Pacifique : Ni roi, ni premier ministre « Wallis est comme en pilotage automatique » – Interview EXCLU

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Depuis mai 2015, le gouvernement wallisien se retrouve sans premier ministre. La raison ? Tant que la Collectivité d’outre-mer n’aura pas de roi, le gouvernement n’aura pas de chef. La dernière tentative de mise en place d’un premier ministre a échoué.

La loi coutumière l’exige, « seul un personnage plus haut placé peut installer un responsable inférieur dans la hiérarchie coutumière ». Sans roi depuis septembre 2014, Wallis et Futuna est, dans la logique des faits, sans premier ministre. Au mois de mai, le dernier titulaire du poste a été forcé de se retirer. Les vaines tractations des dernières semaines ont eu pour issue le saccage d’une partie du Fale Fono, la chefferie d’Uvéa (Wallis). À l’issue de tout cela, l’actuel numéro 1 du gouvernement, le ministre coutumier de l’environnement terrestre et maritime, a annoncé la décision le jeudi 12 novembre à la grande chefferie. Relayé par le ministre coutumier de l’agriculture qui affirme « il faudra introniser un souverain qui ensuite choisira son premier ministre ».

Malia Lape-Ulutuipalelei est originaire de Wallis et Futuna. Elle vit depuis 13 ans en France, où elle est venue poursuivre ses études. Consultante en transport et en tourisme, c’est aussi une femme engagée dans plusieurs associations : Solidarité Itinérante des Artistes du Pacifique et de l’Océanie, Conseil Représentatif des Français d’Outre-mer et Femmes 3000. Elle oeuvre dans tous ces milieux « pour aider au développement et à la promotion de mon Wallis et Futuna ». Outremers360 l’a contacté pour qu’elle nous en dise d’avantage sur la situation de la petite Collectivité du Pacifique.

Malia Ulutuipalelei, originaire de Wallis, et vivant à Paris depuis 13 ans ©Malia Ulutuipalelei

Malia Ulutuipalelei, originaire de Wallis, et vivant à Paris depuis 13 ans ©Malia Ulutuipalelei

Comment est régie cette petite collectivité d’Outre-mer ?

Malia : Wallis et Futuna est régie par la loi du 29 juillet 1961. L’État est représenté à Wallis et Futuna par un Préfet, Administrateur supérieur, qui par ailleurs assure l’exécutif de la collectivité territoriale. Un Conseil territorial réunit les trois rois coutumiers (à Wallis le Roi d’Uvea porte le titre de Lavelua) et le chef de la hiérarchie coutumière est assisté d’un premier Ministre (Kalaekivalu) et de 5 Ministres. Il nomme encore sur proposition de la population trois chefs de district (FAIPULE) qui ont autorité sur les 21 chefs de village reconnu par la populations. Le royaume wallisien et les deux royaumes futuniens, Sigave et Alo, ne sont pas des monarchies héréditaires mais aristocratiques. A Futuna, chacun des deux rois, le Tuiagaifo à Alo et le Tuisigave à sigave, disposent aussi de ministres, jouant les portes parole dans les conseils. Les vice-présidents, ainsi que trois personnalités désignées par le préfet après accord de l’Assemblée Territoriale. Le conseil territorial assiste le chef du territoire pour l’administration de Wallis et Futuna. Il examine notamment tous les projets qui doivent être soumis à l’Assemblée territoriale, composée de 20 membres élus. L’Assemblée vote le budget de la Collectivité et délibère sur les sujets de sa compétence. Il n’existe pas de communes à Wallis et Futuna, mais trois circonscriptions administratives dotées de la personnalité morale et d’ un conseil de circonscription présidé par le roi coutumier. Les circonscriptions correspondent aux royaumes (Uvea à Wallis, Alo et Sigave à Futuna). La Collectivité est représentée au niveau national par un député, un sénateur et un conseiller économique et social.

Le gouvernement n’a pas de chef, ni roi. Qu’est-ce que cela change au quotidien ?

Malia : Disons que la vie politique est figée. En l’absence du roi aucune décision importante ne peut être prise. Wallis est comme en pilotage automatique.

Comment cela se fait que le Roi n’ai pas été remplacé depuis septembre 2014 ?

Malia : Le processus de désignation est très long. En fait chaque famille royale doit se mettre d’accord en interne (et les familles sont grandes) puis ensuite les différentes familles doivent, ensembles, désigner un successeur au trône.

L’ile se vide de près de 500 personnes par an. Sur une population d’environ 10000 habitants, ce chiffre est énorme

Quelles seraient les conséquences sur le long terme ?

Malia : Vu la situation économique et sociale actuelle, Wallis a besoin de quelqu’un de dynamique, moderne et fédérateur. Quelqu’un apte à rassembler toutes les sensibilités. Sans cela, Wallis va continuer à s’enfoncer dans une crise dans laquelle il sera difficile de sortir. N’oublions pas que l’ile se vide de près de 500 personnes par an. Sur une population d’environ 10000 habitants, ce chiffre est énorme… Il faut que toutes les forces vives se rassemblent. Finissons-en avec les querelles de clochers. Les réformateurs et les conservateurs doivent s’entendre. Faire un front commun pour sauver Wallis et Futuna de la désertification. Je suis réellement persuadée qu’il est possible de développer le territoire et de s’ouvrir au monde sans nécessairement renier nos traditions.

Selon toi, est-ce que le régime wallisien, tel qu’il est, est fiable ?

Malia : Fiable je ne sais pas. Disons relativement stable, mais complexe. Le partage du pouvoir politique entre les 3 rois et le représentant de l’État (le préfet) complique la gestion du territoire. Le mélange du droit coutumier et des lois françaises, adaptées aux spécificités de l’île, rendent toute tentative de projet économique ou d’aménagement très compliqué à mettre en œuvre.
A mon sens il faudrait aménager la loi de 1961 pour permettre la mise en place simple, de projets économiques pour le développement de l’île.

Le dernier roi de Wallis, destitué en 2014 ©AFP

Le dernier roi de Wallis, destitué en 2014 ©AFP

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