Dans les quartiers de Nouméa, « payer ses factures » préoccupe plus que le référendum

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Michèle Wenima, une mélanésienne qui élève ses cinq enfants seule, le 2 octobre 2018 dans la cité de Tindu, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie ©Théo Rouby / AFP

« Pour nous, ce qui compte d’abord, c’est pouvoir payer les factures », tempête Olivia Bodem. Le 4 novembre, la Nouvelle-Calédonie choisit son avenir lors d’un référendum d’autodétermination. Mais dans les quartiers populaires de Nouméa, c’est la vie chère qui préoccupe les habitants.

Responsable de l’antenne du Secours catholique de Tindu, une cité aux immeubles couverts de graffitis tapie au fond d’une zone industrielle, cette mère de famille joviale ne décolère pas contre « ce pays de monopoles où on ne peut rien faire à cause des prix ». « Je ne voyage jamais, je ne fais jamais de shopping et les loisirs se résument à bavarder sous les arbres. On mange du riz, des sardines et du poulet. Mais attention pas du poulet local inabordable, non on prend des cartons de 10 kilos de poulet congelé, importé du Brésil ou de je ne sais où », poursuit la quadra. Assise à ses côtés, Michèle Wenima, mélanésienne menue aux boucles poivre et sel, raconte qu’elle ne met jamais les pieds « aux rayons boucherie ou poissonnerie » et que dans son petit appartement où elle vit avec deux de ses filles « il n’y a que des matelas et trois chaises ».

Grâce à une aide au logement et une indemnité pour incapacité de travail, elle obtient chaque mois 120 000 CFP (1 000 euros). Mais dans un territoire où, selon une récente étude de l’UFC-Que Choisir, le panier de la ménagère est 2,24 fois plus cher que dans l’Hexagone, elle rogne sur tout. « Je ne vais en centre-ville que pour aller chez le docteur. Un aller-retour en bus coute 420 francs (3,5 euros) », témoigne cette ancienne femme de ménage, qui a vécu un an dans sa voiture avec ses cinq filles, après que son mari, alcoolique, l’ait « mise dehors ».

« Hommes politiques bien gras » 

A un mois du référendum sur l’indépendance, ces habitantes des quartiers périphériques de Nouméa pensent que le scrutin intéresse « surtout nos hommes politiques qui eux sont bien gras ». Le 4 novembre, 174 154 électeurs de Nouvelle-Calédonie décideront du maintien ou pas de l’archipel au sein de la République française. Mais ce matin, les conversations sont centrées sur le supermarché du coin et ses promotions « de malbouffe ou sans intérêt » : les packs de sodas (4,10 euros pour 6 cannettes), les biscuits (2 euros le paquet) et les croquettes pour chiens. En revanche, les haricots verts s’affichent à 7 euros le kilo, les quatre yaourts à 4,20 euros, tandis qu’une minuscule tranche de mimolette de 135 grammes est à 3 euros et la plaque de chocolat à 7 euros. « C’est quand même incroyable qu’ici en Nouvelle-Calédonie, le seul fruit que je donne à mes enfants soit des pommes importées au rabais d’Australie et de Nouvelle-Zélande », s’exaspère Olivia.

Les enquêtes statistiques font état d’un coût de la vie qui est, comparé à l’Hexagone, 35% plus élevé en Nouvelle-Calédonie en raison de la fiscalité protectionniste, la mainmise sur le commerce de quelques grandes familles, les marges élevées, l’étroitesse du marché et les coûts liés à l’insularité. Le vote d’une loi anti-trust, la toute récente création d’une Autorité de la concurrence et la réforme, depuis le 1er octobre, de la fiscalité indirecte doivent tenter de faire baisser les prix. Mais jusqu’alors les consommateurs n’ont rien vu. Ces niveaux de prix sont aussi le reflet d’une société calédonienne très inégalitaire où les 10% des ménages les plus aisés disposent d’un revenu 7,9 fois plus élevé que les 10% les plus modestes, contre 3,6 fois dans l’Hexagone. De sorte que les acteurs économiques ont tendance à adapter leurs prix à cette clientèle captive de nantis, au détriment des populations à faible revenu.

Avec AFP.

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