Covid-19 : Les transporteurs aériens des Outre-mer en plein brouillard

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©Tahiti Fly Shoot

Plusieurs dirigeants de compagnies aériennes desservant les Outre-mer ont fait part de leurs inquiétudes devant les sénateurs de la délégation sénatoriale aux Outre-mer le 19 mai.Ils ont dénoncé le manque de clarté et de visibilité des décisions du Gouvernement concernant la reprise de leur activité.

L’horizon reste nuageux pour les transporteurs aériens desservant les Outre-mer. Malgré une rencontre avec le Sécrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari et la Ministre des Outre-mer Annick Girardin lundi à l’aéroport d’Orly, les transporteurs aériens sont unanimes : la réouverture d’Orly d’ici le 26 juin est impérative. « Il faut qu’on redémarre au plus vite. Si on ne passe pas l’été à voler, on va vers une disparition des companies» a souligné Marc Rochet, président des compagnies Air Caraïbes et French Bee.

A l’arrêt depuis la mi-mars, les compagnies aériennes ont vu l’essentiel de leur programme de vols, chuter à 5%. Une activité extrêmement réduite et qui est soutenue par des opérations d’affrètement de vols cargos. Une activité jugée «dérisoire» par Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair et dont les vols à destination des Antilles et de La Réunion représentent deux tiers de son chiffre d’affaires.

L’ impact de la crise du Covid-19 est encore plus pesante pour les compagnies régionales à l’instar d’Air Antilles Express. « Depuis le 20 mars, nos avions sont cloués au sol, le nombre de vols est passé de 3 ou 4 par semaine au lieu de 400 vols en temps habituel. Aujourd’hui, chaque jour qui passe, nous perdons 150 000 euros par jour, la situation est catastrophique pour nous» a déclaré Eric Koury, président du Groupe GAI regroupant les compagnies Air Antilles et Air Guyane.

Air Austral transforme son Boeing 777 pour des vols tout-cargo

Des mesures gouvernementales insuffisantes

Si la majeure partie des compagnies ont mis en place le chômage partiel ou fait une demande du prêt garanti de l’Etat, ils estiment ces mesures insuffisantes et inadaptées pour les compagnies ultramarines. « Nous ne dégagerons jamais les marges suffisantes pour rembourser les montants empruntés pour redémarrer l’activité » a indiqué Eric Koury. « Nous sommes en train de détruire sept ans de construction et développement chez Air Antilles. Je crains malheureusement que tout cela va disparaître à cause de la situation et de l’incapacité de nous donner les moyens de redémarrer », a-t-il poursuivi.
Dominique Dufour, secrétaire général d’Air Austral a pour sa part souligné le manque de visibilité de la part du gouvernement sur la sortie de crise pour programmer un retour à la normale. Il ajoute également que la mesure de quatorzaine reste « un véritable frein» pour une reprise de l’activité touristique en bonne et due forme.

« Pour opérer des vols avec des passagers, il faudra (…) que les conditions soient viables économiquement », Muriel Assouline, Directrice générale de French Bee

Si elles ne sont pas accompagnées, la disparition des compagnies desservant les territoires ultramarins serait à la fois un vrai désastre économique mais aussi une rupture de la continuité territoriale de l’Outre-mer avec l’Hexagone. « La disparition d’Air Tahiti Nui serait un sinistre majeur pour l’économie polynésienne, la Polynésie se couperait de 50% de ses revenus du tourisme. De plus, aucune compagnie ne pourra remplacer Air Tahiti Nui, qui dessert à la fois la Polynésie avec la France, l’Asie mais aussi la région Pacifique Sud, en raison des coûts importants que cela engendre» a expliqué Michel Monvoisin, PDG d’Air Tahiti Nui.

De son côté, Didier Tappero, directeur général d’AirCalin souligne que la disparition d’AirCalin poserait la question de la présence d’ailes françaises dans le Pacifique, une région dans laquelle le Président de la République avait défendu en mai 2018 la stratégie de « l’axe indo-pacifique» face à l’hégémonie chinoise.

Une reprise soumise à une rude concurrence

Les acteurs du transport aérien s’accordent sur un redémarrage de l’activité qui ne sera toutefois pas sans turbulences. « La compétition dans quelques semaines va être d’une extrême rudesse. La sortie de crise sera dangereuse avec le risque de disparition de certaines compagnies» a avertit Alain Battisti, le président de la Fédération nationale de l’aéronautique marchande (FNAM).
Des propos appuyés par Michel Monvoisin, PDG d’Air Tahiti qui explique que cette concurrence sera féroce tant au niveau des compagnies qu’au niveau des destinations. « Nous pouvons citer l’exemple des Maldives qui a un marché plutôt orienté européen et qui souhaitent désormais attaquer le marché nord-américain, marché-cible de la Polynésie».

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