Après les propos d’Emmanuel Macron sur le chlordécone, l’Élysée plaide un « malentendu »

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« Il ne faut pas dire que c’est cancérigène », avait déclaré Emmanuel Macron, devant quelques 130 élus ultramarins vendredi dernier, sur le chlordécone. Ces propos, qui ont donné lieu à un échange tendu avec le sénateur de Guadeloupe et ancien ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, ont également fait polémique jusqu’au Antilles, où ce pesticide a été utilisé jusqu’en 1993. Contacté par Le Monde, l’Élysée a tenté d’expliquer les propos du président. 

« Il est établi que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente les peurs », avait poursuivi le président de la République, recevant maires, élus locaux et parlementaires ultramarins à l’Élysée dans le cadre du Grand débat national. Des propos qui ont suscité la colère d’élus antillais et pas que. « Le petit médecin de campagne que je suis vous affirme que de nombreux guadeloupéens et martiniquais sont malades du chlordécone et meurent quotidiennement », avait répondu le maire de Capesterre-Belle-Eau. Le sénateur de Martinique Maurice Antiste appelait à « ne (…) pas nier qu’il y a des problèmes et des risques de décès à partir de cet empoisonnement collectif ».

Dans une longue lettre adressée à Emmanuel Macron ce lundi, les parlementaires guadeloupéens Hélène Vainqueur-Christophe et Victorin Lurel, appellent le président à « mesurer et sous-peser (ses) prises de position ». « Comme vous, nous ne disons pas qu’il existe un lien strictement direct entre exposition au chlordécone et survenue de pathologie mais nous refusons que vous puissiez certifier que la chlordécone n’est pas cancérogène ».

Selon une étude de Santé publique France en 2018, 95% des Guadeloupéens et 92% des Martiniquais sont contaminés par ce pesticide employé dans les bananeraies antillaises jusqu’en 1993, alors qu’il était interdit en Europe. Dès le lendemain de cette déclaration qui a mis le feu aux poudres, deux Professeurs, Luc Multigner (épidémiologiste et directeur de recherche à l’Inserm) et Pascal Blanchet (urologue au CHU de Guadeloupe) ont contredit le président de la République dans une lettre adressée aux médias. Ces derniers soulignent que dès 1979, le Centre International de recherche sur le cancer, une agence de l’OMS a établi « qu’il existe des preuves suffisantes pour considérer que le chlordécone est cancérogène chez la souris et le rat » et « qu’en absence de données chez l’Homme, il était raisonnable, à des fins pratiques, de considérer le chlordécone comme s’il présentait un risque cancérogène pour l’Homme ».

« Le président affirme des choses inexactes »

L’institution classera en 1987 la molécule dans la catégorie cancérogène 2B (peut-être cancérogène pour l’Homme). « En 1981, le Département de la Santé et des services des États-Unis a estimé que le chlordécone pouvait être raisonnablement considéré comme cancérigène pour l’homme ». Une déclaration appuyée aussi par l’Agence de Protection de l’environnement des États-Unis. Ils ont aussi rappellé que leur propre étude, menée en 2010, démontre que « l’exposition au chlordécone est associée à une augmentation de risque de survenue du cancer de la prostate ». Des conclusions qui n’ont jamais été contredites. « Le président affirme des choses inexactes et minimise le problème », se désole auprès du Monde Luc Multigner.

Une polémique « mal venue » selon l’Élysée

Contacté par le quotidien, l’Élysée a plaidé le « malentendu » tout en refusant un « retour en arrière ». « Le président n’a jamais dit que le chlordécone n’était pas cancérigène. Quand il dit : “Il ne faut pas dire que c’est cancérigène”, c’est une façon de dire : “On ne peut pas se contenter de dire que c’est cancérigène, il faut aussi agir” », poursuit l’Élysée au journal Le Monde. Les proches du président ont rappelé les trois axes « réparer, protéger, indemniser » ajoutant que le président « n’est pas un scientifique mais un responsable politique » et que « ce n’est donc pas à lui de dire si le chlordécone est cancérigène ou pas ». « La polémique est mal venue car c’est un sujet sur lequel nous avons fait preuve de transparence et de notre volonté d’agir ».

En septembre dernier, alors qu’il était en visite aux Antilles, Emmanuel Macron avait affirmé que le chlordécone représentait un « scandale environnemental » dans lequel « l’État a sa part de responsabilité ». « A chaque fois que le lien peut être prouvé entre le chlordécone et une maladie, on indemnisera », a encore assuré l’Élysée. Vendredi, le président affirmait également son souhait d’aller « vers le zéro chlordécone dans l’alimentation » et permettre la reconnaissance comme « maladie professionnelle » pour les travailleurs agricoles, qui ont été les plus exposés au pesticide.

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