Culture : Le festival Banlieues Bleues, porteur de nouvelles identités musicales

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« L’identité de la musique, c’est la créativité tous azimuts et sans frontière », estime Xavier Lemettre, directeur de Banlieues Bleues dont la 35e édition se tient jusqu’au 13 avril dans seize villes au nord de Paris.

Le festival, qui ne cesse d’explorer des territoires bien au-delà du jazz, va tenter de refléter dans une quarantaine de concerts ce foisonnement de musiques qui se trament à Pantin ou Montreuil, mais aussi à Bogota, Kinshasa, Addis Abeba, Sao Paulo… L’octogénaire Abdullah Ibrahim, un parfait exemple de ce métissage, devait donner le coup d’envoi du festival avec son septette entre swing et mélodies sud-africaines cuivrées. « Ce que je trouve assez fascinant aujourd’hui, c’est cette profusion de nouvelles choses qui arrivent, qui ne ressemblent à rien d’autre et qui sont surprenantes », explique Xavier Lemettre.

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Abdullah Ibrahim ©Georg Sedlmeir

Ces musiques aux identités multiples vont du groupe franco-congolais Tshegue où s’entrechoquent rythmes afros, rock garage et transe électro, à Kobo Town, une formation calypso-funk-rock emmenée par Drew Gonsalves, un Trinidadien émigré à Toronto. « C’est la musique qui avance, qui évolue », s’enthousiasme encore Xavier Lemettre. A la barre du vaisseau Banlieues Bleues depuis 2001, il lui a fait prendre un nouveau cap. En programmant moins de jazz, qui demeure tout de même l’une des missions d’un événement sous-titré « Jazz en Seine-Saint-Denis », et plus d’autres musiques, aussi inclassables les unes que les autres.

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Lineker Barros et ses Caramelows ©Capture

Parmi ces curiosités, citons la soul suave et groovy du chanteur transgenre Lineker Barros -son père, fan de foot, lui a choisi comme prénom le nom d’un joueur anglais des années 1980 – et ses « Caramelows », en provenance de Sao Paulo. Ou encore Altin Gün, un groupe néerlando-stambouliote, qui revisite les tubes de l’Anadolu rock, un mouvement musical des sixties et seventies en Turquie mêlant les airs traditionnels et le rock psychédélique, comparable à l »éthio-jazz ».

L’excitation de la découverte

« C’est sûr, il n’y a pas que du jazz, qui est devenu trop restrictif », reconnaît Xavier Lemettre. Et lorsqu’il y en a, celui-ci prend des esthétiques nouvelles, comme ce spectacle intitulé « Celui qui transporte des œufs ne se bagarre pas » écrit par le pianiste Roberto Negro, qui mêle free, rock, musique congolaise et littérature. « Dans Banlieues Bleues, il y a l’histoire et l’actualité du jazz au sens large, sans frontière stylistique ou géographique, mais il y a aussi évidemment le brassage musical », insiste le capitaine de Banlieues Bleues, qui emploie souvent le mot « créolisation ». « La créolisation au sens d’Edouard Glissant (écrivain antillais, ndlr), ce sont des identités qui se rencontrent sur un territoire, une île ou une ville, se mélangent et créent quelque chose qui était totalement imprévisible, sans perdre l’identité des origines ».

Jacob Desvarieux ©Xavier Dollin

Jacob Desvarieux ©Xavier Dollin

Xavier Lemettre va à leur découverte. Il a ainsi déniché en Colombie un musicien culte, Abelardo Carbono, ex-flic retraité jouant de la guitare psychédélique à Barranquilla, qui se produira pour la première fois en France. « C’est notre vocation, de prendre le risque de faire venir des gens pour la première fois », affirme-t-il. Tout comme susciter des rencontres via une politique de créations: « la moitié des 36 concerts proposés sont des créations ou des inédits », fait-il remarquer. Pour permettre aux musiciens de réaliser leurs nouveaux projets dans de bonnes conditions, Banlieues Bleues s’est doté en 2006 d’un outil, la Dynamo: un complexe où peuvent venir répéter des artistes en résidence, comme Jacob Desvarieux qui, loin du zouk formaté de Kassav, y a travaillé sur une création autour du blues qu’il présentera au festival.

Avec AFP

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