Avec Pinpo, le Calédonien Matthieu Babé veut révolutionner la recherche d’appartements

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C’est une des premières grandes difficultés que rencontrent les étudiants arrivant à Paris ou dans les grandes villes hexagonales: la recherche d’un logement. Véritable parcours du combattant, parsemé de visites inutiles, de longues files d’attente et de dossiers rejetés, la recherche d’un toit s’avère vite décourageante, encore plus lorsqu’on vient des Outre-mer. Avec ses amis, Matthieu Babé, originaire de Nouvelle-Calédonie, a donc réfléchi à une solution pour limiter les « rencontres inutiles » grâce à un système d’algorithme qui permet d’évaluer les chances de louer un logement. Rencontre et explication d’une solution qui compte bien changer la vie des jeunes qui s’installent.

Né à Nouméa, Matthieu Babé quitte la Nouvelle-Calédonie à l’âge de 18 ans, lorsqu’il obtient son bac. Il part d’abord en Australie, à Sydney, afin de décrocher le Cambridge d’Anglais. « Je me suis décidé ensuite à partir en France pour faire une école de Design », confie-t-il. « J’ai toujours fait du bricolage vidéo, de l’animation, j’ai toujours été plongé dans le design ». Après l’Australie, il intègre Intuit Lab, une école de Design qui a fêté ses 15 ans l’année dernière et qui est devenue la 2ème école de Design de France. « C’est une école qui marche très bien et j’y interviens régulièrement ».

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La suite de son parcours universitaire est impressionnant. Il rejoint Fred & Farid pour un stage d’étudiant dans le premier service Digital de l’agence, part en échange de 6 mois à Shanghaï, où il sera « entièrement immergé dans l’ultra digital », puis il rejoint le Seenk Lab où il travaillera « sur le Design des logiciels d’intelligence artificielle: donc vraiment sur des produits axés sur le futur ». « Pendant mes années d’études, j’ai pu vraiment développer mes compétences sur le Design digital », explique-t-il. Et c’est pendant son Master II, avec ses amis, qu’il réfléchit à cette fameuse solution de recherche d’appartement, qui deviendra au fil du temps, l’application Pinpo.

Racontez-nous d’où est venue cette idée d’une start-up sur la recherche d’appartement ?

Avec Laurence Benamran, Sacha Mourain et Guillaume Constanza, on s’est réuni autour d’une problématique moderne: le logement. On connait tous cette galère de trouver un logement à Paris et c’est un milieu un peu statique et « vieux jeu »: les visites inutiles, les files d’attente énormes dans les escaliers, les candidatures qui n’intéressent pas le propriétaire mais qui les reçoit quand même… On s’est dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose et on a donc réfléchi à une solution digitale sur cette problématique.

En juin 2015, on s’est associé et on a créé notre société. A partir de là, on a intégré des modules d’accompagnement de start-ups pour construire notre projet de A à Z. Fin 2015, on a rejoint l’accélérateur de start-ups Google Launch Lab: c’est un module qui se réunit une fois par an, qui sélectionne des start-ups et les accélère pendant une semaine du matin au soir. Ca nous a donné un vrai coup de pouce pour lancer une première version du produit. A ce moment là, on était encore en deuxième année de Master et on empilait un peu le travail, c’était passionnant.

Avec Laurence Benamran, Sacha Mourain et Guillaume Costanza, ses amis de Master II, Matthieu Babé a réfléchis à une solution innovante et digitale pour la recherche d'appartement ©DR

Avec Laurence Benamran, Sacha Mourain et Guillaume Costanza, ses amis de Master II, Matthieu Babé a réfléchis à une solution innovante et digitale pour la recherche d’appartement ©DR

A la fin de nos études, on a intégré un autre incubateur et c’est à partir de là qu’on a sorti la première version de l’application Pinpo. A force de se balader d’incubateurs en incubateurs, on s’est fait d’autres amis start-uppers avec qui on partageait plusieurs problématiques. Nous avons décidé de créer ensemble un espace de co-working au Trocadéro: la « Hope » qui veut dire House of Potes Entrepreneurs.

