Crise sociale en Guyane: Le dialogue se poursuit sans promesses « irréalistes »

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©Jacques Demarthon / AFP

Ce lundi 3 avril à Paris, le Premier ministre Bernard Cazeneuve a appelé à « poursuivre le dialogue » avec les collectifs menant le mouvement de grève générale en Guyane, tout en se refusant de « promettre des aides financières (…) irréalistes ».

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a donc réservé une fin de non-recevoir à l’ultime revendication des collectifs guyanais concernant un plan d’aide globale de 2,5 milliards d’euros. « Il serait (…) aisé de céder à la facilité et de promettre des mesures et des aides financières d’un montant irréaliste puis d’en laisser la charge et la responsabilité à un autre gouvernement. Ce n’est pas la conception que nous avons de la responsablité dans la République », a déclaré le Premier ministre à Matignon. Bernard Cazeneuve a rassemblé pas moins de 12 ministres du gouvernement, dont Matthias Fekl (Intérieur) et Ericka Bareigts (Outre-mer).

12 ministres étaient réunis aujourd'hui à Matignon, dont la ministre des Outre-mer et le ministre de l'Intérieur ©Jacques Demarthon / AFP

12 ministres étaient réunis aujourd’hui à Matignon, dont la ministre des Outre-mer et le ministre de l’Intérieur ©Jacques Demarthon / AFP

Défendant le bilan du quinquennat, Bernard Cazeneuve a affirmé que les investissments vers la Guyane ont « augmenté de 79% en cinq ans ». Il a également annoncé que le gouvernement apportera 4,5 millions d’euros d’avance à destination du Conseil Général de Guyane « pour régler les dettes aux entreprises ». En outre, l’État « apportera son concours » pour développer les infrastructures routières guyanaises, avec notamment le doublement de la capacité de certains grands axes. Le Premier ministre a appelé « à la raison et à la levée des barrages ». « Bloquer la Guyane, bloquer son économie, bloquer ses écoles, bloquer ses services publics, ce n’est pas ainsi que l’on peut préparer l’avenir ».

Le mouvement se poursuit et se durcit

De leur côté, les collectifs ont annoncé dès dimanche soir, alors que les négociations avec la ministre des Outre-mer avaient échoué, une poursuite du mouvement de grève générale. Les magasins sont restés fermés aujourd’hui en Guyane et les barrages ont été maintenus. Une « nouvelle démonstration de force » doit avoir lieu ce mardi à Kourou. En référence au slogan du collectif « Pou La Gwiyann dékolé », le Premier ministre assure: « la Guyane ne pourra pas décoller sur la base de fausses promesses et d’engagements non tenus ». « J’appelle donc l’ensemble des partenaires à poursuivre le dialogue afin de bâtir ensemble l’avenir de la Guyane », a-t-il ajouté.

De leur côté, les collectifs ne sont pas prêts à infléchir leur position ©Jody Amiet / AFP

De leur côté, les collectifs ne sont pas prêts à infléchir leur position ©Jody Amiet / AFP

En attendant, le plan d’urgence d’1,85 milliard d’euros, annoncée par les ministres de l’Intérieur et des Outre-mer à Cayenne, reste d’actualité. Ce plan, dont les engagements devraient être « actés » mercredi en Conseil des ministres, « répond aux préoccupations prioritaires exprimées » par les collectifs « notamment en ce qui concerne l’éducation la sécurité, la santé et la commande publique ». Dix accords, répartis en thématiques, ont également été conclus avant le retour d’Ericka Bareigts à Paris: économie, agriculture, tourisme, BTP, pêche, activités minières, auto-écoles, énergies renouvelables, logement, transports et celle concernant les communautés amérindiennes et bushinengue.

« Un effort supplémentaire sur deux dossiers, la santé et l’éducation, nous aurait permis de sortir par le haut de cette crise », regrette Antoine Karam, sénateur de la Guyane. « Le Premier ministre n’a pas perçu la réalité de nos problèmes sur place. S’il était venu, il s’en serait rendu compte », a-t-il ajouté. L’ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira, actuellement à Colommiers pour un meeting de Benoît Hamon, a assuré ne pas vouloir faire de commentaires sur les propos du Premier ministre mais déclare tout de même, « ce n’est pas juste une question de somme mais de priorités et d’appréciation de ce que coûtent ces priorités ». « La responsabilité de l’État est de s’assurer que, sur les territoires de la République, l’égalité et la citoyenneté soient réelles », ajoutant, « ce n’est pas le cas dans l’ensemble des territoires ».

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