99ème Congrès des Maires : « Comment exercer plus de compétences avec moins de moyens ? », Sylviane Terooatea

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Présente, « comme tous les ans », au Congrès des Maires et à la traditionnelle journée consacrée aux Outre-mer, Sylviane Terooatea administre la commune de Uturoa sur l’île de Raiatea, chef-lieu de l’archipel des Îles-sous-le-Vent, en Polynésie française. Également Vice-présidente de l’ACCD’OM, la Maire  se confie à l’issue de la première journée de ce marathon municipal, pendant laquelle furent abordées « les ressources financières des communes des Départements et Collectivités d’Outre-mer », une corde éminemment sensible. Face à de nouvelles compétences à prendre en main, de nombreuses communes soulèvent la baisse des dotations de l’Etat. L’ACCD’OM a fait réaliser une étude démontrant l’impact de cette baisse. Autres problématiques et expériences, échangées comme partagées: le chômage des jeunes et la délinquance qui peut en découler, ou encore la mutualisation des moyens.

Combien de Maires de Polynésie française sont venus à Paris pour le Congrès des Maires de France ?

Sylviane Terooatea: Sur 48 Maires en Polynésie française, nous sommes une vingtaine à avoir fait le déplacement, accompagnés d’élus de chaque conseils municipaux et beaucoup de cadres également. Au total nous sommes une centaine. C’est une très forte délégation et nous estimons que la journée des Outre-mer représente une tribune pour nous faire entendre. Le Président de l’Association des Maires de Polynésie Cyril Tetuanui, a d’ailleurs pris la parole, c’était une intervention chère à nos yeux car on a pu parler de nos communes. Et ici, au siège de l’Association des Maires de France (AMF), nous utilisons toutes les tribunes pour se faire entendre. Il est vrai que nous sommes très loin les unes des autres mais nous retrouvons les mêmes difficultés dans toutes les communes, grandes ou petites se sont les mêmes difficultés.

« il est impensable de faire payer de l’assainissement à une population d’une petite île comme Raiatea »

Aujourd’hui, nous avons parlé la rareté des finances locales et de la baisse des dotations et face à cela, des nouvelles compétences à gérer. On comprend que la France ait aussi des difficultés mais nous sommes des Collectivités d’Etat, des agents de l’Etat, nous exerçons tout au nom de l’Etat et on ne nous demande jamais notre avis, on nous l’impose. Par contre, on nous donne plus de compétences. Alors comment exercer plus de compétences avec moins de moyens ? Au niveau de la commune nous cherchons tous les moyens pour baisser les coûts mais ce sont nos administrés qui en pâtissent.

La première partie de cette journée consacrée aux Outre-mer s'est déroulée au siège de l'AMF ©T. Faatau / Outremers360

La première partie de cette journée consacrée aux Outre-mer s’est déroulée au siège de l’AMF ©T. Faatau / Outremers360

On parle notamment du traitement des déchets et des eaux usées,… Comment la commune de Uturoa prend en main ces nouvelles compétences ?

Exactement. Nous avons créé une communauté de communes rassemblant toutes les communes de l’archipel des Îles-Sous-le-Vent, hormis Bora Bora. Nous avons mutualisé nos moyens pour faire face aux difficultés de l’environnement, de l’assainissement, des déchets,… Il était impossible de partir seule car ça coûte trop cher. Nous avons proposé des modifications de textes pour les adapter à la spécificité de la Polynésie française: nous sommes grands comme l’Europe mais répartis sur 118 petites îles et il est impensable de faire payer de l’assainissement à une population d’une petite île comme Raiatea, par exemple. Cela coûte des milliards de francs pacifique (soit des dizaines de millions d’euros) ! Donc nous avons mis en communs nos moyens financiers et humains pour faire face mais même avec la mutualisation, on pénalise certaines choses.

A l'Hotel de Ville dans l'après-midi, les Maires ultramarins ont débattu des sujets de société qui les touchent directement ©T. Faatau / Outremers360

A l’Hotel de Ville dans l’après-midi, les Maires ultramarins ont débattu des sujets de société qui les touchent directement ©T. Faatau / Outremers360

Est-ce qu’il y a d’autres problématique qui vous préoccupe en tant que Maire ? D’autres sujets que vous souhaitez défendre pendant ce Congrès ?

La sécurité et l’emploi. Chez nous les jeunes partent parce qu’il n’y a pas d’emploi et pas de création d’emplois. La Mairie de Uturoa est la plus grande entreprise de l’île de Raiatea et hélas on ne peut pas recruter tout le monde, il faut créer des emplois. Et aujourd’hui, pour créer des emplois en Polynésie, le gouvernement central a mis en plus des textes qui sont des éléments de blocage à l’essor économique, à la création d’entreprise. Donc ça coûte énormément cher et aujourd’hui nous trouvons des entreprises qui travaillent au noir parce que les textes viennent agrandir la difficulté. La création d’emplois est difficile, les jeunes partent de chez nous, la population est vieillissante, alors qu’il y a du travail à faire ! Il y a le potentiel ! À Uturoa, on met à disposition du foncier pour faire venir des entreprises mais c’est difficile. On souhaite que tous les jeunes qui partent étudier reviennent avec cette compétence et le potentiel pour développer notre Pays. Mais ce n’est pas le cas, les jeunes ne reviennent plus. En tout cas, dans ma commune à Uturoa, il y a une fuite des jeunes: la plupart sont venus en France pour faire l’armée, parce que le Président de la République a demandé plus de sécurité.

Pour nous, il était important de venir ici trouver des solutions. On sait qu’elle ne seront pas mises en place de suite mais nous avons des pistes, et nous pouvons utiliser des pistes en écoutant les témoignages des autres élus. C’est un partage d’expérience qui nous permet de trouver de bonnes solutions pour exercer, mettre en application nos compétences.

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