L’Edito de Luc Laventure: Essais Nucléaires: Suppression du « risque négligeable », et maintenant ?

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C’est probablement un poncif: les Polynésiens sont des navigateurs et des négociateurs hors-pairs.

Déjà lors de la COP 21, la député Maina Sage, en grande partie grâce à ses interventions diplomatiques auprès des Etats voisins du Pacifique et à son travail de parlementaire auprès de ses collègues d’Outre-mer, a permis de faire évoluer les discussions sur le réchauffement climatique et la montée des eaux, prouvant du même que, grâce à ses surfaces maritimes, le rôle diplomatique de la France n’était pas négligeable.

Deuxième remarque: le feuilleton de la campagne présidentielle ne nous a pas permis de mettre convenablement sous le feu des projecteurs un des faits marquants des débats sur la loi Egalité réelle: la suppression de ce qu’on appelle en terme technique le « risque négligeable », inscrit dans la loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, dite loi Morin de 2010.

Petit rappel historique: premier tir dans le cadre des essais nucléaires français en Polynésie française a eu lieu le 2 juillet 1966… Des essais qui durent trente ans…

Essais souterrain à Fangataufa ©Archives / AFP

Essai souterrain à Fangataufa ©Archives / AFP

Par conséquent, la Polynésie estime que c’est grâce à elle que la France est rentrée dans le club très fermé du Conseil permanent de Sécurité de l’ONU. A quel prix !!! Les dommages collatéraux sont énormes: conséquences sanitaires, maladies génétiques avec des répercussions sur plusieurs générations, dommages environnementaux incalculables avec le très possible effondrement de l’atoll de Moruroa. Ces fameux essais ont également eu comme conséquence des ruptures culturelles entre deux tendances: ceux qui ont pris le parti d’une société occidentalisée et ceux ont prôné un retour aux valeurs ancestrales avec un rapport quasi-mystique à la nature, que ce soit la mer, l’océan, la terre,… Cette vision dichotomique s’est estompée ces dernières années, et particulièrement depuis la COP 21 avec l’investissement de la Polynésie et de ses représentants sur la nécessité de se réapproprier les savoirs traditionnels, qui n’est pas en opposition avec le monde moderne.

Déjà en 1996, lors de l’arrêt complet de ces essais, la Polynésie avait négocié, sous l’ère Chirac, une « dotation globale de développement économique », plus tard transformée en Dotation globale d’Autonomie, qu’on appelle également dans le langage courant « la dette du nucléaire », d’un montant global de 10,7 milliards de Francs pacifique. En 2001, des voix s’élèvent avec plus de force avec la création de l’association polynésienne des vétérans du nucléaire. Cette cause trouve de plus en plus d’écho dans la population, notamment lorsque l’indépendantiste Oscar Temaru arrive à la Présidence de la Polynésie française en 2004…

Un blockhaus sur l'atoll de Moruroa ©Gregory Boissy / AFP

Un blockhaus sur l’atoll de Moruroa ©Gregory Boissy / AFP

En janvier 2010, la loi Morin, du nom du ministre de la Défense de l’époque, est adoptée. Une loi qui, pour la première fois, parle d’indemnisation des anciens travailleurs du Centre d’expérimentation du Pacifique. Deux conditions pour accéder à l’indemnisation: être sur place pendant la période des essais et être atteint d’une maladie dite radio-induite, c’est à dire liée aux retombées radioactives, à condition qu’elle soit reconnue par un médecin spécialisé.

Troisième condition: ce qu’on appelle pudiquement le « risque négligeable », une sorte de frein à la mise en place d’un processus d’indemnisation. C’est ce verrou, ce dernier verrou symbolique, qui a sauté lors de l’adoption de la loi Egalité réelle. En effet, sur plus du millier de demandes d’indemnisation déposées, seules une dizaines ont accédé depuis 2010 à l’indemnisation. Désormais, les associations peuvent espérer plus du double.

©Gregory Boissy / AFP

©Gregory Boissy / AFP

Se pose alors la question de la place du nucléaire dans l’arsenal militaire français à notre époque. Un thème qui sera abordé lors d’un colloque organisé par l’ONG Green Cross France la semaine prochaine à Paris. L’objectif de ce colloque est de montrer l’évolution des menaces et profils de conflits, à l’aune des changements climatiques et de leurs conséquences (sécurité alimentaire, migrations, ressources,…), de questionner l’opportunité d’une sortie progressive des armements nucléaires, à l’heure où se discute un processus de création de Traité d’interdiction des armes nucléaires à l’ONU.

Luc Laventure, Outremers360

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