Nouvelle-Calédonie : Le « jour de deuil », devenu fête d’une citoyenneté encore à l’ébauche

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Emmanuel Tjibaou (en rouge) et des membres de la tribu de Tiendanite, en avril 2016, avant une cérémonie à l’occasion de la venue de Manuel Valls ©Théo Rouby / AFP

Jadis « jour de deuil » pour les Kanak, le 24 septembre, date de la prise de possession par la France en 1853, marque aujourd’hui « la fête de la citoyenneté » en Nouvelle-Calédonie, où le vivre-ensemble se construit à petits pas, à la veille du référendum sur l’indépendance.

« Être citoyen dans notre pays, c’est accepter de partager des valeurs, une histoire. On n’est pas citoyen par défaut, on l’est parce qu’on le veut. C’est encore en maturation en Nouvelle-Calédonie », observe Emmanuel Tjibaou, fils de l’emblématique leader indépendantiste, Jean-Marie Tjibaou, assassiné en 1989. Directeur du Centre culturel Tjibaou, dernier des grands travaux de François Mitterrand, il y accueillait lundi « la fête de la citoyenneté », organisée depuis une quinzaine d’années par le gouvernement local. Dans une ambiance festive malgré une modeste affluence, les différentes communautés de cet archipel multiethnique présentaient leurs pratiques culturelles et culinaires.

Emmanuel Macron en visite en Nouvelle-Calédonie, en mai 2018 ©Twitter / Emmanuel Macron

Emmanuel Macron en visite en Nouvelle-Calédonie, en mai 2018 ©Twitter / Emmanuel Macron

Majoritaires, les Kanak représentent 39% de la population, les Européens 27%, auxquels s’ajoutent des habitants d’origine vietnamienne, wallisienne et futunienne, indonésienne, tahitienne, antillaise et de nombreux métisses. « La citoyenneté est un espace pour toutes les composantes de Nouvelle-Calédonie. C’est à la fois une étape de notre histoire et l’avenir de notre pays », souligne Clément Grochain, président du Sénat coutumier Kanak, reconnaissant « qu’il y a encore beaucoup à améliorer ». Pour preuve, dans le centre-ville de Nouméa, une autre manifestation « citoyenne », aux accents militants en faveur de l’indépendance, était organisée, en présence de dirigeants du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak Socialiste). Le 4 novembre, un corps électoral restreint de Calédoniens sera appelé à répondre à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »

« Processus long » 

De façon totalement unique dans la République française, l’accord de Nouméa (1998) a institué une citoyenneté propre à la Nouvelle-Calédonie, censée faire émerger une communauté de destin au sein d’une société marquée par un passé colonial violent. Pour être « citoyen calédonien » et avoir le droit de voter aux élections provinciales, il faut résider de manière continue en Nouvelle-Calédonie depuis au moins novembre 1998. Ce statut confère également un accès privilégié au marché de l’emploi, qui est protégé.

©Albert Hubert

©Albert Hubert

Aujourd’hui, en dépit d’indéniables progrès dans l’apaisement des relations entre les groupes ethniques, la citoyenneté demeure toutefois une notion balbutiante, entravée par la fracture du paysage politique -indépendantistes et pro-français- et par l’ampleur des inégalités sociales. « On a peu avancé sur ce que veut dire de construire la Nouvelle-Calédonie avec le peuple autochtone. Le débat est toujours enfermé « pour ou contre » la France alors que la première question est : que veut-on construire ensemble ? », pointe Patrice Godin, anthropologue, déplorant qu’aucun « contrat social » n’ait été bâti depuis 1998.

Emmanuel Tjibaou regrette ainsi que si « les Kanak sont obligés de connaître la culture des Européens », le chemin inverse se fait difficilement. « Il faut naviguer à contre-courant de ce qui a été instauré comme la règle pendant près de 150 ans et qui a complètement laminé les concepts rattachés à la connaissance de l’autre », insiste-t-il. « C’est un processus long, il faut prendre son temps, on n’est pas obligé de courir ».

Avec AFP.

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