Tribune : « Si vous souhaitez vraiment aider vos compatriotes antillais touchés par Irma, agissez pour le climat », Philippe Gustin

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©Cedrick Isham / AFP

Dans une tribune publiée sur le Huffington Post, le Préfet et Délégué interministériel à la reconstruction de Saint-Barthélemy et Saint-Martin, Philippe Gustin, rappelle que « nous n’aurons pas forcément « plus » de cyclones avec le réchauffement climatique, mais certainement des cyclones plus « gros » et donc plus dévastateurs ». « Dans ce contexte, renforcer le bâti, cultiver une vraie culture du risque au sein des populations, rendre les infrastructures publiques plus « résilientes » face aux phénomènes naturels, est absolument crucial pour permettre aux habitants de continuer à vivre dans des régions à risques », défend Philippe Gustin.

Deux ans jour pour jour après la COP 21, la France accueille de nouveau chez elle des représentants du monde entier pour parler du réchauffement climatique. L’objectif? Remobiliser une communauté internationale passablement démoralisée par le retrait américain de l’Accord de Paris et le manque d’initiative de certains grands pays signataires.

Convaincre les quelques 4000 participants du sommet de trouver de nouvelles solutions concrètes pour le climat ne sera évidemment pas une mince affaire. Toutefois, la volonté du gouvernement français de remettre au plus vite le débat sur la table des négociations doit être saluée. Elle prouve que la France reste la principale gardienne de l’Accord de Paris et qu’elle a, surtout, pleinement conscience de l’urgence.

©REUTERS/Andres Martinez Casares

©REUTERS/Andres Martinez Casares

Car le réchauffement climatique est une menace imminente qui nous concerne tous. Même nous, Français, qui pensons un peu trop souvent que le phénomène ne touchera in fine que quelques « petites îles » à l’autre bout du monde. La République française, c’est justement aussi des « petites îles » qui seront certainement parmi les premières affectées si nous n’agissons pas vite.

Le 6 septembre dernier a été pour nous une première piqûre de rappel. Ce jour là, les îles françaises de Saint-Martin et Saint-Barthélemy ont été frappées de plein fouet par Irma. Cet ouragan de catégorie 5 – le plus puissant jamais répertorié depuis plus d’un demi-siècle – a causé la mort de 11 personnes et des dégâts matériels considérables. 95 % des constructions ont été impactées, 20 % totalement détruites. Les réseaux d’eau et d’électricité ont été durement touchés et des bâtiments publics essentiels à la vie collective, comme la préfecture, la médiathèque ou des écoles, ont été rasés.

Saint-Barthélemy au lendemain du passage d'Irma ©Kévin Barrallon

Saint-Barthélemy au lendemain du passage d’Irma ©Kévin Barrallon

Trois mois plus tard, la phase d’urgence est presque derrière nous et tous les acteurs – Etat, collectivités territoriales, société civile – réfléchissent déjà à la future reconstruction. Il apparaît évident qu’il faudra tirer toutes les leçons d’Irma et construire « différemment », c’est-à-dire de manière plus solide et mieux organisée. Il apparaît aussi qu’il serait bon de miser sur un modèle économique plus résilient, fondé par exemple sur le développement durable, pour renforcer la qualité de vie des habitants et la résistance des deux îles aux aléas naturels. Car d’autres « Irma » viendront.

Les dernières simulations des climatologues nous apprennent que les phénomènes cycloniques violents vont s’accroître dans les prochaines décennies, notamment dans la ceinture tropicale. La température plus élevée des océans permettra en effet aux ouragans en formation de puiser plus d’énergie dans l’atmosphère. Nous n’aurons donc pas forcément « plus » de cyclones avec le réchauffement climatique, mais certainement des cyclones plus « gros » et donc plus dévastateurs.

©AFP

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Dans ce contexte, renforcer le bâti, cultiver une vraie culture du risque au sein des populations, rendre les infrastructures publiques plus « résilientes » face aux phénomènes naturels, est absolument crucial pour permettre aux habitants de continuer à vivre dans des régions à risques. Mais le plus efficace serait d’agir aussi sur la source même du problème, en limitant au maximum l’occurrence des cyclones violents et, donc, le réchauffement climatique.

Nos îles antillaises sont des perles que nous avons le devoir de protéger. Elles proposent une diversité naturelle remarquable, un grand potentiel économique et touristique, une beauté unique. Elles n’ont pas vocation à devenir des terres inhospitalières et abandonnées battues par les vents des cyclones. Leur avenir se joue maintenant et nous pouvons tous y contribuer, en devenant plus responsables au quotidien mais aussi en poussant la communauté internationale à agir.

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