Un projet d’accord de pêche entre l’île Maurice et le Japon inquiète les professionnels et associations environnementales

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Annoncé par le ministre mauricien des Affaires étrangères le 21 août dernier, un projet d’accord de pêche entre l’île Maurice et le Japon inquiète professionnels et associations environnementales de l’île. Cet accord prévoit notamment l’ouverture de la ZEE mauricienne au Japon, en contrepartie d’un soutien financier pour la construction d’un nouveau port et pour le développement de la pêche sur l’île Maurice.

« J’ai invité le Japon à signer un accord de pêche avec nous. Les Japonais pourront venir pêcher dans toute notre zone économique », avait déclaré Vishnu Lutchmeenaraidoo, ministre des Affaires étrangères de l’île Maurice, à l’issue d’une rencontre avec son homologue japonais. S’il s’agit que d’une ébauche, d’un projet à l’heure actuelle, cette annonce provoque l’inquiétude des professionnels de la pêche, des associations, des partis de l’opposition et des professionnels du Tourisme dont l’observation des cétacés est une filière considérable. Car au-delà de l’ouverture de la ZEE mauricienne de 2,3 millions de km2 aux pêcheurs japonais, c’est surtout la chasse scientifique mise en avant par la Japon qui inquiète.

« On sait que l’océan Indien est un sanctuaire pour les mammifères marins. Le public craint que les Japonais viennent pêcher les baleines, les tortues et les dauphins, entre autres », a commenté Nicolas Von-Mally, ancien ministre de la Pêche de l’île Maurice. « Si les pêcheurs ont des appréhensions quant à cet accord, c’est parce que celui-ci n’a pas été rendu public », ajoute-t-il, demandant « que tout un chacun en connaisse les termes ».« Les pêcheurs locaux souffrent d’un manque d’outil primaire et du soutien nécessaire du gouvernement. L’État, de son côté, offre des contrats aux pêcheurs étrangers pour exercer dans nos lagons ; en plus à un pays comme le Japon, qui continue à tuer des cétacés malgré les nombreuses interdictions internationales », a déclaré de son côté Olivier Thomas, jeune mauricien engagé dans une association de protection de l’environnement et des animaux.

Les professionnels du tourisme et associations environnementales sont inquiets de l'ouverture de la ZEE mauricienne aux navires de pêche japonais, notamment pour la protection des mammifères marins ©CNRS

Les professionnels du tourisme et associations environnementales sont inquiets de l’ouverture de la ZEE mauricienne aux navires de pêche japonais, notamment pour la protection des mammifères marins ©CNRS

Réunis au sein du collectif Lavwa Losean, les professionnels de la pêche, du tourisme et les associations environnementales constatent « une série de problèmes dans la manière dont le gouvernement gère nos océans ». « Jeudi nous déposerons une lettre au ministère de la Pêche pour faire part de notre recommandation de ne pas aller de l’avant avec ». Du côté du ministère des Affaires étrangères, on assure que toute question sur l’avancée des négociations autour de cet accord est « trop prématurée pour le moment ». « Ce qui a été discuté pendant la session de travail avec le ministre japonais des Affaires étrangères c’est un accord pour le développement de notre secteur de la pêche », soutient-on du côté du gouvernement mauricien. « Le Japon a déjà le droit de venir pêcher dans nos eaux », rappelle Devanand Norungee, directeur des Fisheries, établissement public affilié au ministère de la Pêche.

Sit-in et pétition en ligne

Face à ces inquiétudes, une pétition en ligne a été lancée ce weekend. Celle-ci a déjà réuni 21 000 signatures. En outre, un sit-in a lieu actuellement à Port-Louis. « Maurice est en train de négocier d’autres accords de pêche avec des pays comme la Chine et le Japon. Or aucun de ces accords n’est rendu public » ont déclaré les organisateurs, « nous avons le droit de savoir ce dans quoi le gouvernement s’engage car nous sommes tous concernés ». Stéphanie Sorby, doctorante en droit international de l’environnement à l’université de La Réunion, explique toutefois : « La Réunion et Maurice sont dans le sanctuaire baleinier de l’océan Indien. A l’intérieur, la chasse commerciale est interdite ». Elle rappelle néanmoins que les japonais « utilisent la chasse scientifique pour continuer à chasser les baleines. Mais ils ne sont pas encore venus chasser dans la zone océan indien, pourquoi le feraient-ils maintenant ? ».

La ZEE mauricienne

La ZEE mauricienne

Au-delà des inquiétudes autour de cet accord, c’est aussi l’ouverture des eaux mauriciennes qui est pointée du doigt par les opposants au projet. « Le nombre croissant de bateaux de pêche dans nos eaux pourrait mener à un désastre écologique », ont alerté les organisateurs du sit-in. En plus du Japon (non renouvelé depuis 2016), l’île Maurice a des accords de pêche avec, entre autres, l’Union européenne et les Seychelles, en plus des licences accordées à des sociétés étrangères. Selon l’Express.mu, environ un millier de navires s’arrêteraient à Port-Louis chaque année.

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