Marie-Anne Bessard, 1ère femme arbitre de France, made in Martinique

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Au centre, Marie-Anne Bessard, 1ère femme arbitre en France, ici aux côtés de Léa, 15 ans, 1000e femme arbitre licenciée à la FFF ©Twitter Laura Georges

Au bout de l’allée plantée de fleurs tropicales qui mène à sa maison, en pleine campagne martiniquaise, Marie-Anne Bessard ne manque pas d’allure. Il y a encore 5 ans, elle faisait du fitness. A presque 85 ans, elle raconte son histoire : elle fut la première femme arbitre de football de France.

« C’est arrivé par hasard », commence-t-elle, cheveux courts et tunique colorée. L’explication de celle qui fût la première Française à tenir un sifflet a de quoi surprendre. « L’AC Vert Pré (club de football de sa commune) avait organisé en 1966 un cours d’arbitrage. Je m’intéressais aux règles du football depuis longtemps, j’y suis donc allée. J’étais la seule fille. J’avais 32 ans », confie-t-elle. »Quand la ligue de football a demandé au président de l’AC Vert Pré d’envoyer la liste des candidats au concours d’arbitre, il a envoyé la liste de ceux qui suivaient les cours. J’en faisais partie. Ce n’était pas prévu mais j’y suis allée ». C’est ainsi qu’elle passe avec succès les épreuves écrites et orales.

Puis elle effectue son stage pratique, « j’ai ensuite reçu ma convocation pour officier sur un match le 7 mai 1966 à Case Pilote. J’ai acheté ma tenue avec mes ‘chaussures de Charlot’, mon sifflet et j’ai validé ma pratique. J’étais officiellement arbitre ».

« La FFF était bien embarrassée avec moi » 

En Martinique, bien avant d’être arbitre, Marie-Anne était déjà connue dans le monde du football. Elle assistait à de nombreux matches, était très impliquée dans les affaires du club de sa commune et avait déjà une longue histoire d’amour avec le ballon rond. « Mon mari était footballeur. On s’est connus sur un pari de match. J’ai gagné. Au lieu de me donner la somme qu’il me devait, il m’a épousé » s’amuse-t-elle. Mère de 4 enfants, professeur d’anglais, elle devient donc aussi la première reine du sifflet.

Mais encore faut-il que son statut d’arbitre de district 1er échelon soit validé par la Fédération Française de Football : « La FFF était bien embarrassée avec moi parce que ça n’était jamais arrivé. J’ai finalement obtenu l’autorisation d’arbitrer les matches de jeunes et les matches amicaux non officiels ». « Ça m’était égal puisque je ne m’étais pas présentée avec une envie particulière ». Pourtant, très vite, elle devient la curiosité des terrains : « tout le monde voulait voir la Dame Arbitre. J’ai fini par avoir mon fan club ».

Mais loin de ces considérations, ce qui plait à Marie-Anne c’est d’être sur le terrain et de faire un joli pied de nez à la gente masculine : « à l’époque, j’étais contente de démontrer que les femmes pouvaient faire aussi bien que les hommes. La première femme venait de partir dans l’espace. Ça coïncidait ».

« Il y avait un dur à cuir… » 

Et sur la planète foot comme ailleurs, Marie-Anne doit se faire respecter. Elle se souvient d’ailleurs de ce match senior qu’elle arbitrait : « il y avait un dur à cuir sur le terrain. Je l’ai entendu engueuler un coéquipier puis un adversaire. Je lui ai dit discrètement : ‘avertissement unique’. Et puis je ne l’ai plus entendu. A la sortie du vestiaire, il m’attendait pour me présenter ses excuses pour son comportement. A l’époque, il y avait du respect. C’était le maître mot ».

©Marie-Anne Bessard

©Marie-Anne Bessard

Quand Marie-Anne Bessard est devenue arbitre, sa dernière fille, Odile, avait 2 ans. « Ça m’a paru normal que ma mère arbitre des matches », confie cette professeure d’EPS. « Avec du recul aujourd’hui, je me dis que pendant 40 ans c’était passé sous silence. Là, on la met à l’honneur… on est très fiers ». En 2013, Marie-Anne Bessard a été décorée de la Légion d’Honneur. Ce lundi elle a été présentée à la presse à Clairefontaine et assistera au match d’ouverture du Mondial féminin vendredi. Un honneur pour celle qui garde encore précieusement son sifflet et toutes les coupures de presse qui ont marqué sa carrière d’arbitre.

« Pour moi un arbitre, c’est quelqu’un d’intègre et de respectueux. Pas de parti pris. Je ne pronostique pas, ça ne m’intéresse pas. J’avais coutume de dire aux joueurs : j’attends de vous beaucoup de fair-play et que le meilleur gagne ».

Avec AFP.

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