Venezuela : Les élections vues par des Vénézuéliens de France – EXCLU

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Si la France se remet difficilement de sa gueule de bois nationale au lendemain des élections régionales, le Venezuela s’apprête à entrer dans une nouvelle ère. En votant majoritairement pour l’opposition, les vénézuéliens viennent de rejeter en masse le système chaviste. Retour sur une journée historique vue par les Vénézuéliens de France.

Ils s’appellent Bertha, Henry, Rodolfo, Wran, Ixchell ou encore Jean-Maurice. Ce dernier fait office de patriarche pour cette infime partie de la communauté vénézuélienne de France. Ces élections, ils l’attendaient depuis longtemps. Ils le sentaient, le vent allait tourner en défaveur du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), encore fallait-il que ces espoirs de changement se concrétisent. Ils ont quitté leur pays natal il y a plus de 10 ans pour certains, et il y a à peine deux mois pour d’autre. Ixchell, par exemple, est arrivée ici à l’âge de 7 ans. Sa mère Bertha voulait lui offrir une vie meilleure, sans violence, sans armes, sans démagogie. 7 ans, c’est l’âge idéal pour se fondre dans la masse. Adoptée par Jean-Maurice, elle a vécu au Chesnay, fait sa scolarité à Versailles, Paris, Toulouse et maintenant Bordeaux. Dès que le temps lui permet, elle rejoint La Rochelle retrouver sa famille et une partie de ses racines, car tous y sont installés. Ce dimanche soir, ils pensent à la France, au séisme politique qu’a provoqué les élections régionales, mais aussi à leur Venezuela bien-aimé et aux législatives qui se débutaient à la même heure.

Nicolas Maduro annonce à la télévision sa défaite lors des législatives du 6 décembre ©AFP

Nicolas Maduro annonce à la télévision sa défaite lors des législatives du 6 décembre ©AFP / Le Dauphiné

Avant de se coucher, la petite famille garde un goût amer des chiffres et des images qui passent en boucle à la télévision, comme une majorité des français. Car avec un taux de participation qui arrive à peine à 51%, impossible d’affirmer que le FN est le premier parti de France. Quoiqu’il en soit, le sommeil s’estompe peu à peu et laisse sa place à l’inquiétude. Ils sont tous partis du Venezuela pour une vie meilleure, en France, pays des libertés, des pensées, des Droits de l’Homme. Pour eux et pour de très nombreux Vénézuéliens, Hugo Chavez est en parti responsable de la déchéance du Pays, de son plongeon sans fin dans la pauvreté, la violence, le repli. Même si le pays n’était un exemple de perfection économique avant le chavisme, force est de constater que celui-ci a fait beaucoup de tort à l’économie vénézuélienne. Ils ne voulaient pas revivre ça, pas après avoir quitté le Venezuela. Car la-bas, les autorités douanières semblent faire leur possible pour éviter la fuite de leur population, l’obtention du passeport peut être un véritable parcours du combattant. Wran en est la preuve vivante, il a raté son premier avion pour Bordeaux, sans aucune explication de la part des douaniers. Les banques privées ont été nationalisées et la propriété privée est devenu un concept réservé à la classe dirigeante.

L'opposant Henrique Capriles. Son doigt trempé dans l'encre prouve qu'il a bien voté ©Reuters

L’opposant Henrique Capriles. Son doigt trempé dans l’encre prouve qu’il a bien voté ©Reuters

Mais ce lundi matin, un sourire illumine le visage d’Ixchell. En se réveillant, elle apprend par Le Monde et Outremers360 (naturellement), que l’opposition vénézuélienne vient de victorieusement remporter les élections législatives, renvoyant Nicolas Maduro à ses cours d’élocution, « il ne sait même pas parler espagnol ! » assène Ixchell. La large coalition Table de l’unité démocratique (MUD) vient de rafler 99 sièges sur 167 au parlement. Le PSUV, lui, s’en sort avec 46 sièges. Jean-Maurice est plus prudent, « il suffit qu’il y ait un peu de violence pour que Maduro décrète l’état d’urgence et le Parlement ne pourra plus rien dire ». Mais il semble que le Venezuela rêve d’une victoire apaisée. Pour l’heure, pas de heurt, pas de violence, l’Histoire se déroule comme il le faut. La famille est discrètement euphorique, l’angoisse de la veille a laissé place à l’assurance, « au moins, si le FN passe en 2017, on pourra retourner au Venezuela sans craindre de vivre dans une dictature ». Ce midi, la famille se rend chez Henry pour un repas amplement mérité.

Un employé de l'autorité électorale prépare la machine servant au vote. Hugo Chavez reste une figure omniprésente au Venezuela ©Reuters

Un employé de l’autorité électorale prépare la machine servant au vote. Hugo Chavez reste une figure omniprésente au Venezuela ©Reuters

Bertha reçoit des nouvelles de sa mère, restée au Venezuela avec une grande partie de sa famille, « elle m’a dit qu’elle s’est levée à 5h du matin pour aller voter ! C’est la première fois qu’elle vote », puis elle rétorque à sa mère, « c’est grâce à toi que l’opposition a gagné ! ». L’opposition, c’est une large coalition allant de la droite dure à la gauche, menée par Jesus Torrealba. C’est dire à quel point le changement devenait urgent. Maintenant qu’ils sont majoritaires au Parlement, le MUD pourra démonter le système chaviste et toutes les gabegies qui en découlent. Les Vénézuéliens espèrent une vie meilleure, peut être retrouver ce Venezuela d’antan, qui jusque dans les années 90, était un des pays les plus riches et les plus développés d’Amérique latine. Mais le chemin reste encore long, les efforts laborieux pour se pays qui revient de loin. En théorie, le Président détient plus de pouvoir que le Parlement. Mais en pratique les choses diffèrent, et avec deux tiers des siège, l’opposition aura le champs libre pour reconstruire le pays de Simon Bolivar. Reste encore à prouver, pour cette large coalition, qu’elle est unie et prête à découdre un système qui régit le Venezuela sans partage depuis maintenant 16 ans.

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