Polynésie française : Des sourires contre la violence

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©Tahiti-infos

La violence, sous toutes ses formes, un problème récurrent en Polynésie française, mais aussi dans tous les Outre-mer. Mais en Polynésie, la réalisatrice et photographe Marie-Hélène Villierme a décidé de répondre à la recrudescence de la violence par des sourires. Ainsi, plus de mille visages souriants et remplis de joie ont inondé l’île de Tahiti, depuis début avril. Une opération réussie malgré quelques dégradations constatées récemment.

Elle n’était bien évidement pas seule dans ce projet. Marie-Hélène Villierme, photographe et réalisatrice, largement connue pour son documentaire biographique de Pouvanaa a Oopa, s’est entourée de ses élèves de l’Ecole de Commerce de Tahiti (ECT), ainsi que de l’association Pacific Storytelling. Le projet: envahir de sourires l’île de Tahiti afin de dénoncer la violence sous toutes ses formes. Ainsi, plus d’un millier de portraits de polynésiens ont été accrochés dans de nombreux lieux publics: marché de Papeete, Office des Postes et Télécommunications, mais aussi, bords de routes et même à flancs de colline. Ce projet fait écho au projet Inside Out de l’artiste JR, d’ailleurs, Marie-Hélène Villierme ne cache pas son inspiration pour cet artiste, « je suis le travail de l’artiste JR depuis 2011 », a-t-elle confié à Tahiti-infos. « En début d’année scolaire je parle de lui à mes élèves. En 2015, lors des premières heures de cours j’ai dit à la classe : Je peux vous apprendre à appuyer sur un bouton pour faire des photos mais cela ne fera pas de vous des photographes, il faut autre chose. Que souhaitez-vous faire ? ». En ce temps-là, la Polynésie française était sous le choc après le décès brutal d’un jeune homme, sur l’île de Bora Bora, passé à tabac lors d’une soirée qui a mal tournée.

Marie-Hélène Villierme, au centre, entourée de ses étudiants ©Facebook A'ATA - Smile for peace

Marie-Hélène Villierme, au centre, entourée de ses étudiants ©Facebook A’ATA – Smile for peace

« À ce moment nous, et avec nous la Polynésie, venions d’apprendre le décès brutal de Sandy Elacott. Les élèves m’ont répondu : On veut dénoncer ! ». Commence alors le projet A’ata – Smile for peace, un projet parti de rien, « nous n’avions pas de moyens, pas d’appareils, pas de modèles », qui a petit à petit mobilisé les autorités locales, « je suis allée frapper à la porte de tout le monde, Pays, commune, entreprises privées. J’ai toujours reçu un très bon accueil. Il semble que le projet arrivait au bon endroit, au bon moment ». Le pari est réussi ! De 184 portraits en fin janvier, Marie-Hélène Villierme et ses élèves arrivent en avril avec pas moins de 1100 portraits. « Pour moi c’était symbolique. On dit qu’une image vaut mille mots, je voulais 1 000 photos ». Surtout, les étudiants de l’Institut Supérieur de l’Enseignement Privé de Polynésie (ISEPP), où Marie-Hélène Villierme a également enseigné, ont rejoint leurs camarades de l’ECT pour la réalisation de ce projet. Et avec eux, « des privés, des communes, des bénévoles, des engagés ont eux aussi apporté leur pierre à l’édifice », rapporte Tahiti-infos.

Depuis avril, les portraits souriants du projet ont été accrochés un peu partout sur l'île de Tahiti. Ici, au Marché de Papeete ©Facebook A'ATA - Smile for peace

Depuis avril, les portraits souriants du projet ont été accrochés un peu partout sur l’île de Tahiti. Ici, au Marché de Papeete ©Facebook A’ATA – Smile for peace

Prendre en photo des personnes, réaliser des portraits en ayant une intention particulière n’est pas une tâche aisée, « il fallait que les portraits soient très expressifs, il fallait mettre les modèles à l’aide, les faire rire, les shootings ont pris des heures. Il a aussi fallu aller voir les habitants dans les communes pour expliquer le projet, demander leur autorisation aux propriétaires des murs, préparer les séances lors des grands évènements de ces derniers mois… », confie Jaïka Minel de Pacific Storyteller. Avec toute l’humilité qui la caractérise tant, Marie-Hélène Villierme souligne, « nous n’avons pas la prétention d’arrêter la violence, mais de rappeler aux Polynésiens que le sourire, le partage, la joie de vivre font partie de nous, de notre culture. La crise et les difficultés du quotidien nous détournent de ces valeurs. Ne laissons pas monter le capital peur, la morosité. Sourions et soyons positifs. Devant les panneaux, les habitants sourient, nous avons réussi ».

Hélas, même si le projet a reçu de très nombreux retours positifs, tous les habitants n’ont semble-t-il pas été sensibles au message. Des portraits ont effectivement été vandalisés, mais ce n’est pas assez pour démotiver les porteurs du projet. Sur Facebook, Jaïka Minel a très justement déclaré, « rien n’offense plus que le mal reçu en retour du bien, que le méchanceté gratuite » et de conclure, « après l’incompréhension, la déception, la colère,… que (ce) geste peut faire naitre, il y a l’irrésistible force de continuer encore longtemps à coller des sourires sur les murs et dans les coeurs ».

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