Un rare Gauguin peint à Tahiti vendu 9,5 millions d’euros à Paris

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©Stéphane de Sakutin

Un rare tableau de la période tahitienne de Paul Gauguin, « Te Bourao II », a été adjugé mardi 9,5 millions d’euros chez Artcurial à Paris, « près de deux fois son estimation », alors que le peintre est aujourd’hui sous le feu des critiques, en raison des relations qu’il a eu avec des Tahitiennes mineures.

Cette huile sur toile de 1897 fait partie d’un cycle de neuf tableaux réalisés à Tahiti. Le peintre français (1848-1903) les avait envoyés à Paris pour une exposition à la Galerie Ambroise Vollard, au succès limité. La période tahitienne de Gauguin, correspondant à ses deux séjours en Polynésie, dont sont issues plusieurs de ses plus belles toiles exposées dans les plus grands musées, est la plus prisée des collectionneurs et la plus connue du grand public.

Mais elle est de plus en plus controversée. Cette vente se déroulait dans le contexte d’un vaste mouvement d’opinion pour la dénonciation des abus sexuels commis par des artistes contre des femmes, à l’heure de MeToo et des critiques contre le cinéaste Roman Polanski. « Faut-il cesser d’exposer Gauguin ? », s’était récemment interrogé le New York Times, à l’occasion de l’exposition « Gauguin Portraits » à Londres, qui a soulevé une vive polémique sur le passé du peintre. « Tout ce qu’il reste à dire sur Gauguin, c’est qu’il faut révéler toutes ses zones d’ombre », a estimé Line Clausen Pedersen, conservatrice danoise.

Le tableau qui a atteint 9,5 millions d’euros (frais inclus) a connu une histoire assez linéaire : Ambroise Vollard l’avait conservé, et, à sa mort, « Te Bourao (II) » (du nom du ‘purau’, arbre aux multiples utilisations dans le Pacifique) était revenu à ses héritiers qui l’avaient revendu en 1995 à l’acheteur qui s’en est délesté aujourd’hui.

Paradis perdu 

Évocation probable d’« un paradis perdu avec une nature vierge et une présence très limitée de l’Homme » (un cavalier qui s’en va), « Te Bourao II » est le dernier tableau de ce cycle à être encore entre des mains privées. Il a notamment été exposé au MET à New York de 2007 à 2017. Pour Bruno Jaubert, directeur associé chargé du département d’art moderne à Artcurial, « le fugace séjour terrestre de l’homme se dévoile sous le pinceau du créateur : du paradis perdu de l’enfance au ténébreux mystère de l’au-delà ».

L’enchère, a précisé Artcurial, a été remportée par un « collectionneur international », qui a fait savoir que le tableau resterait en France. Aucune œuvre de la période tahitienne de l’artiste n’avait été présenté sur le marché français depuis plus de vingt ans. Le dernier tableau de cette période vendue aux enchères, « Cavalier devant la case », l’a été en 2017 chez Sotheby’s à New York pour un montant de 7,5 millions de dollars. Le record absolu pour une toile de Gauguin remonte à 2006 : « L’homme à la hache » avait alors été adjugé 40,3 millions de dollars chez Christie’s à New York.

D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Cette vente chez Artcurial était un événement tant il est rare de trouver un Gauguin de cette période dans un très bon état. Les autres tableaux de ce cycle sont exposés dans des musées du monde entier : l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, le Barber Institute à Birmingham ou encore le Musée d’Orsay à Paris, mais aucun en Polynésie. Le plus connu, véritable œuvre testament, qui s’intitule « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? », est exposée au musée des Beaux-arts de Boston.

En 1891, le peintre s’installait à Tahiti, espérant fuir une civilisation occidentale trop artificielle à son goût. Il peindra de très nombreuses toiles pendant ses deux séjours, sur l’île même de Tahiti mais aussi à Hiva Oa aux Marquises. En Polynésie, le peintre fait l’objet d’une réputation controversée, en raison notamment de ses relations avec des mineures de 13 à 14 ans (dont une enlevée d’une école catholique des Marquises) et de ses prises de position politique (anti-chinois, anti-clergé, ou à la fois anti-coloniales mais proche de l’administration).

Avec AFP.

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