Mayotte : Statu-quo à l’issue de la réunion d’urgence sur l’insécurité

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© Mayotte Orange

En réaction de l’homicide d’un métropolitain vendredi dernier, le préfet Seymour Morsi a organisé une  réunion d’urgence sur l’insécurité sur le territoire. Mais après 1h30 de discussions, aucune mesure sécuritaire n’a été prise.

Trois jours après l’agression mortelle de Christophe à Kawéni, le procureur de la République a annoncé hier l’interpellation d’un des auteurs des faits. Il s’agit d’un mineur de 16 ans, déjà connu des services de police. Ce mineur sera déféré ce lundi au parquet qui va ouvrir une information judiciaire pour « vol avec violences entraînant la mort ». Il risque la réclusion criminelle à perpétuité, précise le communiqué. Le drame de Christophe Brousse pointe une nouvelle fois la situation explosive de la délinquance juvénile et l’insécurité dans le département. En mars dernier, le procureur Joël Garrigue faisait déjà état d’une situation inquiétante lors d’une conférence sur la sécurité:  » 35% des actes de délinquance à Mayotte sont le résultat des mineurs d’une moyenne d’âge 13 à 16 ans ». Après l’émoi et une marche blanche organisée samedi, la population mahoraise réclame aujourd’hui des solutions immédiates. Tel est l’objectif de la réunion entre la préfecture de Mayotte, les forces de l’ordre, des élus et des associations comme le Village d’Eva et l’AJKE.

Dilemme: prévention ou répression ?

Mais quelles pistes adopter ? Quand les autorités avancent la protection et la prévention, certaines couches de la populations prônent la répression. Lors de cette réunion, plusieurs solutions ont été avancées. Selon le site Linfokwezi, la présidente du Village d’Eva Aurélie Arribas a exprimé des solutions que son association a pu déjà proposer : scolariser tous les enfants, soutenir les actions associatives de manière plus forte, renforcer le nombre de policiers et de gendarmes de manière plus significative, créer un un restaurant solidaire pour nourrir les familles dans le besoin. L’association a également évoqué comme piste de « punir de manière plus ferme les délinquants. Une répression plus ferme constitue la principale solution pour certains mahorais qui n’hésitent plus à vouloir faire justice eux-mêmes. En plein conflit social, les habitants du village de M’tsapéré ont décidé de créer une milice dans leur quartier. Plus édifiant, le témoignage d’un homme rapporté par l’infokwezi lors cette réunion.  « Je suis un adulte et aujourd’hui je me bats avec des jeunes délinquants, un jour peut-être j’en tuerai un ou bien je serai tué », avoue-t-il. Au  témoignage de ce participant, le procureur a répondu que la justice privée n’était pas la solution. « Je suis conscient de la situation mais répondre par la violence fera de Mayotte un énorme champ de bataille. Il faut faire la différence entre la légitime défense et la vengeance, la justice c’est faire la différence. » À l’issue de cette première réunion d’urgence sur l’insécurité, aucune mesure sécuritaire immédiate n’a été adopté.

Renvois de responsabilités

La situation des mineurs isolés estimés à 3000 dans le département pose aussi la question de leur prise en charge. Le 12 avril dernier, la Ministre des Outre-mer George Pau-Langevin reconnaissait la difficulté pour le Conseil Départemental, compétent en matière d’aide à l’enfance, de prendre en charge ces jeunes. Ce lundi, Daniel ZAÏDANI, ex-Président du Département sur les ondes de Mayotte 1ère a critiqué à son tour l’action de l’Etat. Pour l’élu, »le fait des mineurs isolés sur le territoire est la résultante directe de la politique d’immigration menée par l’Etat ». « J’ai présenté à la Ministre de la décentralisation un dossier pour suivre la totalité des mineurs isolés à Mayotte, il y a quatre ans. Il me fallait 200 millions d’euros, ils m’ont donné zéro. Ils ont préféré donner des enveloppes aux associations alors que c’est de la charge du Conseil Départemental. Si les mineurs sont dans la rue, c’est à cause de l’Etat car la politique de reconduite aux frontières est inefficace et dévastatrice pour notre société « , conclut-il. Une seconde réunion d’urgence est prévue demain. Cette fois, elle réunira le préfet, le procureur, les cadis, les parlementaires et l’ensemble des maires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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