Digital Festival Tahiti: « Notre ambition est de faire rentrer la Polynésie dans l’économie numérique », assure Teva Rohfritsch [1/3]

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©Digital Festival Tahiti

A la veille du lancement du Digital Festival Tahiti, premier grand rendez-vous du numérique dans le Pacifique sud, Outremers360 a rencontré avec le Vice-président de la Polynésie française, en charge de l’Économie, des grands projets d’investissement et des réformes économiques, Teva Rohfritsch. Pour la première partie de cet entretien, il nous explique les grandes orientations du gouvernement pour faire de la Polynésie un territoire incontournable du Numérique.

A un jour de l’ouverture du premier Digital Festival Tahiti, comment voyez-vous l’avenir de cette économie ?

En tant que ministre de l’Economie, j’ai organisé, et je souhaite que ce soit un rendez-vous annuel, le forum économique au mois d’octobre 2016. On avait déjà développé la thématique du numérique, au même titre que l’économie bleue ou le tourisme, en faisant venir des intervenants externes. On a cherché à innover en ne faisant pas venir que des spécialistes de l’économie d’Outre-mer ou de la Polynésie, mais en faisant venir des spécialistes dans leurs domaines, pour voir ce qui a marché ailleurs et qu’on inverse un peu le sujet. C’est-à-dire que les Polynésiens puissent voir ce qui marche ailleurs et qui pourrait marcher chez nous.

Teva Rohfritsch, Vice-président de la Polynésie française ©Outremers360

Teva Rohfritsch, Vice-président de la Polynésie française ©Outremers360

Le Digital Festival Tahiti est un peu un « bébé » de ce forum économique et c’est un événement important. Avec l’Office des Postes et Télécommunications (OPT), on continue le développement des infrastructures notamment avec un projet de câble domestique pour pallier la fracture numérique entre Tahiti et les îles. Pour l’instant, le recours au satellite est très onéreux sur des capacités moindres. Donc on va investir 6 milliards de Francs pacifique (50,8 millions d’euros environ) sur ce projet de câble domestique qui va relier Papeete aux îles Marquises en passant par Hao et quelques îles des Tuamotu. Et à partir de câble, colonne vertébrale, on va avoir des relais par ondes qui diffuseront sur les îles qui ne seront pas connectées au câble. Ça nous fera beaucoup d’économies par rapport aux coûts de la liaison satellite et cela augmentera le débit.

Est-ce qu’il s’agit du même câble qui reliera la Polynésie à la Nouvelle-Zélande ?

Alors en parallèle, le Président de la Polynésie française est allé en Nouvelle-Zélande la semaine dernière, sous l’impulsion du gouvernement néo-zélandais, pour chercher à sécuriser notre câble actuel, Honotua, qui nous relie à Hawaii. On a trouvé dans ce projet néo-zélandais, mené avec quatre Etats du Pacifique, la possibilité d’avoir une sécurisation à moindre coût. Nous nous connecterons à nos voisines les Îles Cook, pour environ 3 milliards de Francs pacifique (un peu plus de 25 millions d’euros). Et ensuite les Îles Cook seront connectées jusqu’aux Samoa. Ce qui est intéressant dans ce projet, c’est le coût évidemment. Mais eux sont aussi intéressés par notre connexion à Hawaii et on pourra aussi apporter du débit sur ce futur câble et donc mutualiser et offrir davantage de débit pour les Polynésiens. Aujourd’hui, le câble Honotua est très peu utilisé par rapport à sa capacité, nous sommes 190 000 habitants sur les Îles-du-Vent connectés puisque les autres passent par le satellite.

©Submarine Cable Map

Les différents câbles sous-marins de la zone Asie-Pacifique en 2013 ©Submarine Cable Map

En plus des infrastructures, est-ce que la Polynésie travaille sur d’autres aspects du numérique ? La Comme la formation ou la santé?

Effectivement, et le ministre du Numérique doit aussi travailler sur les contenus. On a beaucoup soutenu la formation Poly 3D de la CCISM, avec des jeunes qui se sont mis à faire des jeux vidéos. Nous leur avons aussi financé un voyage à Paris, ils sont allé à l’école de l’image Gobelins, avec qui nous essayons de passer des partenariats.  Il y a une capacité créatrice des jeunes polynésiens, et des jeunes de la République plus généralement. J’espère pouvoir construire cette « polynesian touch » sur internet. On le voit bien sur les arts graphiques, sur les tatouages, il y a de la culture polynésienne qu’on peut imprimer sur Internet.

