#RéférendumNC2018 : Que se passera-t-il en Nouvelle-Calédonie après le 4 novembre ?

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Edouard Philippe lors de son premier déplacement en Nouvelle-Calédonie ©Twitter / Edouard Philippe

On devrait plutôt dire : que devrait-il se passer ? Ou que pourrait-il se passer ? Car au pays du grand palabre océanien, tous les scénarios restent possibles, toutes les options sont ouvertes et la certitude n’a de sens qui si elle est nuancée. Le champ des possibles que nous choisissons résulte d’une longue observation des différents discours qui ont rythmé cette campagne pour le moins apaisée, et des deux scénarii possibles au soir du 4 novembre : oui ou non. 

L’après se jouera dès lundi. Aussi binaire soit-il, ce référendum ne dit pas grand-chose sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie : souveraine ou française ? Certes, mais dans les deux cas, comment ? C’est en partie l’objet de l’arrivée, dès lundi à Nouméa, du Premier ministre Édouard Philippe. Il rencontrera l’ensemble des élus, partenaires de l’accord de 1998, lors d’une réunion au format Comité des Signataires souffle-t-on. Édouard Philippe devra écouter les uns et les autres, trouver les mots pour reconnaître la victoire des uns sans accentuer la défaite des autres, tracer avec les partenaires le lendemain du référendum. Le successeur de Michel Rocard, et plus récemment de Manuel Valls, sait s’y prendre. Ses deux derniers Comité des Signataires furent des réussites, tant sur l’épineuse composition du corps électoral que sur la formulation de la question. Dès lundi soir, les Calédoniens auront donc quelques idées de la suite du calendrier.

©Charles Baudry / Outremers360

©Charles Baudry / Outremers360

Admettons premièrement que la Nouvelle-Calédonie dise « oui » à la pleine souveraineté, et devienne indépendante. L’État, représenté par Édouard Philippe, devra mettre en place, avec les partenaires calédoniens, les dernières formalités pour le transfert des dernières compétences dites régaliennes : justice, sécurité, défense, monnaie. Il faudra aussi se mettre d’accord sur la forme : indépendance avec interdépendances ou indépendance avec comme partenaire principal, privilégié et historique, la France. Car même s’ils ne font qu’un derrière le « oui » à la pleine souveraineté, les indépendantistes sont eux-mêmes nuancés sur ce que pourrait être la Kanaky-Nouvelle-Calédonie.

Prenons la seconde option, la plus probable selon les sondages : le « non » sort majoritaire du scrutin de ce 4 novembre. L’accord de Nouméa étant transitoire, il faudra tracer les contours institutionnels de la Nouvelle-Calédonie toujours française. Si chacun des partis ont une idée, leur idée, de l’après 4 novembre, il faudra très certainement attendre les élections provinciales de mai 2019, qui rebattront les cartes de l’échiquier politique local, pour que chacun se positionne et bataille pour son projet politique et institutionnel. Vaille que vaille, les indépendantistes veulent aller au bout de l’accord qui prévoit un 2ème et 3ème référendum. Ils devront rassembler un tiers des élus des Congrès, soit 18 voix sur 54 pour les actionner. Avec 23 voire 25 élus dans l’actuel Congrès, les indépendantistes peuvent actionner ces deux référendums avant les provinciales de 2019, surtout s’ils réduisent l’écart en leur faveur, entre le oui et le non. Mais la manœuvre est risquée. En face, certains mouvements loyalistes pourraient s’endurcir et fermer le dialogue, tant le rejet de ces deux potentiels référendums est devenu chez certains un argument électoral pour les provinciales.

©Charles Baudry / Outremers360

©Charles Baudry / Outremers360

Une autre option vient alors à se dessiner : celle de la concordance des temps entre l’historique poignée de main de Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, et ce post 4 novembre où indépendantistes et non indépendantiste devront faire perdurer l’héritage du dialogue, du consensus et du destin commun pour proposer aux Calédoniens le meilleur chemin possible. En attendant, il revient aux 174 154 Calédoniens inscrits sur la liste électorale spéciale de faire leur choix. Et nous leur souhaitons un bon vote.

Quelques repères historiques : 

24 septembre 1853 : Au nom de la France et sur ordre de Napoléon III, l’amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie à Balade.

6 septembre 1984 : Entrée en vigueur du statut Lemoine, rejeté à la fois par les indépendantistes et non indépendantistes, et qui prévoit l’organisation d’un référendum avant 1989.

22 au 24 septembre 1984 : Formation du Front national de Libération Kanak et socialiste (FLNKS) par Jean-Marie Tjibaou, Eloi Machoro et Yéwéné Yéwéné. Le 18 novembre de la même année, Eloi Machoro brise une urne à Canala lors des élections territoriales en Nouvelle-Calédonie. Un geste symbolisant le rejet du nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie et le boycott actif des indépendantistes. Beaucoup estiment que ce geste est le point de départ des « événements », même si la revendication indépendantiste Kanak prend naissance bien avant.

