Wallis et Futuna : Confusion à Wallis ; deux rois pour un royaume !

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Les choses s’annonçaient bien, depuis début avril et jusqu’en début de semaine dernière. La Grande chefferie et certaines des familles royales d’Uvea s’étaient mises d’accord pour introniser, samedi 16 avril, Tominiko Halagahu. Mais au fil d’accords et de désaccords, plusieurs familles royales se sont opposées à l’intronisation de Tominiko Halagahu. Celles-ci ont décidé de destituer la Grande chefferie et d’introniser un autre roi, Patalione Kanimoa. Uvea se retrouve désormais, après deux années sans roi, avec deux chefferies, deux Premiers ministres et deux rois. 

Cela faisait deux ans maintenant que l’île de Wallis, sur laquelle est basé le royaume d’Uvea, n’avait ni roi ni premier ministre. Le dernier souverain du royaume, Kapielele Faupala, avait été destitué en 2014. Mais début avril 2016, la Grande chefferie et plusieurs familles royales se sont mises d’accord pour introniser Tominiko Halagahu, actuel chef du district Nord et petit-fils d’un ancien roi. La désignation avait officiellement été annoncée par le ministre Coutumier, Uluimonua Pasilite Hansen, dès le 1er avril. Sauf que, cette décision n’aurait pas obtenu le consensus au sein de toutes les familles royales. Mardi 12 avril au soir, plusieurs dizaines de personnes ont occupé le Palais royal, place Sagato Soane, afin d’empêcher et protester contre l’intronisation de Tominiko Halagahu prévue le samedi 16. Selon Wallis et Futuna 1ère, c’est une majorité des familles royales qui se seraient opposées à sa désignation. « Ecoutés mais pas entendus », le porte-parole des familles opposantes affirme ; « le futur roi d’Uvea annoncé par la chefferie, nous ne le reconnaîtrons pas ». Pour ces familles, la désignation de Tominiko Halagahu est un « coup de force illégitime » orchestré par la Grande chefferie et une partie des familles royales.

Selon la règle coutumière rappelée par Atoloto Talagaha ; « ce sont les familles royales qui choisissent le Roi parmi les lignées royales. Elles vont ensuite voir la grande Chefferie qui organise alors l’intronisation. Et pas l’inverse… ». Pour aller plus loin dans la contestation, les familles opposées à l’intronisation de Tominiko Halagahu ont même décidé de destituer la Grande chefferie actuelle, « le sage des familles royales a destitué la Grande chefferie sauf les chefs de district. Il n’y a plus de Grande chefferie pour nous », a confirmé Atoloto Talagaha. Le texte de la destitution, signé par une quarantaine de personnes, a ensuite été porté au représentant de l’Etat français, le Préfet Marcel Renouf, même si celui-ci « ne s’immisce pas dans les affaires coutumières ». Le Préfet aurait donc simplement acté. A Wallis et Futuna, la tradition coutumière jouit d’une place primordiale dans la gestion du territoire. Lors de sa visite sur le territoire d’Outre-mer, François Hollande n’avait pas dérogé à la traditionnelle et diplomatique cérémonie du Kava royal.

Le dernier roi de Wallis, Kapiele Faupala, destitué en 2014 ©AFP

Le dernier roi de Wallis, Kapiele Faupala, destitué en 2014 ©AFP

Nouveau rebondissement. Jeudi, une réunion de plus de trois heures s’est tenue entre les toutes les familles royales du royaume d’Uvea. Un accord a été obtenu et un consensus s’est dessiné autour de Tominiko Halagahu, tant du côté de ses partisans de la première heure que du côté de ses opposants. Ces derniers remportaient la nomination du Premier ministre, Mikaele Halagahu. Tominiko Halagahu devait être intronisé samedi 16. « Aujourd’hui, malgré toutes les difficultés et certaines paroles maladroites, nous sommes parvenus à un accord de paix », déclarait alors Mikaele Halagahu. D’après Wallis et Futuna 1ère, le consensus n’était pourtant pas aisé tant la situation sur l’île était tendue. Quoiqu’il en soit, le rendez-vous pour les modalités d’intronisation était donné vendredi 15 avril au matin, toujours au sein du Palais royal. On croyait alors la situation apaisée, que nenni ! Vendredi soir, les familles opposantes présentes au Palais ont appris l’intronisation en toute discrétion de Tominiko Halagahu, à son domicile. « Nous avons pris la décision à 16h00 », explique le monua Pasilite Hensen. Il précise « ce matin on les a rencontrés. La chefferie de Hahake a été chahutée par le public et ils ont été obligés de changer ». Pour le monua, la conclusion s’imposait « on a décidé d’introniser le roi. On a pris de court tout le monde ! ».

