Tribune de Frédéric Potier : « Ouverts à tous, les Gay Games sont des « Mondiaux de la Diversité » contre les stéréotypes et les préjugés

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Pour la première fois, Paris accueille dès ce samedi Les Gay Games, une manifestation lancée à San Francisco en 1982 dont le but au départ est d’alerter sur le fait que les athlètes LGBT sont totalement invisibles ou presque dans le sport. A cette occasion, le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) Frédéric Potier souligne dans une tribune publiée sur Huffington Post, le caractère universel de ces Jeux. Il va participer en personne à 2 épreuves: la course de 10 km et le handball. Une tribune qu’Outremers 360 vous propose de retrouver ci-dessous.

La 10e édition des Gay Games se déroule à Paris du 4 au 12 août. Les objectifs et le sens de cet événement font parfois l’objet d’incompréhensions et de malentendus. Rappelons d’abord que cet événement va réunir un peu plus de 10.300 athlètes issus de 91 pays répartis sur 36 disciplines. 3000 bénévoles sont mobilisés pour assurer le bon déroulement des épreuves.

La principale spécificité des Gay Games réside dans sa philosophie. Son créateur, le décathlonien américain Tom Wadell, souhaitait faire des Gay Games un événement susceptible de « rassembler une communauté mondiale dans l’amitié » et de renouer avec les valeurs fondatrices de l’olympisme: le respect, la tolérance, l’ouverture… Il s’agit clairement de rompre avec une logique exclusivement fondée sur la compétition, l’élitisme et l’affirmation de la virilité, comme le rappelle une excellente note des Observatoires LGBT+ et Sport et société de la Fondation Jean Jaurès. La participation aux Gay Games y est donc possible sans condition de niveau. Des événements culturels et des conférences sur des sujets sociétaux figurent également au programme. Les Gay Games ne sont pas non plus réservés à une « communauté » ou un groupe de personnes. Ils sont au contraire ouverts à toutes et tous. Le nom officiel est à cet égard trompeur: l’orientation sexuelle n’est pas un critère pour participer aux épreuves. Bien au contraire la participation des minorités raciales et ethniques, mais aussi des malentendants et des personnes handicapées y est fortement encouragée. C’est la raison pour laquelle l’association Paris 2018, organisatrice de cette 10e édition, les a surnommés « Les Mondiaux de la Diversité ».

gaygames

L’autre objectif affiché est de lutter contre les LGBTphobies à travers le sport. Plusieurs types de compétitions participent de la lutte contre les préjugés et les stéréotypes: natation synchronisée pour les hommes, danse et patinage artistique en couple de personnes de même sexe, sports collectifs mixtes… sortir le sport de la domination masculine et du culte de la virilité pour offrir un autre regard sur les autres. Offrir aussi une plus grande visibilité aux personnes LGBT pour banaliser ce qui reste dans beaucoup de familles et de milieux culturels un tabou honteux. C’était d’ailleurs cette année le mot d’ordre de la Marche des fiertés de Paris: « Les discriminations au tapis, dans le sport comme dans nos vies ».

Pour toutes ces raisons, les pouvoirs publics français ont fortement soutenu l’événement. Placés sous le haut-patronage du Président de la République, les Gay Games ont reçu l’appui constant du ministère des Sports, du secrétariat d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes, de la DILCRAH, de la région Ile-de-France et de la Ville de Paris. Les institutions publiques ont été au rendez-vous, y compris sur le plan financier, contrairement aux grands équipementiers sportifs dont hélas aucun n’a osé apporter son concours. Preuve qu’il reste du travail à accomplir.

La philosophie des Gay Games a aussi vocation à inspirer les prochains grands événements sportifs qui seront accueillis par notre pays, et en premier lieu la Coupe du monde de rugby en 2023 et bien évidemment les Jeux Olympiques de Paris en 2024. Pour changer les mentalités, l’exemple doit venir du plus haut niveau. Ne plus tolérer les propos homophobes et transphobes, ainsi que les insultes racistes, dans les stades et les vestiaires, doit constituer une priorité. Il y a des mots qui blessent tout autant que des gestes. Ne les banalisons pas. Ne nous y résignons pas. Certains grands champions à l’image de Laura Flessel, comme ministre, ou Lilian Thuram, avec sa Fondation, s’engagent. D’autres doivent suivre.

Au-delà du plaisir de se retrouver sur les terrains de sport, nul doute que les Gay Games de Paris 2018 auront ainsi apporté une pierre significative à l’édification d’une société plus ouverte, plus tolérante et plus épanouie.

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