Profil de la Ville tropicale ultramarine

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Ce mercredi au Sénat aura lieu le premier colloque sur la Ville tropicale en métamorphose. Une journée durant laquelle experts, scientifiques, juristes, élus régionaux ou municipaux se succèderont afin de donner un sens à la ville tropicale, essentiellement insulaire, qui sera le foyer des populations urbaines de demain.

Après notre article portant sur la problématique « Penser la Ville tropicale de demain », Outremers360 vous propose en amont de ce Colloque un profil des villes tropicales ultramarines. Combien d’habitants vivent dans ces environnements urbains ? Comment les capitales ultramarines sont démographiquement et économiquement structurées ? Quelles sont leurs spécificités et les contraintes sociologiques, économiques, environnementales et culturelles auxquelles elles sont soumises ?

Saint-Denis, capitale de La Réunion. Elle concentre 20% de la population réunionnaise ©DR

Saint-Denis, capitale de La Réunion. Elle concentre 20% de la population réunionnaise ©DR

De Fort-de-France à Papeete, en passant par Basse Terre, Cayenne, Mamoudzou, Saint-Denis ou encore Nouméa, les capitales ou chefs-lieux des Outre-mer en sont d’abord les centres politiques, administratifs et économiques. Les agglomérations urbaines concentrent une partie importante des populations ultramarines. Au dernier recensement, l’agglomération de Saint-Denis de la Réunion compte près de 150 000 habitants, soit près de 20% de la population de l’île. La ville garde l’empreinte de son histoire, notamment celle de la compagnie des Indes, avec son centre-ville en carré militaire et sa préfecture que l’on dit la plus belle de France. De même, Nouméa a-t-elle gardé la trace de sa chronique, la Place des Cocotiers, l’ancien potager militaire français. Les fronts de mer de Cayenne, de Fort de France et de Pointe à Pître signent aussi l’histoire de ces capitales régionales, traditionnellement les plus peuplées, à l’exception de Basse Terre, qui concentre pourtant l’essentiel de l’activité tertiaire de la Guadeloupe alors que le port se développe autour de Pointe à Pître. Nouméa, ancien Port de France, abrite aujourd’hui plus de 100 000 des 250 000 calédoniens. Et l’usine de la SLN, désormais en pleine agglomération, témoigne de la croissance rapide d’une région regroupant désormais 75% des activités économiques de l’archipel. Et que dire de Saint Pierre et Miquelon en pleine transition économique depuis la baisse des activités liées à la pêche ?

Fort-de-France, en Martinique ©DR

Fort-de-France, en Martinique ©DR

Au rythme des vagues de leur industrialisation et de leurs cycles de développement, les collectivités d’outre mer ne sont pas parvenues à lisser leur répartition démographique, concentrant dans des espaces souvent mal maîtrisés des populations aux prises avec une inégale géographie des richesses. Avec le chômage et, malgré les apparences, la qualité de leur environnement, la première de leurs problématiques sociétales est le manque d’espace : Cayenne en Guyane peut difficilement s’étendre, coincée entre la forêt amazonienne et la mer qui la bordent tandis que l’île principale de Polynésie française, Tahiti, n’offre que de minces plaines habitables. Comme en Martinique, on y observe d’ailleurs la multiplication des lotissements à flanc de montagnes, parfois non conformes au Plan général d’aménagement. A l’exception de Wallis et Futuna, organisée en districts et non en villes ou villages, et Saint Pierre et Miquelon dont la population est la moins nombreuse des Outre-mer français, cette forte concentration urbaine dans les Outre-mer entraine également des disparités de développement entre les espaces urbains et les espaces ruraux, autrefois dédiés à la canne à sucre ou à l’élevage, mais de plus en plus désertés. Enfin, les Collectivités sont aussi constellées d’îles parfois très éloignées les unes des autres : les Loyauté, la Désirade, Miquelon ou Futuna n’ont pas les mêmes opportunités de développement que leurs « îles continentales ». Elles sont en revanche riches d’identités affirmées, au point de développer des particularismes culturels et linguistiques, aux Marquises ou à Mayotte par exemple.

Ville de Nouméa (plus de 100 000 habitants), capitale de la Nouvelle-Calédonie ©DR

Ville de Nouméa (plus de 100 000 habitants), capitale de la Nouvelle-Calédonie ©DR

Dans les capitales ultramarines, comme dans l’ensemble des COM, la pyramide des âges a des corollaires moins maîtrisables comme la recrudescence de la délinquance. Prenons l’exemple de Papeete, capitale de la Polynésie française. Au début des années 60, l’implantation du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) a entrainé le déplacement vers la capitale des populations venant des archipels venues y trouver travail et mode de vie « à l’occidentale ». Généralement ouvrières, elles se sont appauvries et depuis, les quartiers où elles s’étaient installées se sont transformées en bidonvilles insalubres. Contrariant les ressources de classes d’âge créatives et portées à l’investissement, une partie de la population se sent ainsi exclue, soumise aux inégalités et au chômage. L’alcoolisme, le trafic de drogues, les violences conjugales en sont les conséquences fréquentes. À l’opposé, les archipels désertés souffrent de sous-développement et d’isolement face à une capitale qui concentre toute l’activité économique, politique, administrative, universitaire et culturelle. À noter qu’avant l’arrivée des premiers navigateurs européens, on estime qu’il y avait environ 100 000 habitants dans l’archipel des îles Marquises, pour moins de 9000 en août 2006. Plus concrètement, cette surpopulation de la grande agglomération de Papeete, qui s’étend de la commune de Mahina à celle de Punaauia, est visible à chaque heure de pointe. Les bouchons sont fréquents aux portes Est et Ouest de la capitale, laissant une pellicule de particules fines flotter au dessus de Papeete. De même, il suffit de bloquer la capitale pour paralyser toute l’économie polynésienne.

La grande agglomération de Papeete, sur l'île de Tahiti, où se concentre la majorité de la population polynésienne et des infrastructures importantes. Elle s'étend de la commune de Mahina à celle de Punaauia, avec la capitale Papeete en son centre ©Duanrevig.com

La grande agglomération de Papeete, sur l’île de Tahiti, où se concentre la majorité de la population polynésienne et des infrastructures importantes. Elle s’étend de la commune de Mahina à celle de Punaauia, avec la capitale Papeete en son centre ©Duanrevig.com

Les villes ultramarines sont donc en face de défis principalement liés à la démographie et à l’insularité, impliquant de nécessaires politiques de décentralisation et d’harmonisation du développement des territoires. Chacune partage le tronc historique commun qu’est celui de la colonisation ici, de la crise économique ailleurs, ou encore de l’isolement absolu. Cette exigüité entre mer et montagnes ou forêt constitue pourtant l’essence même des capitales ultramarines, la nécessaire cohabitation de populations que tout séparerait si elles ne partageaient pas les mêmes urgences, quelle que soit leur latitude.

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