Il y a aussi un projet de PolyHub. On essaye d’appréhender cette approche « hub » avec nos amis canadiens car quand on parle de contenu, on ne parle pas que les jeux vidéos ou le graphisme. Nous avons également un vrai intérêt pour nos besoins en terme de services publics, on pousse la e-administration pour les îles et pour régler plus facilement les problématiques de santé, par exemple. C’est une problématique qu’au Canada ou au Québec ils connaissent bien car en hiver, c’est un peu comme dans nos îles. Les villages sont éloignés et à -30° C, personne ne sort. On a cette problématique commune, sur la santé, l’administration et l’éducation aussi. On a des classes avec 4 ou 5 niveaux différents dans les îles et on ne peut pas y envoyer 5 instituteurs pour 15 élèves.

Qu’attendez-vous concrètement du Digital Festival Tahiti ?

On attend de voir tout ce qu’on pourrait capter de l’extérieur. Il y a aussi ce vieux sujet géographique qui est de dire qu’on est aux antipodes de la Métropole, donc quand tout le monde dort en Europe, nous on travaille. Et il y a donc ce positionnement H24 qui pourrait se faire et qu’on pourra développer dès que notre câble sera sécurisé. On a également commencé à prendre contact avec des gens de la Silicon Valley parce qu’ils sont proches de nous et que les américains cherchent à isoler leurs équipes de recherche et développement pour éviter de se faire copier. Et l’idée c’est d’avoir un petit centre ici qui leur serait dédié. Pour l’instant c’est en discussion… Mais il nous faut sécuriser les câbles et on pourra espérer avoir une petite antenne de Google, pourquoi pas, avec des polynésiens, d’où l’idée aussi de développer la formation pour que les entreprises qui seraient intéressées embauchent localement.

La Chambre de Commerce, d'Industrie, des Services et des Métiers à Papeete en Polynésie française. C'est là que se déroulera à partir de ce jeudi, le Digital Festival Tahiti ©CCISM

La Chambre de Commerce, d’Industrie, des Services et des Métiers à Papeete en Polynésie française. C’est là que se déroulera à partir de ce jeudi, le Digital Festival Tahiti ©CCISM

Notre ambition est vraiment de faire rentrer la Polynésie dans l’économie numérique. Pour l’instant, la Polynésie est connectée à Internet pour des usages privés mais elle n’est pas positionnée sur l’économie numérique, or je suis sûr que la Polynésie a une place à prendre que ce soit pour la recherche, ou pour les chaînes de développement, car on a un mode de consommation plutôt européen ici et ça permet aussi de tester de nouvelles applications: on peut être un panel représentatif avec la touche océanienne.

Demain sur Outremers360, retrouvez les grandes orientations économiques de la Polynésie et les futurs projets qui vont la structurer dans les quelques années à venir.

Les missions du Vice-président polynésien Teva Rohfritsch

Vice-président de la Polynésie française en charge de l’Économie, des grands projets d’investissement et des réformes économiques, Teva Rohfritsch, en plus de « suppléer le Président et l’accompagner », anime « la coordination des actions du gouvernement (…)pour faire en sorte que les sujets des uns et des autres puissent avancer », explique-t-il. « Il y a un esprit d’équipe assez fort qui a été insufflé par le Président depuis sa prise de fonctions. Nous sommes tous solidaires de nos soucis respectifs et des projets que nous souhaitons faire avancer pour la Polynésie ».

« Je suis plus particulièrement en charge de l’Economie depuis un an et demi » poursuit-il, « depuis tout récemment des grands projets d’investissement en Polynésie, et encore plus récemment j’ai récupéré le porte-feuille des finances ». « Ce qui permet d’avoir toutes les manettes sur le plan économique et financier pour faire avancer les sujets polynésiens car le sujet principal c’est de reformater l’ADN économique de la Polynésie française ».

©Outremers360

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Interview réalisé par Marie-Christine Ponamalé.

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