Armée de l’Air: Le Réunionnais Sébastien Nativel nommé pilote démonstrateur officiel du Rafale

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Originaire du Tampon, Sébastien Nativel surnommé « Babouc » a quitté l’île à l’âge de 18 ans pour accomplir son rêve: devenir pilote de chasse. A 36 ans et après avoir parcouru le monde, il pilote le Rafale en tant que Chef de patrouille, basé à Saint-Dizier.  Une passion qu’il partage dans le cadre de l’Association des Pilotes Militaires Réunionnais. Récemment, il a été choisi pour être le pilote démonstrateur officiel du Rafale pour la période 2018-2020. Rencontre avec Réunionnais du Monde.

5ème pilote de l’armée de l’air à endosser cette responsabilité, le Tamponnais a quitté la Réunion à l’âge de 18 ans pour accomplir son rêve : devenir pilote de chasse. Sébastien Nativel aura la charge de présenter le Rafale en meeting aérien national et international. Il sera en première ligne pour convaincre les éventuels pays acheteurs de la machine. Situé sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier en Haute Marne, l’Escadron de Transformation Rafale est l’organe de formation des pilotes de l’armée de l’air affectés sur Rafale. L’ETR (Escadron de transformation de Rafale) annonce ainsi la nomination de Sébastien Nativel : « Babouc est réunionnais. C’est quasiment la première chose qu’il vous dira avant de vous proposer une soirée rougail à la maison. Il est instructeur à l’ETR depuis deux ans. Il a commencé sa carrière de pilote opérationnel sur Mirage 2000 N au feu 3/4 « Limousin » avant de passer sur Rafale au 1/7 « Provence ». »

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Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis pilote de chasse dans l’Armée de l’Air au grade de Chef de patrouille, basé en Haute Marne. Né à Saint Pierre, j’ai habité 18 ans au Tampon où mes parents vivent toujours. J’ai passé mon baccalauréat au lycée Roland Garros avant de m’envoler pour la Métropole. J’ai toujours voulu être pilote de chasse. C’est la raison pour laquelle je suis venu en Métropole car la formation de pilote militaire n’existe pas à la Réunion.

D’où vous vient cette vocation ?

Cette passion, je l’ai eue tout petit. Mon grand frère me mettait souvent devant des films d’avion. Il paraît que ça me calmait… Top Gun, par exemple, a été au départ de tout. Mais le déclic a été la venue des Mirages F1 en provenance de Djibouti dans le cadre de l’opération Géranium. Quand j’ai vu ces avions dans le ciel réunionnais, il n’y avait plus de doute pour moi : je voulais devenir pilote de chasse.

Quel a été votre parcours ?

J’ai passé ma première année à Montpellier, le temps de passer les épreuves d’admission au concours d’Elève Officier du Personnel Naviguant de l’Armée de l’Air. Puis j’ai parcouru la France de long en large : Cognac, Salon de Provence, Tours (où j’ai obtenu mon brevet de pilote de chasse), Cazaux, Orange, Luxeuil et Istres base de ma première affectation sur Mirage 2000. J’ai exercé la fonction de moniteur sur Alphajet avant de retourner sur une base dite opérationnelle encore sur Mirage 2000. Enfin, et au bout de 15 ans, j’ai la chance de voler sur Rafale… L’avion de mes rêves !

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Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis basé en pleine campagne dans un endroit, il faut le dire, un peu paumé en Haute-Marne. Mais l’important est d’être bien entouré et avec les années on se rend compte qu’il y a des choses à découvrir où que l’on se trouve. Mon métier est passionnant mais plus que cela, c’est une vocation. Tout n’a pas été simple. Je pense aux premiers hivers passés loin de mon île dans « la frais ». Heureusement j’ai été bien entouré et notamment de mes frères et soeurs qui eux aussi se sont expatriés en Métropole. Le jeu en vaut vraiment la chandelle et si c’était à refaire, je le referais plutôt deux fois qu’une. Dans ce métier, la concentration doit être permanente. Les avions peuvent dépasser 2 000 km/h. Mais ça reste le pied de défier les lois de la gravité !
Que vous apporte l’expérience de la mobilité ?

J’ai toujours rêvé de voyager dans le monde et j’ai la chance aujourd’hui de réaliser ce rêve grâce à mon métier. Le fait d’avoir pu rencontrer des gens aux habitudes et cultures différentes m’a permis de prendre un peu de recul sur mes propres origines. J’ai depuis peu eu le besoin de me documenter sur mes racines et sur l’histoire de la Réunion.

Quels sont vos projets ?

A la fin de mon contrat dans l’armée je projette de rentrer à la Réunion, si je trouve du travail en tant que pilote bien entendu. De plus je fais parti de l’Association des Pilotes Militaires Réunionnais dont le but est de promouvoir l’aviation réunionnaise en métropole et pourquoi pas à travers le monde. Nous avons commémoré le centenaire de la traversée de la Méditerranée par Roland Garros en 2014 et avons d’autres projets. Nous souhaitons transmettre cette passion commune de l’aviation aux jeunes réunionnais.

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Quels objets de la Réunion transportez-vous dans vos valises ?

Lorsque je rentre de la Réunion, je ramène toujours dans mes valise des saucisses fumées, du boucané, du massalé et du safran. Heureusement mes parents habitent toujours au Tampon donc je suis régulièrement ravitaillé ! Mais ce que je ramène de plus important, c’est du baume au cœur et la force de tenir jusqu’au prochain séjour à la Réunion.

Quel est votre regard sur la situation à la Réunion ?

J’ai quitté l’île depuis beaucoup trop d’années pour avoir un regard objectif et pertinent sur la situation socio-économique réunionnaise. Ce que je peux dire avec certitude, c’est que j’ai eu la chance d’avoir des parents partis de rien à la Réunion et qui ont réussi à faire une belle carrière sans jamais quitter l’île. C’était une autre époque certes, mais j’ai l’espoir que cette réussite est encore possible pour tous les Réunionnais, avec un peu d’aide dans le domaine de l’éducation entre autre.

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Qu’est-ce qui vous manque de votre île ?

J’ai envie de dire tout ! Mais je garde en mémoire la vue du Coteau Kervegen et du Piton des Neiges que j’avais depuis chez moi, ou le dimanche midi avec un bon pain bouchon gratiné sur la plage de l’Etang-Salé. Et bien sûr, mes premières heures de vol dans les cirques et au dessus du volcan en éruption.

Quelle est l’image de la Réunion là où vous vivez ?

L’image un peu cliché du DOM. Mais c’est une bonne image même si quelques explications et corrections s’imposent de temps en temps. Je n’ai jamais rencontré de problème sérieux concernant ma provenance au sein des communautés que j’ai côtoyé, au contraire. Nous sommes en France ici comme à la Réunion. Le dépaysement est beaucoup moins flagrant qu’il y quelques années. Aujourd’hui on trouve presque de tout à la Réunion. En revanche le contraire n’est pas vrai à moins d’habiter à côté d’un chinois qui importe les précieux produits de notre enfance…

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