffusée par des films tels que « Les dents de la mer » ou « Peur bleue ».

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