Eloi Machoro brisant une urne de Canala ©Les Nouvelles Calédoniennes (Archives)

Eloi Machoro brisant une urne de Canala ©Les Nouvelles Calédoniennes (Archives)

20 novembre 1984 : Eloi Machoro organise le siège de Thio, village minier de l’est de la Grande Terre et véritable poumon économique du territoire. Le siège dura 8 jours durant lesquels, Eloi Machoro et 500 hommes désarmèrent des gendarmes du GIGN arrivés par hélicoptère, sans aucun coup de feu.

12 janvier 1985 : Eloi Machoro est abattu par le GIGN lors de l’occupation d’une propriété européenne, alors qu’il se rend sans résistance. Par peur d’une escalade de la violence, dans les deux camps, Edgard Pisani décrète l’état d’urgence. Durant les années 80, la revendication sur la propriété des terres jadis confisquées aux Kanak est une des pierres angulaires du mouvement indépendantiste.

Jean-Marie Tjibaou, leader indépendantiste Kanak

Jean-Marie Tjibaou, leader indépendantiste Kanak

17 juillet 1984 : Les Iles Salomon, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Vanuatu soutiennent officiellement le FLNKS et l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Ce jour marque l’acte fondateur de « mouvement mélanésien fer de lance » l’organisation régionale mélanésienne, officiellement créée en 1988.

2 décembre 1986 : Réinscription de la Nouvelle-Calédonie sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU, reconnaissant en outre « le droit inaliénable du peuple de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et à l’indépendance».

13 septembre 1987 : Premier référendum d’autodétermination. À la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à l’indépendance ou demeure au sein de la République française ? », les Calédoniens répondent non à 98,3% (59% de participation), malgré les appels au boycott du FLNKS.

22 avril 1988 : Drame d’Ouvéa : en plein entre-deux tours de l’élection présidentielle de 1988, un groupe indépendantiste du nord de l’île d’Ouvéa (province des îles Loyauté) retiennent en otage une vingtaine de gendarmes dans une grotte. Le 5 mai, l’armée donne l’assaut qui a pour issue la mort de 19 Kanak et deux soldats.

8 mai 1988 : François Mittérand remporte largement la Présidentielle face à Jacques Chirac. Il nomme Michel Rocard comme Premier ministre qui entame des négociations avec le FLNKS.

26 juin 1988 : Signature de l’accord de Matignon entre Michel Rocard, Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou. Le loyaliste Jacques Lafleur et l’indépendantiste Jean-Marie Tjibaou scellent le dialogue dans une poignée de main devenue historique et emblématique.

L'historique poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou

L’historique poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou

4 mai 1989 : Jean-Marie Tjibaou et Yéwéné Yéwéné sont assassinés à Ouvéa, alors qu’ils commémorent la prise d’otage de 1988, par un militant indépendantiste refusant l’accord de Matignon.

5 mai 1998 : Signature de l’accord de Nouméa sous l’égide de Lionel Jospin, avec comme signataires, entre autres, Jacques Lafleur, Pierre Frogier, Roch Wamytan et Paul Néaoutyine.

Signature de l'Accord de Nouméa

Signature de l’Accord de Nouméa

4 décembre 2010 : Jacques Lafleur décède en Australie. Un hommage appuyé lui ait rendu en Nouvelle-Calédonie, par l’ensemble de la classe politique calédonienne, et par l’ancienne ministre de l’Outre-mer Marie-Luce Penchard.

2 novembre 2017 : Édouard Philippe et les partenaires de l’accord de Nouméa arrivent à « un accord politique » sur la composition de la liste électorale spéciale pour le référendum du 4 novembre, et après de longues heures de négociations. Pour « avoir une consultation loyale et incontestable », les natifs de Nouvelle-Calédonie, répondant aux critères d’inscription inscrit dans l’accord de Nouméa, sont automatiquement inscrits sur cette liste. Un accord mettant fin à des décennies de batailles politiques sur la composition du corps électoral amené à s’exprimer lors du référendum.

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28 mars 2018 : A 2 heures du matin, Édouard Philippe, entouré des partenaires de l’accord de Nouméa, annonce la question retenue pour le référendum du 4 novembre : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ».

4 novembre 2018 : Trente ans après la poignée de main Tjibaou-Lafleur et la signature de l’accord de Matignon, le Référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie appelle à l’expression 174 154 électeurs, à l’issue d’une campagne sereine et apaisée.

Avec l’aide d’Alexandre Juster, ethnolinguiste

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