Un parcours à suivre : Leila Lecusson, jeune avocate guadeloupéenne, intègre l’un des plus gros cabinets d’affaires

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En cette fin d’année où la préparation des fêtes est  la préoccupation majeure dans les territoires, Outremers360 a voulu décerner un Prix  « portrait de l’année » à une jeune guadeloupéenne talentueuse qui vient de prêter serment en tant qu’avocate près de la Cour de Versailles et qui vient également d’intégrer EY, anciennement Ernst & Young, l’un des plus importants cabinets d’ affaires et d’audit financier au monde.En effet EY est membre du Big Four et troisième réseau mondial en termes de chiffre d’affaires, devant KPMG en 2015.

Coup de projecteur sur Leila LECUSSON que Outremers 360 avait rencontré lors de l’organisation du Prix Gaston Monnerville.

Vous êtes une jeune Guadeloupéenne de 25 ans et vous avez prêté serment près la cour d’appel de Versailles en tant qu’avocate le 19 décembre 2017. Parlez-nous de vous et de votre parcours.

Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu être avocate. Porter la robe noire de la profession était effectivement un rêve de petite fille qui a commencé en regardant New-York District avec mon père et qui se concrétise aujourd’hui.

Tout au long de mon parcours, j’ai eu la chance d’être soutenue par mes parents dans ce projet. Et par soutien, j’entends aussi bien un soutien affectif et moral qu’un soutien financier.

En effet, après mon baccalauréat j’ai débuté mes études de droit à l’Université des Antilles Guyane (oui, à mon époque on parlait encore de l’UAG). La question du départ vers l’Hexagone ne s’est posée qu’après l’obtention de ma licence et a été motivée par mon désir de me spécialiser en droit fiscal.

Bien entendu, un départ impliquait évidemment un coût que mes parents n’ont pas hésité à assumer afin de me permettre d’étudier dans les meilleures conditions. Comme le disait ma maman, j’avais alors « le devoir de réussir ». Comme beaucoup de jeunes ultramarins, les sacrifices réalisés par mes parents pour mes études ainsi que la distance qui nous séparait, ont été le premier moteur de ma motivation et de ma détermination. C’est ainsi que j’ai obtenu un Master 1 et un Master 2 en droit fiscal à l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne.

Je me souviens que mes camarades de l’hexagone et mes proches restés en Guadeloupe me demandaient souvent s’il n’était pas trop difficile d’être aussi éloignée des miens. Il est vrai que lorsque vous voyez les autres qui rentrent chez eux le weekend et que vous ne pouvez pas en faire de même avec les vôtres, vous avez un petit pincement au cœur. Mais comme je répondais à chaque fois, à Paris « je suis en mission ». Je suis partie pour mes études et pour acquérir de l’expérience et je n’abandonnerai pas tant que je ne serais pas arrivée au bout.

Quand je regarde le chemin parcouru, je me dis que rien n’est impossible et j’encourage les jeunes ultramarins à avoir de l’ambition. Le milieu social dans lequel j’ai évolué n’a pas conditionné ce que je suis aujourd’hui. Je suis avocate, et j’en suis fière. Mes parents bien entendu, le sont encore plus.

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Vous avez consacré votre mémoire de recherche de Master 2 à la fiscalité applicable en outre-mer, pourquoi ce choix ?

En Master 1, j’ ai été surprise de constater qu’aucun des cours de droit fiscal qui était proposé ne mentionnait les particularités du régime fiscal applicable dans nos territoires d’outre-mer. Etant originaire de la Guadeloupe, j’étais cependant curieuse d’en savoir un peu plus sur l’octroi de mer, les régimes de défiscalisation et les divers crédits d’impôts applicables dans nos territoires. J’ai donc décidé d’aller chercher cette connaissance par moi-même.

La rédaction de mon mémoire a alors été une étape déterminante dans la suite de mon parcours. Il m’a permis de prendre la mesure du nombre important de dispositifs fiscaux spécifiques ou dérogatoires en vigueur en outre-mer. Il m’a surtout permis de constater que peu de personnes, y compris mes professeurs d’université, ne maîtrisaient, ni même, ne connaissaient ces dispositifs.J’ai donc choisi de faire de ces connaissances un atout et d’aller plus loin dans ma maîtrise de ces questions.

