Paul Gauguin : Faut-il séparer l’homme de l’artiste ou cesser de l’exposer ?

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Autoportrait de Paul Gauguin peint en 1893

L’exposition “Gauguin Portraits” à Londres pousse les musées à réévaluer l’héritage de cet artiste connu pour ses relations sexuelles avec des adolescentes tahitiennes, rapporte Le Courrier International, qui cite un article du New York Times

« Faut-il cesser d’exposer Gauguin ? », s’est interrogé le célèbre magazine alors que la National Gallery de Londres a inauguré en octobre une exposition consacrée à l’artiste-peintre. Exposition qui a déclenché une polémique sur la vie de l’artiste qui, en 1891, part pour la Polynésie en quête d’inspiration. Mais de ses deux séjours dans le Pacifique, outre des œuvres majeures, il laisse aussi le souvenir sulfureux d’un homme ayant entretenu des relations avec de jeunes tahitiennes, et tenu des propos qui, au regard de l’histoire coloniale, ne peuvent laisser de marbre.

« À notre époque de sensibilisation accrue aux questions de races, de sexe et de colonialisme, les musées doivent réévaluer son héritage », a d’ailleurs commenté le quotidien new-yorkais. Les commissaires de l’exposition londonienne le reconnaissent : Paul Gauguin « a souvent eu des relations sexuelles avec de très jeunes filles, ‘épousant’ deux d’entre elles et ayant des enfants d’elles. Nul doute que Gauguin a tiré parti de sa position d’Occidental privilégié pour profiter de toutes les libertés sexuelles dont il disposait ».

“Jeune Tahitienne”, une sculpture de Paul Gauguin datant de son voyage en Polynésie ©REUTERS / Mike Segar

“Jeune Tahitienne”, une sculpture de Paul Gauguin datant de son voyage en Polynésie ©REUTERS / Mike Segar

À Ottawa, où l’exposition a été présentée une première fois en mai, le Musée des Beaux-Arts du Canada a décidé de retirer des titres du peintre des termes tels que « barbares » ou « sauvages », qu’il employait pour désigner les Polynésiennes. « Neuf cartels ont dû être changés pour éviter l’emploi de termes irrespectueux des différences culturelles », confirme le New York Times. « Il ne suffit plus de dire : ‘Bah, c’était l’époque qui voulait ça », affirme Christopher Riopelle, co-commissaire de l’exposition à la National Gallery.

Deux écoles s’opposent : ceux qui souhaitent séparer l’homme de l’artiste et ceux qui estime que « le comportement de l’homme était si odieux qu’il a fait de l’ombre à l’œuvre ». Line Clausen Pedersen, conservatrice danoise et commissaire de plusieurs expositions Gauguin, veut trancher. Selon elle, pour éviter que l’héritage artistique du peintre ne soit « déshonoré par ses mariages avec des mineures », les expositions se doivent de faire la lumière sur toutes les facettes de la vie de Gauguin, notamment celles les plus décriée. « Tout ce qu’il reste à dire sur Gauguin, c’est qu’il faut révéler toutes ses zones d’ombre », ajoute-t-elle.

En 2017, la sortie du film « Gauguin : Voyage de Tahiti » avec Vincent Cassel dans le rôle du peintre, avait déjà soulevé ces questions. En Polynésie, le peintre ne fait d’ailleurs pas l’unanimité malgré qu’une rue, qu’un collège-lycée et qu’un paquebot portent son nom.

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