Emmanuel Macron en Nouvelle-Calédonie: Début d’une visite à la fois politique et symbolique

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Après l’Australie, le Président de la République Emmanuel Macron est arrivé en Nouvelle-Calédonie pour une visite officielle de trois jours. Un déplacement ponctué de moments historiques avec la commémoration du trentenaire du drame d’Ouvéa mais également de moments politiques à six mois du référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie.

« Ce sera d’abord l’occasion (…) de consacrer des moments importants de notre histoire commune, des moments qui ont pu être parfois douloureux, comme ceux que nous aurons à commémorer, l’anniversaire des 30 ans d’Ouvéa, des moments dont nous pouvons être fiers comme les 20 ans des Accords de Nouméa, et cette histoire partagée faite d’ombre et de lumière, comme il est convenu aujourd’hui de dire. Ce temps mémorial est important parce qu’on ne fait rien de bon en négligeant une part de son histoire, quels qu’en soient les contours », a déclaré Emmanuel Macron à sa descente d’avion.
Accompagné de la Ministre des Outre-mer Annick Girardin, du Ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian et du Ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, le Président de la République s’est dit « très heureux » de « venir ici dans une année qui est importante pour la Nouvelle-Calédonie »

«Nous respecterons ce vote »

Si la mémoire constituera plusieurs temps forts au cours de cette visite, Emmanuel Macron n’oublie pas pour autant le temps présent. « Je viens dire que la Nouvelle-Calédonie, c’est une chance, une richesse pour la France. (…) « Je respecte ce vote, qui est une première… C’est un exemple, le monde nous regarde faire », a ajouté Emmanuel Macron. « Il ne faut pas que ce soit un moment de tension inutile ». Quel que soit le résultat, « nous respecterons ce vote », a-t-il affirmé.

Dès son arrivée sur le caillou, Emmanuel Macron entend faire tomber les tensions à l’approche du référendum sur l’indépendance prévu en novembre prochain, tout en assurant « qu’il n’avait pas à prendre position » sur ce sujet. Deux sondages publiés ce jeudi soulignent que près de 60% des personnes interrogées et inscrites sur la liste référendaire déclarent être fermement opposées à l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté et à l’indépendance.
Après ce point-presse sur le tarmac de l’aéroport de Nouméa, Emmanuel Macron a reçu un accueil républicain sur la place Bir Hakeim avant de prendre un bain de foule. Il s’est ensuite rendu au Sénat coutumier, accueilli par Pascal Sihazé le président, pour la cérémonie de la coutume.

journée de commémoration et de recueillement

Autre temps fort de cette visite présidentielle, samedi où Emmanuel Macron participera à « trois gestes de mémoire et de recueillement » silencieux, sans discours. Une cérémonie aura lieu devant la stèle commémorative de la gendarmerie de Fayaoué, théâtre le 22 avril 1988 de l’attaque d’un commando indépendantiste qui avait tué quatre gendarmes et pris 27 autres en otages.
Deux moments de recueillement seront observés à Wadrilla, où ont été assassinés le 4 mai 1989 les deux leaders nationalistes Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, par l’un des leurs, Djubelly Wea, et à quelques mètres de là, devant le monument des 19 militants kanaks tués (ainsi que deux militaires) lors de l’assaut de la grotte.

Mais ce déplacement divise à Ouvéa, où le comité de Gossanah (tribu au nord d’Ouvéa) a menacé de l’empêcher. L’Elysée souligne que ce comité est minoritaire, et indique avoir eu l’assurance des autorités coutumières pour la sécurité du déplacement. Dans un communiqué deux des quatre grandes chefferies kanak d’Ouvéa ont « invité la populations d’Iaii (Ouvéa, ndlr) à venir se recueillir devant la stèle des 19 morts d’Ouvéa et à accueillir le président Emmanuel Macron »

Emmanuel Macron remettra au gouvernement calédonien l’acte de prise de possession de la Nouvelle-Calédonie, le 24 septembre 1853, signé par le contre-amiral Auguste Fébvrier-Despointes au nom de Napoléon III, lors d’une cérémonie au Centre culturel Tjibaou. Le chef de l’Etat prononcera aussi un « grand discours » au Théâtre de l’Île, toujours le 5 mai, date anniversaire de l’accord de Nouméa de 1998 qui a mis un terme aux violences et entamé un processus de décolonisation par étapes, ouvrant la voie au référendum d’autodétermination, prévu le 4 novembre.

