Même sans essais nucléaires, « il y aurait eu des cancers » en Polynésie, assure Alain Christnacht, président du Civen

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En mission en Polynésie française avec deux médecins du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), son président, Alain Christnacht doit « entendre les appréciations des responsables et des associations sur son action et de l’expliquer », a-t-il déclaré dans une interview à Tahiti-infos. 

Première action à « expliquer », l’introduction d’un seuil minimal d’1 millisievert (mSv) ouvrant droit à l’indemnisation, en remplacement du « risque négligeable » par la loi EROM adoptée en février 2017. Ce nouveau seuil minimal a été introduit par amendement dans la loi d’indemnisation des victimes des essais (loi Morin de 2010) en décembre 2018, et est issu des recommandations de la Commission de cadrage de la loi Morin sensée « faire des propositions au Gouvernement pour « réserver » l’indemnisation aux victimes des essais ». La prise en compte de ce nouveau seuil a créé la colère des associations accompagnant les victimes et vétérans des essais, après l’apaisement suscité par la suppression du « risque négligeable ».

En mission en Polynésie, Alain Christnacht est notamment attendu à ce sujet. Dans une interview à Outremers360 en janvier 2019, il expliquait déjà que ce nouveau seuil avait intégré la méthodologie du CIVEN dès début 2018, afin de « réserver l’indemnisation » aux victimes des essais. « La seule suppression du risque négligeable ne permettait pas de distinguer, parmi les personnes atteintes d’une maladie pouvant être radio-induite, celles dont la maladie avait été effectivement provoquée par les rayonnements dus aux essais » a expliqué Alain Christnacht ce lundi, interrogé par Tahiti-infos.

« S’il n’y avait pas eu d’essais nucléaires en Polynésie, il y aurait eu des cancers du sein, du poumon, de l’estomac ou du côlon, comme partout ailleurs, malheureusement », a-t-il encore déclaré. « Ces maladies peuvent être radio-induites mais ne le sont pas pour tous les malades. Il y a d’autres causes possibles », poursuit-il. « La loi Morin repose sur un régime de présomption. Si vous avez l’une des maladies pouvant être radio-induites inscrites sur une liste et que vous avez séjourné en Polynésie pendant les essais, vous êtes présumé victime des essais. Or ce n’est pas vrai dans tous les cas, puisque le cancer peut avoir d’autres causes ».

« Près de 50% » des demandes satisfaites

Pour Alain Christnacht, ce nouveau permet donc d’établir le lien entre la maladie et les essais français en Polynésie. « La dose de 1 mSv a été reconnue par toutes les institutions internationales comme celle en deçà de laquelle une maladie radio-induite ne pouvait être déclenchée ». En outre, le président du CIVEN assure qu’avec le ce nouveau seuil, « près de 50% » des demandes sont satisfaites. Au temps du « risque négligeable » (de 2010 à 2017), on enregistre « 96 demandes acceptées (…), dont 11 de demandeurs résidant en Polynésie », rappelle Alain Christnacht, contre « 231 pour les seules années 2018 et 2019, dont 110 pour la Polynésie ».

Alain Christnacht et les deux médecins du CIVEN affichent un emploi du temps chargé jusqu’à vendredi. Ce lundi, la délégation s’est notamment entretenue avec le président de la Polynésie, Édouard Fritch. « La délégation participera également aux travaux du Conseil d’orientation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (COSCEN) ce mardi pour présenter le CIVEN, son fonctionnement et ses actions en faveur des victimes » a fait savoir l’exécutif polynésien. Des rendez-vous avec les associations, les églises, les parlementaires membres de la Commission de cadrage de la loi Morin sont prévues.

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