Histoire d’Outre-mer : Les SAS Calédoniens, des héros traqués

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Au fond à gauche, Robert Harbulot. Accoudé sur la jeep, Paul Robineau. A droite du conducteur : le commandant du 2ème RCP – 4ème SAS le colonel Bourgoin alias « Le Manchot ». Parachuté en Bretagne le 8 juin 1944, les anglais lui font la surprise d’un parachute tricolore ©Fonds Cornaille / TR / Suez Outre-mer

Dans le dernier épisode d’Histoire d’Outre-mer sur les SAS Calédoniens de la Seconde Guerre mondiale, le combattant Francis Cornaille était parachuté dans la forêt de Duault. Les autres Calédoniens, Robert Harbulot, Henri Brown et Paul Robineau le suivirent sur Samwest tandis que Joseph Santino et Jean Louis-Marie sont parachutés à Saint-Marcel le 10 juin 1944 avec les SAS Tahitiens.

Commence alors une épopée héroïque et tragique pour les SAS français. Entre juin et août 1944, ils multiplient les actions de sabotage pour fixer les 150 000 soldats Allemands stationnés en Bretagne. Ils arment et organisent les opérations de sabotage avec les maquis. Longtemps annoncé, le second débarquement Allié en Bretagne n’aura finalement pas lieu. Les SAS sont traqués par les troupes ennemies et les miliciens. Daniel Cornaille, fils du SAS Francis Cornaille se rappelle : « Papa nous disait qu’il dormait à l’écart du camp et avec un œil toujours ouvert. Il ne voulait surtout pas se faire tuer par un milicien, par un Français ». A la Libération de la Bretagne en août 1944, sur les 450 SAS parachutés, 70 ont été tués, 170 sont blessés. Les patriotes bretons qui les ont aidés paient également un lourd tribut. Après la Bretagne, Francis Cornaille participera aux combats sur la Loire (opération Spenser), en Belgique (Franklin) et en Hollande (Amherst).

Robert Harbulot, ami et compagnon de combat de Francis Cornaille

Robert Harbulot et Francis Cornaille sont ensemble en permission à Londres le jour où Francis rencontre sa future femme, qu’il épousera à la fin de la guerre. Robert Harbulot atterrit en Bretagne en août 1944 par planeur. Il participe aux opérations Spenser sur la Loire et Franklin dans les Ardennes Belges où les SAS rejoignent la 101ème US Airborne à Bastogne le 24 décembre 1944. Lors de l’opération Amherst en Hollande en avril 1945, les SAS arrivent de nuit devant un canal. Trois d’entre eux ne savent pas nager. Par un froid glacial, Robert Harbulot se déshabille et pendant trois heures, il les fait traverser à la nage. En Hollande, il se bat notamment aux côtés de Lucien Neuwirth*. De retour à Paris, Robert rencontre sa future femme rue Saint-Dominique lors des célébrations de la Libération. Ils reviendront ensemble sur le Sagittaire en mai 1946.

Paul Robineau, para calédonien de la France Libre

Paul Robineau est l’un des rares SAS calédoniens à avoir écrit ses mémoires de guerre, « Paras Calédoniens de la France Libre », publiées en 1989 aux éditions du Cagou. Sa petite-fille, Fanny Pascual, est maître de Conférence à l’Université de Nouvelle-Calédonie et a écrit une thèse sur les SAS. « Le premier choix des volontaires calédoniens était l’aviation car ils voulaient être les premiers à arriver en France. Mais la formation de pilote prenait du temps et ils ne voulaient surtout pas arriver après la bataille donc ils se sont portés volontaires pour les parachutistes. Ils ont suivi la formation polonaise à Largo puis britannique à Ringway. Ensuite ce fut le dur entraînement des Forces Spéciales en Ecosse ».

Francis Cornaille au volant de sa jeep dans les Ardennes belges en décembre 1944 ©Fonds Cornaille / TR / Suez Outre-mer

Francis Cornaille au volant de sa jeep dans les Ardennes belges en décembre 1944 ©Fonds Cornaille / TR / Suez Outre-mer

Les SAS Calédoniens seront tous parachutés en Bretagne en juin 1944 puis c’est la Loire, les Ardennes Belges et la Hollande. La chance est avec eux puisque, même si certains sont blessés, ils rentreront tous en Calédonie sur le Sagittaire en mai 1946, avec les volontaires du Bataillon du Pacifique.

Paul Robineau reviendra en 1998 en France. En Bretagne, il retrouve George « Geo » et Marie Chamming’s. Ensemble ils retournent voir les patriotes bretons qui, au péril de leur vie, ont aidé les parachutistes en cet été 1944. Originaire de Madagascar, parachuté dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, « Geo » fut le radio des lieutenants Botella et Déplante. D’origine réunionnaise, sa famille s’est ensuite installée à Madagascar. Ils sont vingt SAS à s’être engagés au départ de Madagascar.

Dumbéa : un quartier en hommage aux SAS Calédoniens

A l’initiative d’Armelle Harbulot Monneret, fille de Robert Harbulot et ancienne adjointe au maire de Dumbéa, un quartier a été baptisé en l’honneur des SAS Calédoniens.

« Avec la construction de nouveaux lotissements sur la commune de Dumbéa, il a fallu définir de nouvelles thématiques toponymiques. Il me semblait intéressant de citer nos héros locaux et tout particulièrement les Spécial Air Service calédoniens. Peu nombreux mais valeureux, ils sont restés trop longtemps méconnus du grand public calédonien. Ils n’avaient pas hésité à quitter leur petite île du bout du monde pour libérer leur mère patrie qu’ils n’avaient, pour la plupart alors, jamais connue. Comme beaucoup de leurs frères d’armes, ils étaient restés discrets et humbles. Puis le temps a fait son œuvre. Un à un, ils ont tiré leur révérence. C’était ainsi une façon de leur rendre hommage et de perpétuer le souvenir de ces courageux soldats ».

Défilé du 11 novembre 44 : Robert Harbulot est le 3ème en partant de la gauche ©Fonds Harbulot / TR / Suez Outre-mer

Défilé du 11 novembre 44 : Robert Harbulot est le 3ème en partant de la gauche ©Fonds Harbulot / TR / Suez Outre-mer

*Lucien Neuwirth, futur député et sénateur de la Loire, questeur de l’Assemblée nationale et du Sénat, auteur de la loi Neuwirth légalisant la contraception. Capturé puis fusillé en Hollande, Lucien Neuwirth survit par miracle grâce à des pièces de monnaie conservées dans sa poche qui bloquent le coup de grâce.

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