Polynésie française: Décès de John Doom, fondateur de l’Académie tahitienne

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©Marie-Hélène Villierme

John Taroanui Doom, un des membres fondateurs de l’Académie tahitienne et de l’association polynésienne des vétérans du nucléaire Moruroa e Tatou, est décédé ce dimanche 25 décembre en début de soirée (heure locale).

Militant engagé, John Taroanui Doom est décédé à l’âge de 80 ans, des suites d’une longue maladie. Il a rendu son dernier souffle à Tahiti ce dimanche 25 décembre en début de soirée, soit tôt ce matin à Paris.

John Doom est un des fondateurs de l’Académie tahitienne, Fare Vana’a, fer de lance de la renaissance des langues polynésiennes en Polynésie française. En 2012, il a pris la tête de l’institution, un an avant le décès de son prédécesseur Maco Tevane. Amoureux de sa langue, il plaidait pour un apprentissage du Re’o (de la langue) au sein de la famille, et non seulement à l’école.

John Doom lors de la réalisation du livre-témoignages Témoins de la Bombe ©Témoins de la Bombe

John Doom lors de la réalisation du livre-témoignages Témoins de la Bombe ©Témoins de la Bombe

Jeune journaliste à l’ORTF, John Doom assista au premier tir nucléaire le 2 juillet 1966 depuis l’île de Mangareva. Il était notamment interprète pour le général Billotte, ministre de la France d’Outre-mer, venu en Polynésie pour l’occasion. Plus tard, il fut une des grandes figures emblématiques de la lutte contre les essais nucléaires et pour la reconnaissance de leurs conséquences sur les Polynésiens. Aux côtés de ses amis Bruno Barrillot et Roland Oldham, il fonde en 2001 l’association Moruroa e Tatou, qui se battra pour les anciens travailleurs Polynésiens. Une de leur grandes batailles a été la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, dite Loi Morin, votée en 2010.

Malgré la loi d’indemnisation, John Doom et ses proches amis de combat n’ont eu de cesse de défendre les anciens travailleurs et victimes polynésiennes des essais nucléaires. Voyant que celle-ci n’était pas appliquée comme ils l’auraient souhaité et que de nombreuses dispositions empêchaient une indemnisation correcte et concrète, John Doom et ses proches ont entamé en 2011 un travail de mémoire afin de sensibiliser la population polynésienne. En 2012, le journaliste Arnaud Hudelot et la photographe Marie-Hélène Villierme, aidés par John Doom et Bruno Barrillot, publient « Témoins de la bombe« , un recueil de témoignages historiques sous forme de livre, de films et d’exposition photographique.

John Doom et son ami de combat, Bruno Barrillot, lors de la réalisation du livre témoignage Témoins de la Bombe ©Témoins de la Bombe

John Doom et son ami de combat, Bruno Barrillot, lors de la réalisation du livre témoignage Témoins de la Bombe ©Témoins de la Bombe

Homme d’église et diacre en 1964, John Doom était l’ancien Secrétaire général de l’Eglise protestante Ma’ohi de 1971 à 1988, membre de la Commission des Eglises pour les affaires internationales de 1983 à 1989 et membre du Comité central de 1976 à 1983. De 1989 à 2000, il devient Secrétaire exécutif du Conseil Œcuménique des Eglises pour le Pacifique. En parallèle, il était membre du Comité exécutif de la Conférence des Eglises du Pacifique de 1966 à 1989.

C’est donc un grand homme de combat que perd aujourd’hui la Polynésie française. Il fut un de ceux qui ont défendu corps et âme les langues polynésiennes ainsi que les victimes des essais nucléaires. Par dessus tout, son engagement spirituel au sein de l’Eglise protestante Ma’ohi a forgé l’implication de celle-ci au cœur de ces deux problématiques.

Outremers360 adresse ses pensées les plus sincères à sa famille, ses amis ainsi qu’à tous les Polynésiens orphelins d’un homme de combats, qui se reconnaissent dans l’Héritage qu’il laisse derrière lui.

©Marie-Hélène Villierme

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