Economie Outre-mer : « La crise du sucre annoncée s’enracine », Dominique Martin Ferrari

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« On croyait l’avoir éloignée à coup de mesurettes sur le rhum, avec  les sucres spéciaux…Mais, la crise du sucre annoncée s’enracine », indique Dominique Martin Ferrari de Metamorphose Outremers. « La fin des quotas de sucre coïncide avec l’effondrement des cours sur le marché mondial. Une situation qui pose pour l’instant plus problème aux sucriers qu’aux betteraviers, protégés par des contrats », analyse-t-elle.

Finis les quotas. Depuis octobre 2017, le secteur du sucre européen ne bénéficie plus d’un prix garanti ou de limitation sur les quantités à produire, sous forme de quotas. La transition d’un secteur ultra dirigé à la libéralisation totale a été suffisamment organisée pour ne prendre personne par surprise. L’arrivée des agriculteurs européens sur le marché mondial s’annonce néanmoins délicate, tant les cours du sucre jouent les montagnes russes.

La libéralisation du marché européen du sucre inquiète l’outre-mer 

Alors que se profile la libéralisation du marché européen du sucre, un rapport parlementaire demande la mise en place d’un soutien spécifique aux départements d’outre-mer, où la filière est fragile.

Alors que les prix étaient plutôt engageants en 2017, les producteurs de betterave ont fêté la fin des quotas en augmentant sérieusement leurs surfaces de production pour la campagne 2017/2018. La France et l’Allemagne, les deux principaux producteurs, ont ainsi planté quelque 25 % de surfaces supplémentaires. Ramassées cet hiver, les betteraves transformées en sucre arrivent sur un marché déprimé : les cours ont été divisés par deux en 18 mois pour le sucre blanc à Londres pour livraison en août, qui cote 334 dollars la tonne.

« On s’attend à une surproduction très importante cette année, surtout en raison de la récolte indienne » prévient Arthur Portier, responsable du secteur sucre chez Agritel. Dominant largement le marché, avec 80 % de la production, la canne à sucre détermine les cours bien plus que la betterave. Mais les zones de production situées sous les tropiques sont aussi affectées par des variations climatiques importantes : une mousson trop abondante ou insuffisante en Inde, et les cours du sucre sont déboussolés.

Face à cette forte volatilité, les producteurs français se sont organisés. Les sucriers, qui transforment la betterave, ont notamment garanti des contrats de plusieurs années à prix fixe qui compensent la perte de quota et de prix garanti au niveau européen, au moins pour un an ou deux. La hausse de la production doit permettre cette année à l’UE de redevenir exportatrice nette en volume. Mais sur les prix, la concurrence s’annonce rude. « Les prix assurés aux producteurs, soit 25 euros par tonne de betterave pour Tereos ou 27 euros pour Crystal Union, ne reflètent pas du tout le prix du marché » assure Arthur Portier. Les sucriers, qui ont de larges volumes et une visibilité sur plusieurs années, se sont toutefois couverts sur le marché à terme, ce qui lissera leur revenu cette année.

Mais pour le futur, l’incertitude semble forte. Pour les sucriers, l’enjeu majeur est de tenter d’utiliser au maximum leurs usines de production. Or, la France est plutôt à la traine par rapport à ses voisins. Les Britanniques utilisent les leurs jusqu’à 160 jours par an, les Allemands autour de 128 ; de 100 jours par an en 2016, la France tente de grimper jusqu’à 130. Utiliser plus les usines permet en effet d’augmenter leur rentabilité. Les sucriers ont toutefois besoin de toujours plus de betteraves pour améliorer leurs ratios.

Mais en avril, les betteraviers français en ont planté moins qu’en 2017. Les agriculteurs se disent préoccupés par l’interdiction de néonicotinoïdes en France, qui devrait être actée par décret prochainement. Selon le syndicat des producteurs, les rendements de betteraves pourraient alors reculer de 12 %, voire jusqu’à 50 % dans les régions maritimes.

La filière tente un dernier effort de lobbying pour que le décret épargne la betterave, dont la plante est cueillie avant que la fleur ne pousse, si bien que les abeilles ne peuvent être exposées aux pesticides, avancent-ils. Le produit chimique enrobe les semis, et protège leur éclosion sous terre. Il y a toutefois peu de chance que la France accepte cette dérogation, qui a été refusée au niveau européen.

En revanche, par le biais de FranceAgriMer, l’Etat français tente de répondre aux préoccupations des betteraviers en finançant la recherche de solutions biologiques contre les insectes, le biocontrôle. Pour l’heure peu développées, les solutions de prévention des pucerons feront l’objet de recherches assidues de la part de l’Institut technique de la betterave dans les années qui viennent.

Au niveau européen, un observatoire du marché du sucre a été mis en place, qui offre une bonne quantité de données sur le marché international. Une petite consolation pour les producteurs de sucre européens, dont la France (5 millions de tonnes de sucre par an) occupe la première place.

Dominique Martin Ferrari, Metamorphose Outremers

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