Salim Toorabally, le gardien du Stade de France: « les vigiles ne sont pas prêts à gérer les nouvelles formes d’attaques terroristes »

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© Salim Toorabally

Salim Toorabally, l’agent de sécurité qui a empêché un terroriste d’entrer au Stade de France le soir du 13 Novembre a été récompensé du prix du Professional Of The Year 2016 aux Etats-unis. Face aux attentats de Nice, il pense que les agents de sécurité ne sont pas suffisamment prêts pour affronter de telles attaques. 

Le 12 juillet dernier, Salim Toorabally a reçu le prix du Professionnel of the Year 2016 des mains de Lou Marciani, directeur du NCS4 et de Mike O’Oconell, directeur d’Interpol.Une distinction qu’il a du mal à réaliser. « J’ai été étonné de voir que jusqu’aux Etats-Unis, j’étais accueilli comme un vrai héros. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour, venant de l’île Maurice, j’aurais pu assister à une telle conférence sur la sécurité, voir mon nom s’afficher sur un écran géant » dit Salim Toorabally avant de poursuivre « Ma vie a changé après le 13 novembre ». À 42 ans, cet agent de sécurité est surtout passionné par son métier. « Travailler avec le public, c’est quelque chose que j’aime bien, je travaille dans les stades, ce n’est pas seulement pour gagner de l’argent. J’aime le contact avec le public. Aujourd’hui, pour être agent de sécurité, il faut aimer son travail et les relations avec le  public. Pour moi, veiller à la sécurité est une compétence qu’on met au service un public. Travailler dans un stade ou dans une zone publique, cela n’est pas fait pour tous les agents de sécurité. Il y a des agents qui ont peur du public ou de la foule ». Ce contact avec le public durant ces dizaines d’années lui ont permis de développer un sens de l’observation très poussé. « Comment j’ai arrêté Bilal Hadfi? Je l’ai repéré sur son comportement bizarre. Quand une personne se présente devant moi, j’aime bien observer ses expressions du visage. Lorsqu’il s’agit d’une personne joyeuse et rieuse, je me permets de plaisanter avec lui, si au contraire elle est sérieuse, je m’adapte et m’applique dans mon travail. Bilal Hadfi était quelqu’un de stressé qui me répétait : je veux rentrer, il faut que je rentre. Généralement le fraudeur qui tente de rentrer et qui est refoulé, il repart sans insister. Lui non. » ajoute Salim Toorabally. Il explique que la communication entre les agents de sécurité est également importante. « J’ai observé Bilal Hadfi qui regardait comment les palpations se déroulaient. Quand il s’est présenté à une autre porte, j’ai averti mon collègue de ne pas le laisser passer. »

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Salim Toorabally lors d’une Conférence sur la sécurité aux Etats-Unis © Salim Toorabally

Il faut un balisage strict dans les lieux publics

L’agent de sécurité, encore très marqué par les évènements de novembre, nous confie qu’il est bouleversé à chaque annonce d’un nouvel attentat. « C’est pour moi comme un coup de poignard dans le dos. Reprendre le travail au Stade de France a été difficile. Alors que je surveillais le salon dans l’enceinte du stade, je me suis senti mal, j’ai revu ces images choquantes, l’odeur de la poudre et des brûlures, la détonation des explosions. Après le 13 novembre, je me suis souvent demandé pourquoi Bilal Hadfi n’a pas essayé de se faire exploser devant moi où il y avait encore une foule de centaines de personnes ». L’homme s’est dit très choqué par l’attentat commis le 14 juillet à Nice et s’interroge sur le dispositif de sécurité. « Y a t-il eu un manque de moyens ? les balisages ont-ils été correctement disposés? Tout regroupement public nécessite un balisage strict comme ce qui est fait dans les fan-zones. Dans des évènements comme celui de Nice, la loi impose de mettre un agent pour 10 personnes ».  Salim Toorabally souligne aussi la méthode bien rodée de Daesh pour enrôler de nouvelles personnes. « Je dirais que l’attaque de Nice est aussi sévère que celle du Bataclan. Pour moi, rouler sur des gens c’est pire que de tirer sur les gens. Il faut vraiment être fou pour tuer plus de 80 personnes de cette façon. Aujourd’hui, tous les rassemblements doivent être balisés avec le renfort d’agents de sécurité privés. Si l’on prend l’exemple de la sécurité déployée pour l’Euro, cela a été une réussite. Que ce soit à Paris ou dans les autres grandes villes,  la sécurité a été bien gérée car on a mis les moyens», poursuit Salim Toorabally.

Une meilleure formation des agents de sécurité privés

Face aux nouvelles attaques de Daesh et les menaces qui pèsent sur la France, Salim estime que la formation de ce personnel de sécurité doit également évoluer. « Bien que la profession ait changé en 20 ans, j’ai constaté qu’en France, nous avons encore un certain temps de retard par rapport aux Etats-Unis. Durant la conférence sur la sécurité à Mississippi, les spécialistes ont dévoilé les nouvelles techniques et de nouveaux outils pour faire face à ce type d’attaques. Alors que la France était menacée par des attaques pendant l’Euro, il n’y a pas eu de formations complémentaires. Si une nouvelle attaque semblable à celle de Nice se produit, les agents de sécurité ne sont pas prêts à faire face. Ce qu’il faut faire aujourd’hui, c’est faire de la prévention ». L’homme qui a réussi à surmonter son stress post- attentat se dit encore prêt à se dévouer pour la défense des valeurs de la France. Il nous explique que le fait d’avoir continué à exercer son métier l’a beaucoup aidé à surmonter sa peur. Salim Toorabally s’est engagé aujourd’hui à « délivrer un message de paix » partout il est convié.  «Aujourd’hui, je n’ai plus peur. On n’est pas habitué de vivre en France sous une telle pression. Nous les Français, nous sommes un  peuple qui aimons faire la fête, sortir. Aujourd’hui, je suis encore  prêt à donner ma vie pour protéger des gens ».

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