« Partir, c’est grandir d’un coup ! », Aïna Kamardine, jeune mahoraise, raconte son expérience de volontaire international en entreprise

« Partir, c’est grandir d’un coup ! », Aïna Kamardine, jeune mahoraise, raconte son expérience de volontaire international en entreprise

©Giedré Trumpiené

Chaque année, ils sont quelques 10 000 jeunes à tenter l’expérience du volontariat international en entreprise (VIE), un programme de mobilité sécurisé et simple porté par Business France. Aïna Kamardine en a fait l’expérience au sein de Veolia Environnement au Royaume-Uni. Interview d’une ambitieuse femme devenue entrepreneure.

Outremers360 : Comment avez-vous entendu parler pour la première fois du VIE ?

Aïna Kamardine : Fin 2010, j’étais à l’université de Rennes 1. Je me suis rendue à une journée d’orientation. Là-bas, j’ai rencontré une personne qui représentait le civiweb (plateforme d’échanges entre recruteurs et candidats de Business France, ndlr). J’étais en master 1 à l’époque. Je me suis dit que ça allait être intéressant. En 2012, je suis partie au Japon en stage à l’université d’Osaka. J’ai commencé mon alternance en master 2, jusque fin 2013. Lorsque j’ai obtenu mon master 2 en ingénierie technico commercial en solutions globales scientifiques, avec double compétences en commerce à l’université de Cergy pontoise, j’ai réfléchi sur ce que je voulais faire.

Comme mon expérience internationale s’était bien passée, je me suis inscrite sur civiweb. Je suis allée sur des forums sur le VIE, j’ai rencontré des entreprises et j’ai passé des jobs dating. J’ai rencontré deux ou trois entreprises. Ça s’est bien passé. Puis j’ai décroché un poste dans le nord de la France mais je voulais partir. Je postulais et ça donnait rien. En été 2014, alors que j’étais en poste, je suis tombée sur une offre de Veolia environnement. C’était un VIE en Angleterre à l’extérieur de Londres. Le poste correspondait exactement à mon profil. J’ai postulé et début août, j’ai reçu un appel de Veolia. J’étais agréablement surprise.

Après un entretien sur Paris et un face à face avec la responsable des ressources humaines de Veolia, le manager en Angleterre m’a demandé si j’étais disponible pour passer une journée avec eux, pour savoir si ça allait « matcher » pour le job. Ça s’est super bien passé. Moins d’une semaine après, je recevais un mail me proposant le poste.

Pouvez-vous nous raconter votre expérience durant ce VIE ?

Je vendais des dispositifs de purification d’eau pour des laboratoires chimiques, biologiques et environnementales. J’étais assistante chef de produit. Je travaillais avec deux chefs de produits sur la conception, l’analyse et la commercialisation. J’étais l’interface avec des distributeurs situés dans une centaine de pays. En plus du support commercial et technique, j’analysais la concurrence et le positionnement.

C’était un VIE de 12 mois. Et il a été renouvelé pour 12 mois. Au bout de 18 mois, j’ai été promu chef de produit. Durant la dernière partie de mon VIE, j’étais en toute autonomie sur la gamme de produits que je gérais. J’étais en interaction avec les commerciaux, les distributeurs, pour préparer un lancement de produit.

Quels ont été les avantages pour vous de passer par le VIE ?

L’avantage, c’est la sécurité qu’apporte le contrat de VIE. On est à l’étranger, mais sous contrat de droit français. C’était important pour moi. Je me suis dit, je pars mais s’il se passe quoique ce soit, je ne suis pas abandonnée à moi-même. Une chose que j’ai beaucoup senti, c’est toujours ce manque d’expérience. Pour le VIE, les gens sont plus souples par rapport à ça. Ils sont prêts à rencontrer, à parler avec des profils. J’ai trouvé ça très agréable même s’il y a eu beaucoup d’entretiens pour concrétiser le VIE. L’expérience d’expatriation est intéressante. J’y vais pour le travail, pour faire quelque chose. C’est pas comme partir en backpack !

Quelles sortes de responsabilités vous a-t-on confiées ?

Les responsabilités que j’ai eues m’ont forgée dans l’aspect travail en autonomie. On va dans un pays différent, avec une culture et une langue différentes. Ça nous pousse à sortir de notre zone de confort. La personne que je suis aujourd’hui, je l’ai formée durant ces deux ans à l’étranger. C’était très agréable de voir la confiance que les gens vous accordent. On se dit, je vais essayer. Ça donne envie de se donner et de réussir. Car il y a des gens en face et ils sont bienveillants. Et puis je ne connaissais pas ce métier-là. J’ai appris le marketing car j’étais dans les laboratoires avant. Cette entreprise avait l’habitude de recevoir des VIE. J’étais la cinquième VIE dans ce domaine là.

A l’issu de ce VIE, que s’est-il passé ?

En 2016, lors de ma deuxième année de VIE, ils m’ont proposé de rester en tant que chef produit. J’ai décliné le poste car je voulais rentrer à Mayotte. Ça faisait déjà une dizaine d’années que j’étais en Europe. Lorsque je suis rentrée, ma soeur m’a proposé de créer notre propre entreprise. J’ai dit OK et j’ai refusé le poste à Veolia. Un vrai virage à 360°. On voulait travailler sur ce qui nous passionne. J’adore le thé et ma soeur, la pâtisserie. On a alors lancé en mai 2017 John & Okama’s, située à Sada, à Mayotte. C’est une entreprise de traiteur / salon de thé. Nous proposions au début un service de traiteur. On proposait des gâteaux personnalisés d’anniversaire, des pièces montées pour les mariages. On travaillait beaucoup pour les entreprises via notre site de vente en ligne.

©Facebook / John & Okama's

©Facebook / John & Okama’s

Il y a un peu plus d’un an, on a ouvert notre boutique proposant thé, cafés, chocolat, pâtisseries. Nous avons six salariés. On veut se développer régionalement dans le bassin indien. On devait commencer cet été une activité à Madagascar. C’était le plan, mais le covid-19 a compliqué les choses. On verra ce que ça donne après la crise. On souhaite lancer des tisanes de plantes aromatiques et médicinales mahoraises. J’ai donc contacté un producteur de thé au Japon. Là, je suis en stage chez lui pour apprendre l’agriculture du thé, aller au champ de thé pour voir comment on le cultive, la fabrication et la commercialisation du thé.

Et maintenant, découvrez le message d’Aïna Kamardine aux jeunes diplômés ultramarins qui hésitent encore à tenter l’expérience du VIE :

Propos recueillis par Amélie Rigollet

Pour en savoir plus sur le VIE, s’inscrire au webinaire du 5 mai organisé par Business France en partenariat avec le Ministère des Outre-mer.

Emploi : Business France lance un webinar le 5 mai pour sensibiliser les jeunes ultramarins à l’internationalisation