La Reunion sous le choc, le senateur et fondateur du parti communiste réunionnais Paul Vergès est décédé

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Hospitalisé au CHU de Bellepierre depuis fin octobre, Paul Vergès y est décédé dans la nuit de vendredi à samedi.Paul Verges était hospitalisé depuis fin octobre au Centre hospitalier nord réunion Félix Guyon de Bellepierre à Saint-Denis. Il y avait été admis suite à un malaise.

Son décès a été annoncé par son fils, Pierre Vergès, dans un communiqué : « Nous avons la douleur de vous faire part du décès de Paul Vergès, survenu cette nuit au CHU de Bellepierre où il était hospitalisé. Sa famille, en concertation avec son Parti, vous tiendra informés dans la journée, des dispositions qui seront prises pour que tous les Réunionnais qui le souhaitent puissent se recueillir et lui rendre hommage. »

 

Paul Vergès était né le 5 mars 1925 à Oubone en Thaïlande. Il était le fils du docteur Raymond Vergès, alors consul de France au Siam, sa mère Pham Thi Khang, institutrice. Le cadet de la famille va passer le reste de son enfance à la Réunion après le décès de sa mère. Avec son frère jumeau Jacques, dont il était resté très proche toute sa vie, il sera élevé par sa tante paternelle. Il était scolarisé au lycée Louis-le-Grand lors du congé de son père à Paris (1937-1938), puis au lycée Leconte-de-Lisle de Saint-Denis, où Raymond Barre et Auguste Legros font partie de ses camarades. Il a obtenu son baccalauréat en 1942.

Paul Vergès, le militant pour la liberté

Lors de la Seconde Guerre, Paul Verges s’enrôla dans l’armée. En 1942, il rejoignit les troupes des Forces Françaises libres en Angleterre avant d’être parachuté dans le Poitou. Il quittait les rangs de l’Armée trois ans plus tard lors du début de la guerre en Indochine. Après s’est battu contre le nazisme et le régime pétainiste en France, celui que ses camarades de combat surnommait « Tito » va s’opposer au mouvement colonialiste de l’époque. Il rentra au Comité républicain d’action démocratique et sociale (CRADS) fondé par son père Raymond Vergès. Le 25 mai 1946, en pleine campagne législative, le maire MRP de Saint-Benoît, Alexis de Villeneuve, adversaire de son père, est assassiné par balles. L’arme appartenant à Raymond Vergès et Paul Vergès présent dans la foule lors de ce meeting, sera incriminée comme responsable de cet acte. Paul Vergès est condamné, en juillet 1947, à cinq ans de prison avec sursis par les assises de Lyon pour avoir « volontairement porté des coups et fait des blessures à Alexis de Villeneuve […] sans intention de donner la mort », puis amnistié en 1953.

Mais l’affaire Alexis de Villeneuve n’était pas le seul démêlé de Paul Vergès avec la justice.En 1964, Paul Vergès, condamné à trois mois de prison ferme pour avoir reproduit dans le quotidien communiste réunionnais Témoignages des articles sur la guerre d’Algérie parus dans Le Monde et L’Humanité sur les noyades d’Algériens en 1960 dans la Seine. Alors à la tête du Parti Communiste Réunionnais, Paul Vergès, refusant d’appliquer sa peine pour « délit de presse», entra en clandestinité sur l’île pendant 28 mois. Du fait d’une loi d’amnistie, il n’était plus inculpé à ce moment que d’« atteinte à l’intégrité du territoire ». Après s’être constitué prisonnier, il fût transféré en métropole où il bénéficie d’une ordonnance de non-lieu de la part de la Cour de Sûreté de l’État

 Paul Vergès, l’homme politique

L’année 1955 symbolise l’ascension politique de Paul Vergès. Marchant sur les traces de son père, il fût tour à tour conseiller général de la Réunion, député de la Réunion, maire de la ville du Port président du Conseil Régional, député européen, et sénateur.

Au-delà de cette succession ininterrompue de mandats électifs – doyen du Sénat, il en a même été le président le temps d’une élection – Paul Vergès était depuis un demi-siècle une personnalité réunionnaise incontournable. Visionnaire, disent ses partisans, Cassandre, se plaignent ses adversaires, il fut l’avocat du combat des années 90 en faveur de la « parité sociale » avec la France continentale, puis de « l’égalité sociale » dès les années 2000. Dans ce département où le chômage bat encore tous les records, il n’aura jamais abdiqué ses engagements en faveur des plus démunis et, bien que ne l’ayant jamais partagée, il s’est toujours réclamé de cette classe ouvrière et paysanne qui lui a en retour voué une fidélité à toute épreuve, notamment par le biais de syndicats taillés sur mesures.  Le Parti Communiste Réunionnais, le dernier à longtemps afficher la faucille et le marteau à l’en-tête de son quotidien Témoignages,  parti dont il est le président historique, a pesé jusqu’à 30% de l’électorat et détenu 8 des 24 communes de l’île. Michel Debré, député de la Réunion, voyait en lui le militant de la « décolonisation »  et donc de l’indépendance : leurs combats politiques ont alimenté la chronique réunionnaise pendant des années.

L’autre grand combat de Paul Verges aura été l’écologie et la protection de l’environnement, qui l’ont fait prendre parti sur toutes les estrades du monde, mais aussi à La Réunion, en s’opposant par exemple à la nouvelle route du littoral actuellement en construction,  contre son avis.

Paul Vergès disparaît à l’âge de 91 ans, dont plus de 60 de vie politique active. Avec lui se referme l’époque des grands leaders charismatiques ultramarins du 20ème siècle qui, faute de susciter l’adhésion de tous, forçait le respect de ceux qui, président de passage, visiteur, illustre ou non, simple passant ou journaliste, ne manquaient jamais d’aller écouter le vieux sphinx pei.

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