L’imbroglio continue. Vendredi soir, Marcel Renouf a en sa possession trois délibérations. Deux d’entre elles proviennent de la Grande chefferie ayant intronisé Tominiko Halagahu à son domicile et loin des yeux de ses opposants, qui l’ont pourtant accepté moyennant la nomination de Mikaele Halagahu en tant que Premier ministre. La première informe la nomination d’un autre Premier ministre, différent de celui nommé par le consensus de la veille. La seconde informe l’intronisation de Tominiko Halagahu en tant que Lavelua (roi) du royaume d’Uvéa. La troisième et dernière délibération déposée auprès du Préfet émane des familles opposantes et de la nouvelle chefferie. Celle-ci a été signée par le Premier ministre nommé jeudi lors de la réunion des deux parties et devrait être publiée au Journal Officiel, tout comme les deux autres. Le Préfet se retrouve alors en possession de trois délibérations complètement contradictoires et coincé entre ses obligations républicaines qui l’empêchent de s’immiscer dans le système coutumier wallisien et la nécessité de trancher une situation complexe, déchirant les familles royales wallisiennes. Ce lundi matin, on ne sait toujours pas quelle(s) délibération(s) ont été publiée(s) au Journal Officiel et donc, quelle chefferie aura le dernier mot.

En février dernier, François Hollande rendait visite aux Wallisiens et Futuniens. Il pris part à la cérémonie du kava royal, qui a donné aux interprétations les plus farfelues des médias nationaux ©AFP

En février dernier, François Hollande rendait visite aux Wallisiens et Futuniens. Il pris part à la cérémonie du kava royal, qui a donné lieu aux interprétations les plus farfelues des médias nationaux ©AFP

Samedi, la situation restait bouchée. D’un côté, la Grande chefferie fête l’intronisation de Tominiko Halagahu. De l’autre, la nouvelle chefferie, annoncée en début de semaine dernière par les familles opposantes, occupe toujours le Palais royal. Le représentant de l’Etat, quant à lui, ne laisse rien transparaitre sur son hypothétique décision concernant les trois délibérations. Mais dimanche matin, nouveau rebondissement ! La nouvelle chefferie a intronisé un autre roi ; Patalione Kanimoa, ancien Président de l’Assemblée territoriale et ancien conseiller économique et social. Depuis dimanche, le royaume d’Uvea, régissant l’institution coutumière de Wallis, se retrouve avec deux rois ! Une situation inédite, même s’il est de coutume que les intronisations ne sont jamais simples, comme ce fut le cas pour l’intronisation du roi de Sigave en mars dernier. Contrairement à l’intronisation de Tominiko Halagahu, celle de Patalione Kanimoa se déroule au sein du Palais royal, rassemblant des centaines de personnes selon nos confrères de Wallis et Futuna 1ère. En d’autres termes, la seconde intronisation paraît d’avantage en harmonie avec les règles de la tradition coutumière wallisienne. « Aujourd’hui, c’est un nouveau départ », commente le Premier ministre choisi par la nouvelle chefferie. Il poursuit, « comme vous pouvez le voir les trois districts sont présents. Et je pense qu’on a réussi notre mission, celle de rétablir la paix sociale. Et j’espère que cela va être ainsi dans les années à venir ». Au même moment, Tominiko Halagahu assistait à sa première messe en tant que Lavelua (roi) du royaume d’Uvea. Il était accompagné par son Premier ministre, Seteefano Hanisi.

Wallis et Futuna est divisé en trois royaumes ; celui d'Uvée à Wallis, de Sigave au Nord de Futuna et d'Alo comprenant le Sud de Futuna et l'île d'Alofi ©DR

Wallis et Futuna est divisé en trois royaumes ; celui d’Uvea à Wallis, de Sigave au Nord de Futuna et d’Alo comprenant le Sud de Futuna et l’île d’Alofi ©DR

La confusion règne donc à Wallis et Futuna. Le Préfet se retrouve avec maintenant quatre délibérations émanants des deux chefferies, la Grande et la nouvelle, qui se sont opposées tout au long de la désignation d’un nouveau roi. Reste à savoir quelle chefferie verra ses délibérations validées par la préfecture. Pour ne pas déroger à la règle républicaine qui veut que l’Etat n’interfère pas avec les instances coutumières, on pourrait supposer que le Préfet demande aux deux chefferies de se réunir et se mettre d’accord sur un roi et un Premier ministre. Selon une dépêche de l’AFP, la population wallisienne soutiendrait Patalione Kanimoa, intronisé par la nouvelle chefferie, notamment parce que Tominiko Halagahu ferait l’objet de poursuites judiciaires, suite au blocage de l’aéroport de Wallis-Hihifo en novembre dernier. Le district de Hihifo, dont Tominiko Halagahu est le chef, demandait l’embauche de deux villageois comme dédommagement foncier. Mais pour la partie adverse, pas de doute ; « M. Kanimoa est le roi légitime, il a été intronisé dans les règles de la coutume, qui sont sacrées pour nous », affirmait Aloisio Sako, chef coutumier au sein de l’importante communauté wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie. Quoiqu’il en soit, alors que le royaume d’Uvea à Wallis souffrait de ne pas avoir de roi pendant deux ans, celui-ci se retrouve aujourd’hui avec deux rois, deux chefferies et deux premiers ministres ! Une situation tout aussi inédite que le statut de Wallis et Futuna au sein de la République française, équilibre fragile entre tradition républicaine et instances coutumières.

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