Polynésie française : Deux pêcheurs attaqués par un requin

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Deux Polynésiens qui chassaient au fusil-harpon ont été attaqués lundi par un requin à Makemo, un atoll de l’archipel des Tuamotu en Polynésie française, a révélé la radio Polynésie Première. Sur place, le maire de Makemo a décidé de sensibiliser la population et pointe du doigt les problèmes d’évacuation sanitaires.

Ils pêchaient ensemble dans la passe récifale de l’atoll de Makemo, lorsqu’ils ont été attaqués par un requin gris de récif, raira en tahitien, d’environ trois mètres, a confirmé la gendarmerie. Le requin a arraché un morceau de mollet d’un des deux pêcheurs, et lui a aussi mordu un poignet. Le plus jeune, âgé de 22 ans, a également été mordu à un genou, mais moins gravement : il est parvenu à remonter dans leur barque et à ramener son ami jusqu’à la plage, 500 mètres plus loin. C’est le maire de l’atoll, Félix Tokoragi, qui raconte l’accident aux médias locaux, « ils sont allés à la pêche quand ils ont été mordus par un requin aux alentours de 9 h – 9 h30 (…). L’un d’entre eux est gravement blessé au pied droit, bien déchiqueté, et aussi au poignet droit », a-t-il déclaré. « On n’a rien comme médicaments sur place et il souffre, on a essayé de recoudre mais le sang continue à gicler », poursuit-il avant qu’un avion n’évacue en urgence vers l’hôpital de Tahiti le pêcheur le plus gravement blessé.

C'est un requin gris de récif, appelé raira en Polynésie, qui est responsable de l'attaque survenue ce lundi à Makemo ©Sharkeducation

C’est un requin gris de récif, appelé raira en Polynésie, qui est responsable de l’attaque survenue ce lundi à Makemo ©Sharkeducation

Sensibiliser plutôt que capturer

D’après les premiers témoignages rapportés par Tahiti-infos, les deux pêcheurs « n’ont pas fait attention au requin, ils étaient tous les deux sous l’eau. Des personnes m’ont rapporté que le requin aurait confondu les deux jeunes gens à des poissons et c’est sûrement pour cette raison, qu’ils se sont faits attaquer », explique Félix Tokoragi. A sa sortie du dispensaire de Makemo, le maire a également rassuré les habitants de l’atoll, avant que le pêcheur ne soit évasané sur l’île de Tahiti, « il est conscient, il a les yeux ouverts ». Face à cet accident, le maire a décidé d’entreprendre une campagne de sensibilisation auprès de la population, « surtout auprès des jeunes. Si ce drame est arrivé, c’est aussi par manque d’attention. Quand on va à la pêche, il faut rester vigilant. Mieux vaut être accompagné et que l’une des deux personnes surveille les environs pendant qu’un pêcheur est à l’eau ». Les réunions commenceront aujourd’hui -demain pour la Polynésie-. Le maire exclu toute interdiction à la pêche, « je vais aussi pêcher dans la passe, mais il faudra être plus vigilant à présent ». Tahiti-infos rappelle que le 22 avril 2015, un pêcheur a perdu la vie suite à une attaque de requin, toujours sur l’île de Makemo. Son corps a été retrouvé le lendemain et aucune chasse ni capture n’a été entreprise.

En 2012, l'île de La Réunion était secouée par une série d'attaques mortelles. Quelques années plus tard, les autorités ont décidé d'installer des filets de protection plutôt que "prélever" la population de requins autour de l'île ©IPRéunion

En 2012, l’île de La Réunion était secouée par une série d’attaques mortelles. Quelques années plus tard, les autorités ont décidé d’installer des filets de protection plutôt que « prélever » la population de requins autour de l’île ©IPRéunion

De La Réunion à la Polynésie française : le requin, un enjeu sociétal et environnemental

Au contraire de La Réunion, qui a vécu une importante crise requin en 2012, les attaques de requins sont rares en Polynésie française. Les Polynésiens pratiquent la pêche sous-marine parmi les inoffensifs requins pointe noire des lagons, mais aussi les requins gris de récif ou les requins citrons. Même les requins tigres et les requins marteaux, réputés dangereux pour l’homme sous d’autres latitudes, sont observés en plongée sans difficulté. L’abondance de la faune sous-marine dans les passes, lieu de passage entre l’océan et le lagon, en fait un lieu de pêche idéal, pour l’homme mais surtout pour les requins, considérés en Polynésie comme les maitres incontestés des lieux. Il est alors recommandé de ne pas attacher à la ceinture le poisson pêché, et de quitter la zone lorsque les requins se font trop pressants. La Polynésie française est aussi reconnu comme étant un des plus grands sanctuaires de requins au monde et en 2012, le gouvernement polynésien promulguait « l’interdiction de la pêche de toutes les espèces de requins dans la totalité de la zone économique exclusive du pays ». Cet accident fait écho à l’attaque survenue le week-end du 9 avril à Bourail, en Nouvelle-Calédonie. Nicole Malignon, 69 ans, nageait en face de la plage de Poé quand un requin tigre l’a attaqué. La municipalité a alors entrepris une traque, capturé et tué un requin « innocent » ce dimanche matin. L’annonce a notamment soulevé une vague d’indignation sur le Caillou.

La Polynésie française : un désert médical grand comme l’Europe

Derrière cette attaque de requin se cache le problème des évacuations sanitaires. Grande comme l'Europe, les seules structures hospitalières convenablement équipées se situent sur l'île de Tahiti, ceux qui laisse parfois peu de chances aux blessés graves dans les archipels éloignés ©DR

Derrière cette attaque de requin se cache le problème des évacuations sanitaires. Grande comme l’Europe, les seules structures hospitalières polynésiennes convenablement équipées se situent sur l’île de Tahiti, ce qui laisse parfois peu de chances aux blessés graves dans les archipels éloignés (on peut apercevoir l’atoll de Makemo au centre de l’archipel des Tuamotu) ©DR

Ce type d’accident souligne aussi les difficultés sanitaires dans les petites îles polynésiennes, réparties sur une surface grande comme l’Europe dans l’océan Pacifique : le blessé est arrivé à l’hôpital plus de huit heures après l’attaque. Au début des années 2000, le gouvernement polynésien a préféré la construction d’un grand hôpital moderne sur l’île de Tahiti au développement des dispensaires dans les archipels et les îles éloignés. Ce qui peut expliquer la difficulté des secours à agir rapidement face à ce type de situation. Le petit atoll habituellement paisible de Makemo a connu un autre drame quelques heures plus tard : une femme a poignardé son concubin à trois reprises, et lui a perforé le poumon. Une seconde évacuation sanitaire par avion a été déclenchée.

Avec AFP.

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