« La Nouvelle-Calédonie ne doit pas être un enjeu de politique nationale », défendent les élus calédoniens

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La passe d’armes entre l’ancien Premier ministre Manuel Valls et le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon autour de la mission parlementaire sur la Nouvelle-Calédonie, est vertement critiquée par les élus calédoniens qui déplorent un retour du dossier calédonien dans les polémiques nationales.

« Nous avons toujours considéré que la Nouvelle-Calédonie ne doit pas être un enjeu de politique nationale », explique Charles Washetine, porte-parole et élu du Palika (Parti de libération kanak), à l’approche d’un référendum d’autodétermination, fin 2018. « Je ne pense pas que les positions tranchées de Jean-Luc Mélenchon servent le combat du peuple kanak, ni la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie », met-il aussi en garde, souhaitant cependant que « des sensibilités différentes s’expriment » au sein de la mission parlementaire. En janvier dernier, le Palika avait été co-organisateur de la primaire du PS et avait exprimé son soutien à Manuel Valls.

Jean-Luc Mélenchon a démissionné vendredi avec fracas de la mission d’information parlementaire sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, présidée par l’ancien Premier ministre Manuel Valls. Il a qualifié ce dernier de « personnage extrêmement clivant » qui aurait « une proximité avec les thèses ethnicistes de l’extrême droite ». Le député de l’Essonne a en retour dénoncé sur Twitter le ton « ignoble et outrancier » du texte du leader de La France Insoumise « qui affiche son mépris pour les Calédoniens ».

« On aurait pu espérer que la Nouvelle-Calédonie ne soit ni un marchepied, ni un exutoire de la politique française », tacle de son côté Gérard Reignier, secrétaire général du parti indépendantiste Union Calédonienne (UC). Et d’assurer que sa formation n’avait pas « d’a priori » concernant Manuel Valls: lorsqu’il était Premier ministre, il avait selon lui « su trouvé des solutions », en référence à sa gestion de la crise du nickel en avril 2016 ou à la délicate question du corps électoral. « Il a parfois eu un ton paternaliste », admet toutefois Gérard Reignier.

« Prise en otage »

Voix discordante, Louis-Kotra Uregei, leader du parti Travailliste (independantiste), proche de l’extrême gauche, juge lui « bidon » la mission de l’Assemblée nationale. « Manuel Valls, dans le passé, ne nous a pas habitués à une impartialité (…). On rejette absolument cette mission et on salue la démission de Jean-Luc Mélenchon », a-t-il lancé à la presse. Au sein de la droite non-indépendantiste, les dirigeants se sont élevés contre « une prise en otage » de la Nouvelle-Calédonie, où la concorde entre les communautés demeure fragile. « Il faut que les règlements de compte personnels sur le dos de la Nouvelle-Calédonie s’arrêtent vite », a mis en garde Sonia Backès, chef du groupe Les Républicains Calédoniens au Congrès, qualifiant de « bonne chose » la démission de Jean-Luc Mélenchon.

Le député UDI, Philippe Gomès, membre de la mission, a de son côté estimé que le dossier calédonien « exigeait sérénité, discernement et sagesse » et que « les passes d’armes politiciennes n’y avaient pas leur place ». Il s’est en revanche félicité que « des personnalités politiques de premier plan comme Manuel Valls ou Christian Jacob (rapporteur, ndlr) » puissent être « utiles » à la Nouvelle-Calédonie. Les députés ultramarins Moetai Bortherson (en tant que Secrétaire), Thierry Robert (en tant que Vice-président), Olivier Serva (en tant que membre) et Philippe Dunoyer (député de la Nouvelle-Calédonie) font également partie de cette mission, qui fut auparavant présidée par Dominique Bussereau.

Depuis plus de 20 ans, la Nouvelle-Calédonie n’apparaissait plus en première ligne dans les grands débats nationaux. La proximité de la consultation, prévue pour novembre 2018, semble donc mettre fin à la trêve. Ce que redoutent les élus calédoniens, pour une fois d’accord entre eux.

Avec AFP

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