Une de nos réalisatrices d’outre-mer engagée sur des combats universels

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Emmanuelle Labeau présentera le vendredi 19 février à l’Atrium de Fort-de-France, et le jeudi 25 février à la bibliothèque de Ducos en Martinique, son film, « Kimbidalé ». Son film de 52 minutes met en lumière le combat des associations Gamissa et Femmes Solidaires contre l’excision et l’infibulation dans la région de Gawani en Éthopie.

L’analyse, la recherche de fond, est un exercice qui n’est pas inconnu à Emmanuelle Labeau. Cet amour pour l’histoire, elle le tient de ses études : un premier Master de recherche en histoire, spécialisée en histoire de l’Afrique à la Sorbonne, un Master en information et communication à Paris III, un Master de journalisme, et une formation professionnelle de journaliste reporter d’images. « L’idée du film arrive juste après ».

« Sensibiliser, informer, discuter »

Madina Aidahis et Halima Issé sont Afar. Un peuple ancien de la corne d’Afrique répartit sur trois pays : l’Éthiopie, Djibouti et l’Erythrée. La plupart vivent dans les régions désertiques, isolés des infrastructures médicales ou éducatives. L’excision, l’infibulation y sont encore pratiqués. Pour que « d’autres petites filles ne connaissent pas (leurs) souffrances », elles vont, depuis plus de 20 ans, de village en village, et luttent contre ces traditions vieilles de 27 siècles. Depuis 1995, date de la fondation de leur association Gamissa, « c’est un combat de tous les jours ». Un combat qui en vaut la peine. Elles sont rejointes en 2005 par le mouvement des « Femmes Solidaires », un mouvement féministe français, et ce ne sont pas moins de 850 jeunes filles qui ont été épargnées de ces pratiques ancestrales.

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« Kimbidalé » signifie « entière ». Pendant près d’un mois, Emmanuelle Labeau, caméra à l’épaule, revient sur le parcours des deux co-fondatrices de Gamissa, et Femmes Solidaires. Villageoises, jeunes femmes, mères et pères de famille, anciennes exciseuses défilent à l’écran et livrent des témoignages aussi bouleversant que nécessaires sur l’évolution des mentalités dans certains villages du pays Afar.

Emmanuelle ne propose pas un énième documentaire sur l’excision, elle filme « l’espoir, (son) parti-pris ». La jeune journaliste revient sur la façon dont le film a pu voir le jour. « Kimbidalé est un film de solidarité », tant dans le fond que sur la forme. Aucune équipe technique, mais beaucoup de soutien pour Emmanuelle qui « étai(t) seule à écrire, à réaliser, et à monter ». Si Kimbidalé fait aujourd’hui le tour du monde, c’est grâce au réseau des Femmes Solidaires :« elles m’ont accompagnées tout au long de ce projet ». Solidaire jusqu’au bout, Emmanuelle rappelle que « la totalité des gains sont reversés à l’association » en Éthiopie, où des actions sont menées pour faire reculer ces pratiques.

Déjà plus de cinquante projections partout dans le monde : à l’Hôtel de ville et au Louxor à Paris, à Lilles, à Perpignan… mais aussi en Belgique, à l’alliance française en Éthiopie, sans oublier la Guyane, la Guadeloupe, et La Réunion. Il sera diffusé ce vendredi 19 février à 19h à l’Atrium de Fort-de-France, et jeudi 25 février à la bibliothèque de Ducos, pour la toute première fois en Martinique.

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Cérémonie de mariage en pays Afar

Nouveau tournant pour Emmanuelle.

« C’est une expérience incroyable… et je vais recommencer ». Emmanuelle est plus que jamais engagée auprès des associassions Gamissa et Femmes Solidaires, qui ajoutent aujourd’hui à leur lutte la question des mariages forcés. « Une autre tradition », liée à la cohésion par le sang des membres du peuple Afar. Toujours dans une démarche éducative, les Gamissa et Femmes Solidaires proposent aux parents de passer un « pacte éducatif » : ils s’engagent à respecter l’intégrité physique de leurs filles (pas d’infibulation), à ne pas les marier, et à les scolariser. Pour les aider à respecter cet accord, les militantes ont ouvert un pensionnat à côté du collège de Gawani. Aujourd’hui, 29 jeunes filles âgées de 11 à 16 ans vivent dans cette grande maison. L’objectif est maintenant d’ouvrir un pensionnat qui puisse avoir une capacité d’accueil d’une centaine d’enfant. Le mouvement est lancé.

Crédits photos : Emmanuelle Labeau

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