 

Discours du Président de la République Emmanuel Macron en Nouvelle-Calédonie

« Je suis très heureux d’arriver en Nouvelle-Calédonie après ces deux jours passés en Australie, très heureux dans ces derniers jours de première année de mon mandat de venir fouler ce sol qui nous est cher, et venir ici dans une année qui est importante pour la Nouvelle-Calédonie. Ce sera d’abord l’occasion cet après midi et dans les deux jours qui suivront de consacrer des moments importants de notre histoire commune, des moments qui ont pu être parfois douloureux, comme ceux que nous aurons à commémorer, l’anniversaire des 30 ans d’Ouvéa, des moments dont nous pouvons être fiers comme les 20 ans des Accords de Nouméa, et cette histoire partagée faite d’ombre et de lumière, comme il est convenu aujourd’hui de dire.

Ce temps mémorial est important parce qu’on ne fait rien de bon en négligeant une part de son histoire, quels qu’en soient les contours. Pour moi, ce déplacement est aussi l’occasion de parler de la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui. Et donc, nous allons, à travers un passage au sein d’une école, parler de l’éducation nationale, et d’ailleurs en droite ligne avec les Accords signés, montrer la République qui réinvestit, qui décide de faire et puis dans les quartiers parfois les plus difficiles, d’être à la hauteur de ce qu’elle doit, comme partout sur le territoire. Nous aurons aussi l’occasion d’aller au près des forces de police, et de voir l’organisation, le déploiement de celle-ci.

Parler de la Nouvelle-Calédonie aujourd’hui, c’est aussi décliner ici à travers les échanges que j’aurais avec nos élus, avec les forces économiques, cette stratégie indo-pacifique que j’ai expliqué durant ces deux jours en Australie, et cette volonté que la France réussisse dans cette région du globe où elle est forte, où elle peut être fière. La zone indo-pacifique, c’est 1,6 million de concitoyens français, c’est une force militaire importante, c’est plus des ¾ de notre présence maritime, et donc ce sont des atouts qu’il faut réussir à faire rayonner sur le plan économique, sur le plan de la pêche, sur le plan économique, sur le plan de la recherche comme sur la lutte contre le réchauffement climatique qui est un des sujets importants que nous aurons à échanger d’ailleurs demain avec l’ensemble des États du Pacifique Sud, que nous aurons à réunir, et je m’en félicite, nombre des ces États représentés parfois au haut niveau, à Nouméa, et j’aurais l’occasion de les inviter pour un dîner, ce qui est pour moi un moment important de ce déplacement qui montre aussi la force dans le Pacifique de la France et de toutes ses présences dans la région.

Enfin, nous aurons à échanger sur le processus politique en cours. Le 4 novembre prochain conformément aux Accords, l’expression sera faite et un choix sera à la clé, et j’aurai l’occasion tout particulièrement d’y revenir samedi, mais je souhaite que, dans le calme, l’unité, et un dialogue constructif, nous puissions construire ce choix qui viendra en novembre prochain. Parce que le monde entier nous regarde, parce ce que nous avons réussi à faire sur la base d’une page douloureuse de notre histoire, n’a pas de précédent. C’est construire une souveraineté dans la souveraineté, c’est décider de pouvoir exprimer un choix adulte, conscient, qui ne doit céder à aucun emportement, aucun embrasement pour ne pas faire bégayer l’histoire, mais qui doit, dans le calme, la fraternité, être construit.

Pour toutes ces raisons, je suis très heureux d’arriver aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie parmi vous, je vous remercie. »

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