Affaire Radio Tefana : L’indépendantiste Oscar Temaru condamné à 6 mois de prison avec sursis

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©Radio 1 Tahiti

Le leader indépendantiste de Polynésie Oscar Temaru a été condamné mardi par le tribunal correctionnel de Papeete à six mois de prison avec sursis et à une amende d’environ 42 000 euros pour prise illégale d’intérêts dans l’affaire Radio Tefana. Des peines qui vont au-delà des réquisitions du procureur.

La justice reproche à Oscar Temaru, président du parti indépendantiste Tavini Huiraatia et maire de Faa’a, d’avoir accordé, durant plusieurs années, des subventions publiques d’un montant total d’1,25 million d’euros à Radio Tefana, une station de sa commune créée en 1984, via l’association Te Reo o Tefana.Il lui était aussi reproché d’avoir mis des locaux, du matériel ainsi que du personnel à la disposition de celle-ci.

Le tribunal a rappelé qu’il n’est pas interdit aux communes d’octroyer des subventions aux associations. Mais il a considéré, dans sa décision, que cette radio « partisane » servait avant tout « les intérêts » du parti indépendantiste en assurant sa « propagande » sur les ondes. Le tribunal a rappelé que le leitmotiv de Te Reo o Tefana est « la promotion de la lutte contre les essais nucléaires et l’accession à la souveraineté », précise Radio 1 Tahiti. Il n’a en revanche pas assorti sa décision d’une peine d’inéligibilité, au motif qu’il n’y avait eu aucun « enrichissement personnel » de la part de l’édile.

« Moralement et intellectuellement honnête »

Le coup est rude pour les avocats de la défense qui sollicitaient la relaxe. « Le dossier ne présentait pas d’élément objectif permettant d’entrer en voie de condamnation. A aucun moment, on a un exemple de propos de propagande politique », a réagi l’avocat d’Oscar Temaru, Me Gilles Jourdainne. Dans son réquisitoire rendu à l’issue du procès très médiatisé en juin dernier, le procureur de la République avait reconnu qu’« Oscar Temaru est un homme moralement et intellectuellement honnête ».

Oscar Temaru s’est dit victime d’une cabale politique de l’État, fustigeant « une décision colonialiste ». « La vraie raison de tout ça, c’est le crime de lèse-majesté que j’ai causé, la plainte que nous avons déposée à La Haye (devant la Cour internationale de justice, ndlr) contre les anciens présidents de la République, contre la France, pour crime contre l’humanité », a-t-il poursuivi. « Le combat continue, cela fait partie de la lutte », a également ajouté le maire indépendantiste, pour qui l’accession à l’indépendance est « un droit inaliénable ». Depuis son lancement en politique à la fin des années 70, l’édile de la commune la plus peuplée de Polynésie s’est toujours farouchement opposé aux essais nucléaires français effectués dans les atolls de Moruroa et Fangataufa.

Lourde amende pour la radio

L’ancien directeur de Radio Tefana et le président de l’association chapeautant la station ont eux aussi été condamnés, tout comme la radio elle-même, en tant que personne morale. Cette dernière écope d’une lourde amende d’environ 830 000 euros. Une somme 5 fois supérieur au réquisitoire du procureur qui pourrait amener la radio à disparaitre des ondes. Depuis sa création, la radio a toujours assumé une ligne éditoriale anti-nucléaire, tout comme le parti du principal intéressé, tout en assurant donné la voix à toutes les sensibilités politiques en Polynésie.

Pour les indépendantistes, la justice cherche de la sorte à la faire définitivement taire. « Il n’y avait pas besoin d’un procès, il fallait venir dynamiter la radio. C’était plus simple », a déclaré son ancien directeur, Vito Maamaatuaiahutapu, ancien directeur de la radio. « On est étonné qu’on aille bien au-delà des réquisitions (…) surtout qu’on a l’impression d’avoir démontré l’absence d’infraction », a ajouté l’avocat de ce dernier. Les avocats de la défense devraient faire appel de ces condamnations, « compte tenu de la sévérité de la peine prononcée ». Des militants avaient fait le déplacement au Palais de Justice à Papeete pour soutenir leur leader.

Ces dernières années, deux dossiers du même type ont été examinés par la justice en Polynésie : ceux de Radio Bleue et de Radio Maohi, qui ont abouti à la condamnation de l’ancien maire de Mahina, Emile Vernaudon, ainsi qu’à celle de l’actuel président autonomiste de la Polynésie française et maire de la commune de Pirae, Édouard Fritch.

Avec AFP.

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