Économie bleue en Polynésie: Un potentiel abyssal… Les défis de demain du Cluster maritime polynésien [4/5]

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©Dixit Magazine

« Je crois au rayonnement maritime de la France. Et il ne peut se faire qu’à partir des Outre-mer », a déclaré la nouvelle ministre des Outre-mer Annick Girardin, lors de la passation de pouvoir qui a eu lieu ce mercredi 17 mai rue Oudinot. Et pour en apporter la preuve, Outremers360 vous propose, en exclusivité, le dossier spécial « Economie Bleue » du magazine polynésien Dixit: une immersion en cinq chapitres dans le potentiel de l’Economie Bleue en Polynésie française, qui avec ses 5,5 millions de km² de ZEE, représente près de la moitié de la ZEE française.

Après les trois premiers chapitres sur la pêche hauturière, la perle et l’aquaculture, place au quatrième chapitre sur le Cluster maritime polynésien: avant-dernier né des clusters maritimes ultramarins.

Cluster maritime: les défis de demain passent par des infrastructures adaptées

En septembre 2016, s’est tenu le 3e Forum de l’économie bleue organisé par le cluster maritime de Polynésie française. Répartis en quatre ateliers, les professionnels ont planché sur des propositions de plans d’actions pour les pouvoirs publics. La conclusion est claire : le développement du secteur passe par une volonté publique ferme d’investir dans des infrastructures adéquates.

Arrivée du Ferry, en provenance de Tahiti, au quai de Vaiare, sur l'île de Moorea ©Dixit

Arrivée du Ferry, en provenance de Tahiti, au quai de Vaiare, sur l’île de Moorea ©Dixit

Plus d’une centaine d’acteurs privés et publics étaient rassemblés pour travailler en tables rondes sur les infrastructures nécessaires au développement de notre économie bleue. Quatre axes de réflexion ont été approfondis : infrastructures plaisance et loisirs nautiques, infrastructures pour la pêche hauturière, pôle d’excellence maritime à Papeete, gestion des infrastructures et autorité portuaire intégrée. Comme le souligne Gérard Siu, président du cluster, « l’économie bleue a besoin des hommes et des infrastructures ». Au vu du développement des infrastructures aéronautiques et terrestres dans les îles habitées, les infrastructures maritimes (quais, mouillages…) font en effet figure de parent pauvre. Les professionnels ont rassemblé leur expertise, leur expérience et leur savoir-faire pour apporter des idées et des solutions au Pays.

Thonier au Port de pêche de Papeete ©Isabelle Baland / Dixit

Thonier au Port de pêche de Papeete ©Isabelle Baland / Dixit

Les ateliers ont été productifs et une restitution a permis de synthétiser les recommandations des professionnels. Pour Christophe Misselis, cogérant de Fenua Fish et animateur de l’atelier Pêche, « le cluster est neutre et permet aux professionnels de s’exprimer. Il permet également de mettre les acteurs d’une filière en relation avec le gouvernement et de créer une réelle dynamique. Ce forum a permis de faire le lien entre la réalité actuelle et les projets à venir ». Pour faire suite au forum, un recensement des projets est en cours afin d’activer des partenariats financiers et techniques au niveau national notamment.

Un pôle d’excellence de réparation navale

La réparation et la construction navale affichent un chiffre d’affaires de 2,7 milliards de Fcfp (+17 % en un an) et emploient 170 salariés. Un réel développement de ce secteur nécessite d’une part des investissements en infrastructures de levage et de mise au sec et d’autre part, la mise en place de formations de haut niveau pour assurer les prestations. La constitution d’un pôle polynésien de réparation navale est un enjeu de taille dans le développement de services d’entretien et réparation aux armements locaux et étrangers (bateaux de pêche, croisière, grande plaisance…). Comme s’interroge Stéphane Perez, directeur du Chantier Naval du Pacifique Sud : « 350 bateaux étrangers pêchent à moins de 2 jours de navigation de Tahiti. Pourquoi envoyer ces navires à Fidji ou en Amérique Latine pour leur carénage ? ».

©Patricia Campagno / Dixit

©Patricia Campagno / Dixit

En effet, notre isolement au milieu du Pacifique est un atout et le dock le plus proche est à 4 000 km. Nous avons de plus une compétence industrielle reconnue. Malgré des équipements complémentaires réalisés ces dernières années (nouvelle grue, pompes, vannes), le dock flottant de la Marine, mis à disposition des professionnels, est aujourd’hui sous-dimensionné pour les entreprises du secteur. Le développement de ces services de réparation navale – dont le potentiel est avéré dans un contexte porteur – passe par des outils plus adaptés (un dock plus important, des infrastructures de levage, une cale) et une réelle volonté publique d’accompagner les entreprises polynésiennes.

 

Repenser la gestion des infrastructures portuaires

Certains équipements portuaires et infrastructures sont inadaptés ou obsolètes au regard de l’utilisation souhaitée par les professionnels. De plus, la répartition des compétences publiques de gestion de ces ouvrages entre les différents services, entités et collectivités n’en permet pas une gestion optimale. En effet, elle ne génère pas suffisamment de retombées directes ni de redevances. Il existe un défaut d’autorité maritime et portuaire, créant des difficultés dans la prise de décision et la sécurité. Les communes se sentent pour leur part démunies face à ces problématiques.

Port autonome de Papeete ©Cluster maritime de Polynésie française

Port autonome de Papeete ©Cluster maritime de Polynésie française

Le projet d’Autorité portuaire intégrée a pour objectif de dissocier l’autorité portuaire de la gestion de l’ouvrage ou de l’espace maritime et de son exploitation avec une autorité centralisée sur Tahiti (progiciel de réservation et suivi des mouvements). En s’appuyant sur des référents dans les îles, cette Autorité centralisée pourra agir rapidement et avoir un impact majeur sur le développement et la régulation des activités. Un groupe de travail planchera sur cette formule, sous l’égide du ministère de l’Équipement avec une mise en place prévisionnelle en 2018. Seront ensuite identifiés les partenaires, financements et formations nécessaires.

 

Le Cluster maritime : l’avant-dernier né des clusters ultramarins

Le Cluster maritime de Polynésie française (CMPF), présidé par Gérard Siu, est une association loi 1901, créée le 2 juin 2014, sur le modèle du Cluster maritime français, avec qui elle entretient des liens privilégiés. Cinquième du genre en Outre-Mer (sur six), le CMPF réunit des acteurs privés issus de l’ensemble des secteurs de l’économie maritime autour d’une vision commune : le développement d’une économie bleue durable, sur la plus grande ZEE française. Il se veut ainsi force de proposition et moteur pour l’économie de la Polynésie française, travaillant en partenariat avec des acteurs tant privés que publics, sur des projets transversaux et structurants.

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Ses objectifs affichés sont :
• Fédérer tous les acteurs de l’économie maritime,
• Être une force de proposition constructive,
• Créer des synergies entre acteurs privés et publics, et en créant des « groupes de synergies » thématiques,
• Assurer le suivi d’une feuille de route appelée « Une vision maritime » définissant les grands projets sur lesquels le CMPF travaille ou est consulté,
• Travailler en étroite collaboration avec le Cluster maritime français et le réseau des Clusters maritimes européens,
• Promouvoir l’économie maritime.

Isa Ozan, Dixit Magazine

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