Route du Rhum: une course en solitaire qui dure depuis 40 ans

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©MARCEL MOCHET/AFP/Getty Images

Manureva et Alain Colas, Mike Birch et ses 98 secondes, Loïc Caradec et Florence Arthaud sont autant de noms qui résonnent à l’évocation de la Route du Rhum. Une course quadriennale qui part depuis toujours de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour descendre vers Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et qui jouera sa 11e partition dès le 4 novembre.

Née en 1978 , la Route du Rhum a bien mûri pour présenter une édition 2018 riche de 124 bateaux participants. Depuis sa première édition jusqu’à aujourd’hui, la transat a toujours porté le nom de cet alcool fait à base de canne à sucre.

Mais l’histoire commence trois ans avant le premier coup de canon donné en 1978. En 1975, Bernard Hass, secrétaire général du Syndicat des Producteurs de Sucre du Rhum des Antilles cherche un moyen original pour promouvoir la production de l’île, qui se différencie des campagnes de publicité traditionnelles. Au cours d’un déjeuner avec Florent de Kersauzon, frère du skipper bien connu, il lui soumet l’idée d’une course à la voile dont la dénomination reprendrait le nom du Rhum. Après en avoir présenté l’idée sans succès à Eric Tabarly puis Gérard Petitpas, son homme d’affaires, c’est finalement avec Michel Etevenon, publicitaire parisien bien connu que la mayonnaise prendra, et que la course sera lancée, plusieurs mois plus tard.

« Le génie d’un organisateur c’est d’ouvrir une ligne de départ et d’arrivée, de choisir un écrin et une date qui n’est pas idiote. C’est vrai que partir en hiver chez les corsaires pour arriver en été sous les cocotiers, c’était pas bête. Et pour qu’un événement soit digne de ce nom, il faut des drames. Tout simplement. C’est les jeux du cirque », résume le navigateur Loïck Peyron, victorieux en 2014 à sa 7e participation.

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Le pied de nez aux Anglais

En 1960, les Anglais ont la bonne idée de lancer la première course en solo sur l’Atlantique, la Transat anglaise, qui fait la part belle aux monocoques entre Plymouth (Angleterre) et Newport (USA). En 1976, les Français débarquent avec de gros bateaux qui dérangent. Les Anglais décident donc de limiter leur taille à 18 m.

« Les Français en profitent pour dire: « les Anglais nous emmerdent, on va créer une transat « no limit », raconte le journaliste Didier Ravon, auteur d’un livre très documenté, « La Route du Rhum, 40 ans de légende » (Editions Gallimard Loisirs 2018). Le 5 novembre 1978, 38 bateaux sont au départ, dont celui d’Alain Colas, Manureva.

La plaque de Mike Birch, premier vainqueur de la Route du Rhum © Ville de Saint-Brieuc

La plaque de Mike Birch, premier vainqueur de la Route du Rhum © Ville de Saint-Brieuc

« Où es-tu Manureva ? »

Après 12 jours de course par gros temps, c’est le silence radio à bord de Manureva. Alain Colas ne donne plus signe de vie. Ni le marin ni le bateau ne seront jamais retrouvés, alimentant les rumeurs les plus folles.

L’émotion est intense, aucun navigateur en solitaire n’avait disparu lors d’une transat. La chanson d’Alain Chamfort propulse définitivement la course dans la légende.

Tout petit, tout jaune, et pour 98 secondes

Malgré le drame Colas, la flotte poursuit sa route. Et ce n’est qu’à quelques milles de l’arrivée que Mike Birch s’aperçoit qu’il est en tête, à bord de son petit trimaran jaune de 12 m, Olympus Photo. Le Canadien de 47 ans file vers une victoire en 23 jours et 6 heures avec seulement 98 secondes d’avance sur le géant de Michel Malinovsky, Kriter V, un monocoque de 20 m.

C’est David contre Goliath et selon Ravon, « une vraie révolution qui change le cours de l’histoire »: en 1978, les multicoques prennent l’ascendant à jamais sur les monocoques.

La tragédie Caradec

Après le succès de Marc Pajot en 1982 (18 j 1 h), la course prend de nouveau une tournure tragique avec la disparition de Loïc Caradec en 1986. Le skipper est à la barre d’un bateau de démesure (Royale), pas fait pour le solitaire et doté d’un mât gigantesque. Face à des conditions météo épouvantables, le chavirage est inévitable. Le bateau sera retrouvé retourné le lendemain par une concurrente déroutée sur les lieux: Florence Arthaud.

 Arthaud, la fiancée de l’atlantique

La Française ne gagne pas en 1986 – la victoire est pour Philippe Poupon (14 j 15 h) – mais elle revient en 1990 pour ce qui reste de l’avis de tous le plus grand exploit sportif de l’histoire de la Route du Rhum. Tous les meilleurs sont sur la ligne de départ, y compris Arthaud malgré la minerve qu’elle porte suite à un accident de voiture et contre l’avis des médecins.

Elle navigue à l’instinct – son tableau électrique a été endommagé – et en plein milieu de l’atlantique, fait une fausse couche qui provoque une hémorragie. Elle décide de poursuivre son périple sans savoir qu’elle tenait la tête. Elle gagne de façon magistrale en 14 jours et 10 heures.

De Bourgnon à Peyron
Un talent fou comme il en existe rarement, Laurent Bourgnon s’empare des éditions de 1994 (14 j 6 h) et 1998 (12 j 8 h) – exploit toujours inégalé. En 2002, c’est la pire tempête jamais rencontrée: seuls 3 multicoques sur 18 arriveront à bon port dont celui de Michel Desjoyeaux, heureux vainqueur (13 j 7 h) avec l’Anglaise Ellen McArthur côté monocoques (13 j 13 h).

Une victoire canon de Lionel Lemonchois en 2006 (7 j 17 h), le meilleur pour Franck Cammas en 2010 (9 j 3 h) et l’apothéose pour Loïck Peyron en 2014 (7 j 15 h) complètent un palmarès d’exceptions.

Avec AFP

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