Nouvelle-Calédonie : Un incendie volontaire détruit la Grande case du Sénat coutumier

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©Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie

À deux mois du référendum d’autodétermination, la Grande case (maison traditionnelle) du Sénat coutumier, où siègent les représentants des chefferies Kanak, a été incendiée samedi soir en Nouvelle-Calédonie, suscitant une vive émotion. 

« Dans la soirée du samedi 8 août aux alentours de 22 heures, la case du Sénat coutumier a fait l’objet d’un incendie volontaire qui l’a entièrement détruite », a indiqué dans un communiqué le haut-commissariat de la République. Situé dans le quartier de Nouville à Nouméa, l’institution consultative abrite seize sénateurs kanak, représentant les huit aires coutumières de Nouvelle-Calédonie. À côté des bâtiments en dur, le Sénat coutumier possédait une grande maison traditionnelle, réservée aux cérémonies et à l’accueil des personnalités en visite.

Le haut-commissaire Laurent Prévost a fait « part de sa vive émotion devant la destruction de ce lieu emblématique » et « a fermement condamné cet acte qui porte atteinte à l’institution coutumière et au-delà à une institution de la Nouvelle-Calédonie. Les services de police ont été saisis et une enquête judiciaire est en cours », a-t-il également indiqué.

Il a précisé que le ministre des Outre-Mer, Sébastien Lecornu, avait été « tenu informé de cet incendie volontaire » et qu’il faisait part « de son émotion et de son soutien au président du Sénat coutumier, Hippolyte Sinewami ». Sur les ondes Nouvelle-Calédonie 1ère, ce dernier a exprimé « son profond désarroi face à cet acte isolé qui touche une structure symbolique ». « Nous attendons les résultats de l’enquête suite à l’arrestation d’un suspect et on appelle au calme », a également indiqué Hippolyte Sinewami, dont le mandat d’un an à la présidence de l’institution s’achève à la fin du mois.

[INCENDIE DE LA CASE DU SENAT COUTUMIER]

Dans la soirée du samedi 8 août aux alentours de 22 heures, la case du Sénat…

Publiée par Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie sur Samedi 8 août 2020

En effet, un jeune homme de 29 ans interpellé peu de temps après l’incendie a avoué avoir « volontairement mis le feu à la grande case au moyen de son briquet ». « Il explique avoir agi « seul et sur un coup de tête », par réaction à l’absence de soutien de la part des autorités coutumières quant à leurs revendications, visant à l’alimentation en électricité ainsi qu’à la collecte des déchets », a informé le procureur de la République Yves Dupas.

La présidente de la province sud, Sonia Backès (droite), a fait de « sa consternation » sur sa page Facebook et a condamné cet « acte criminel » tandis que le député Philippe Gomes (UDI) a déploré la destruction « de la porte d’entrée du pays (…) espace de dialogue entre Kanaks mais aussi de rencontres avec les différentes composantes du peuple calédonien ».

De son côté, le gouvernement a affirmé « son soutien et sa solidarité aux sénateurs coutumiers, qui représentent la parole coutumière dans les institutions de la Nouvelle-Calédonie, nées de l’Accord de Nouméa ». « Plus que jamais, le temps est au respect et à la responsabilité », a appelé le président de l’exécutif Thierry Santa. « N’attisons pas le feu de la haine et laissons la justice faire son travail », a également commenté le Parti travailliste (indépendantiste).

L’indépendantiste Paul Néaoutyine, président de la Province nord et membre de l’UNI-Palika, a condamné « fermement l’acte criminel incendiaire ». « Il s’agit d’un coup porté contre la représentation coutumière et la symbolique de la case dans la culture kanak » et contre « l’institution chargée de la préservation et de la valorisation de l’identité kanak dans le processus de décolonisation ouvert par l’Accord de Nouméa », a-t-il indiqué dans un communiqué. « Quel qu’en soit l’auteur, cet acte individuel inqualifiable qui intervient à quelques semaines d’une consultation décisive pour l’avenir du pays, ne saurait faire l’objet d’aucune spéculation ou instrumentalisation. Il appartient désormais à la justice de faire son travail en toute sérénité ».

Cet incendie intervient après qu’une bâche aux couleurs tricolores déroulée sur la façade de la Province sud et que le fare (construction polynésienne) d’une piscine de Nouméa ont également été brûlés au cours des dernières semaines. Ces incidents contribuent à tendre le climat politique en Nouvelle-Calédonie où se tiendra le 4 octobre prochain le deuxième référendum d’autodétermination, dans le cadre du processus de décolonisation de l’accord de Nouméa (1998). Le premier scrutin, en novembre 2018, avait été remporté par les partisans du maintien de l’archipel dans la République française, avec 56,7 % des voix.

Avec AFP.

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