C’est ainsi qu’à l’occasion des différents stages que j’ai effectués, en administration, en entreprise et en cabinet d’avocat, j’ai toujours tenu à y insérer une part de fiscalité outre-mer afin d’acquérir des compétences pratiques et pas uniquement théoriques.

Vous avez été recruté dans un grand cabinet d’avocats affaires à la Défense, parlez-nous de vos missions ? 

J’ai intégré la société d’avocats EY depuis le mois d’octobre 2017. Je fais partie du service Indirect Tax au sein duquel je fais du droit douanier et de la fiscalité indirecte.A nouveau, mon choix de m’orienter vers le droit douanier n’est pas sans lien avec les outre-mer et mon désir d’y retourner, à terme, pour exercer ma profession. En effet, dans chacun de nos territoires la matière douanière occupe une place importante par les mers ou par la terre. Les importations, les exportations et la coopération avec les pays et territoire voisins ne peuvent se faire sans prendre en compte la composante douanière.

Pour ce qui est de mon quotidien au cabinet, en pratique, je travaille sur des problématiques aussi diverses que celles relatives à l’import-export ou à la fiscalité des produits soumis à accises que sont les alcools, les tabacs et les produits énergétiques. Je travaille également sur des problématiques relatives à la TVA telles que la réalisation de revue fiscale, la participation à des due diligence,  des demandes de remboursement ou encore des questions relatives la territorialité. Bien entendu, les outre-mer ne sont jamais bien loin de mon quotidien puisque je travaille également sur des dossiers relatifs à l’octroi de mer, aux modalités d’application de la TVA dans les départements et régions d’outre-mer ou encore sur la taxe générale à la consommation en Nouvelle-Calédonie.

Mes journées sont donc rythmées par une alternance entre les missions de conseils et de contentieux sur des sujets variés, pour des entreprises françaises et internationales, de tailles diverses, des TPE aux groupes mondiaux.

© House of finance/ Université de Paris-Dauphine

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Que dire de l’exercice de la profession dans un grand cabinet ?

Comme beaucoup de mes amis, je regarde des séries comme Suits ou The good wife qui mettent en avant ce type de structure. Et il est vrai que l’exercice de la profession dans de grands cabinet comme EY a quelque chose de passionnant et parfois d’inaccessible au regard des exigences et des compétences requises pour les intégrer.

D’autres vous diraient que les grands cabinets sont des machines froides dans lesquelles ils ne se voient pas exercer.

Pour ma part, il n’y a pas un seul type d’exercice de la profession. Il convient simplement à chacun de trouver celui qui lui correspond. Tout comme il n’y a pas une profession d’avocat, puisque, selon les matières dans lesquelles on exerce, notre quotidien, nos attentes et celles de nos clients, ne sont pas les mêmes.

Et maintenant que vous êtes effectivement avocate, quelles sont vos perspectives ? Vos projets ?

Mon premier projet est d’abord de profiter pleinement de ces moments, de savourer le bonheur qui est le mien et celui de ma famille d’avoir atteint mes objectifs et mêmes, de les avoir dépassés. Ensuite, il est vrai que j’ai encore des projets plein la tête, et que devenir avocate n’est que le point de départ.

Bien entendu, j’aimerais retourner en Guadeloupe à moyen ou long terme. Comme pour beaucoup de jeunes ultramarins de ma génération, le retour au pays avec l’expérience acquise loin de nos territoires s’impose comme une évidence.

A plus court terme, j’aimerais contribuer à ce que le droit applicable en outre-mer, au-delà de la matière fiscale que j’affectionne, soit connu et reconnu. C’est d’ailleurs le rôle même de l’association dont je suis la Secrétaire Générale, l’Institut Gaston Monnerville.

Vous êtes également Secrétaire générale d’un think tank, l’Institut Gaston Monnerville, comment parvenez-vous à concilier toutes vos activités ?

Je dirais qu’avec le temps on apprend à moins dormir et on finit par désacraliser le week-end. Les journées sont bien entendu toujours trop courtes, mais je pense que le meilleur moyen de concilier toutes les activités dans lesquelles on s’engage est d’être passionnée, et si je devais me décrire en un mot ce serait celui-la, je suis passionnée.

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