Concrètement, qu’elle est cette solution digitale que propose Pinpo ?

Avec Pinpo, notre ambition est de créer la bonne rencontre. Un peu sur le mode Tinder (application de rencontres privées, ndlr). Le but est vraiment de ne plus avoir de rencontre locataires-propriétaires inutiles. On a mis en place un algorithme qui permet, selon les dossiers, les informations, les critères de recherche du locataires scannés par l’algorithme, de donner un pourcentage de chance qu’on ne retrouve pas dans la recherche traditionnelle d’appartement. L’application évalue le pourcentage de chance et à ce moment là, on sait si on peut espérer une visite et à terme, louer l’appartement. Maintenant, notre nouvelle problématique est de permettre une location depuis l’étranger.

Et là, vous vous adressez directement aux étudiants étrangers et ultramarins…

Effectivement, ces derniers temps nous avons beaucoup échangé avec la Maison de la Nouvelle-Calédonie, la Délégation de la Polynésie française et bientôt avec la Guadeloupe et l’Australie. On souhaite communiquer sur le fait que tout peut se faire de l’étranger. La recherche d’appartement est une vraie problématique pour les jeunes ultramarins et les étrangers aussi. Ce n’est pas un terme positif mais quand on vient des Outre-mer, on est considéré comme des « expat » alors qu’on est français. Je l’ai aussi vécu en arrivant ici.

L’un des grands obstacles,c’est la banque. Les propriétaires ne connaissent pas les banques des Outre-mer et ça pose problème pour les étudiants ultramarins. Est-ce que Pinpo y apporte une solution ?

Nous sommes en train de résoudre ce problème. On veut devenir une garantie pour le propriétaire. Nous sommes en discussions avec des assurrances par exemple pour être ce tiers de garantie. On est aussi en discussion avec le gouvernement, mais c’est compliqué en période électorale, parce que l’Etat peut se porter en tiers de garantie en cas de loyers impayés, car c’est la peur des propriétaires sur des dossiers venant des Outre-mer.

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Sur votre rôle au sein de Pinpo, vous êtes « Head of Design », en quoi cela consiste ?

Je suis chargé de l’identité et de toute l’expérience utilisateur du produit: la manière de naviguer dans l’application ou tout le process. On a une application pour les locataires mais aussi une plateforme web pour les propriétaires et les agences pour qu’ils puissent déposer des biens, gérer leurs visites et les locations.

Vous avez des premiers retours sur l’application ?

Aujourd’hui, on a plus de 30 000 utilisateurs, en un an. On fait en moyenne une trentaine de locations par mois et ça évolue de plus en plus. On arrive à aller jusqu’au bout du processus, jusqu’à la location. Au niveau des visites, on est en moyenne à 200 visites par mois, en période froide. Parce qu’il y a aussi des périodes chaudes et des périodes froides de locations. Les périodes chaudes, ce sont les grands mouvements d’étudiants entre mai et septembre. De plus en plus, on a une autre période chaude entre décembre et février, car les écoles font de plus en plus de rentrées décalées en février.

Les visites à la chaînes, les longues files d'attentes et les heures perdues pour voir son dossier refusé... Une habitude des étudiants à Paris ©DR

Les visites à la chaîne, les longues files d’attentes et les heures perdues pour voir son dossier refusé… Une habitude des étudiants à Paris ©DR

On est également très ciblé sur les écoles et on fait beaucoup de partenariats avec elles pour permettre aux étudiants qui viennent d’une autre ville ou d’un autre pays, d’anticiper leur aménagement, de réserver des visites à l’avance. Pour le moment nous sommes sur Paris, on sera bientôt sur Montpellier, Bordeaux et Aix-en-Provence. Actuellement, nous sommes en discussion avec deux campus universitaires de 300 000 personnes à Toronto et à Montréal pour y proposer notre solution, potentiellement dès cet été.

Vous avez commencé avec une petite équipe de quatre personnes, qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui nous sommes une équipe de 15 personnes, il faut que la machine tourne…

 

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