Journée internationale des Droits de l’Homme : « Il faut relire ce texte de 1968 pour comprendre ce que doit être l’anti-racisme aujourd’hui », Frédéric Potier

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« La Déclaration universelle des Droits de l’Homme est sans nul doute le legs le plus précieux de René Cassin », estime Frédéric Potier, Délégué interministériel à la Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les haines anti-LGBT (DILCRAH). En cette journée internationale des Droits de l’Homme, Frédéric Potier invite à relire le discours de René Cassin en 1968, lorsqu’il reçoit le Prix Nobel de la Paix.

Alors que certains ambitionnent d’installer dans le débat public des concepts aussi dangereux et contestables que « blanchité », « racisé » ou de « racisme d’Etat », il n’est pas inutile de relire René Cassin 69 années après que le prix Nobel de la Paix lui fut attribué. « Nous sommes tous les héritiers de René Cassin », conclut Gérard Israël à la fin de la bibliographie qu’il lui consacre. Figure lumineuse, modèle de rigueur et d’engagement, René Cassin doit plus que jamais nous inspirer et guider tous ceux qui luttent contre le racisme et l’antisémitisme. A la veille de la journée internationale des droits de l’Homme, alors que quelques personnalités confondent « lutte antiraciste » et « assignation identitaire », rappeler l’héritage de René Cassin constitue une absolue nécessité.

Né à Bayonne dans une famille juive très attachée à la République, René Cassin fut d’abord et avant tout un éminent juriste. Confronté dès son plus jeune âge à l’injustice et à l’antisémitisme avec l’affaire Dreyfus, il devient professeur de droit pendant l’entre-deux-guerres avant de rejoindre le Général de Gaulle dès juin 1940. Défenseur de la « dignité humaine », il participe à la rédaction des statuts de la France Libre avant de se consacrer à la création de ce qui deviendra l’ONU et l’UNESCO. Avec notamment Eléonore Roosevelt, il est un des principaux artisans de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948. Vice-président du Conseil d’Etat puis, membre du Conseil Constitutionnel, il porte la création de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dont il fut le président. Récompensant un parcours exemplaire au service de la défense des valeurs universelles et du droit, le prix Nobel de la Paix lui est décerné en décembre 1968.

Manifestation ant-raciste en novembre 2013 ©Baudet / SIPA

Manifestation ant-raciste en novembre 2013 ©Baudet / SIPA

Dans son discours de réception du prix Nobel de la Paix, il y a presque 69 ans jour pour jour, René Cassin tire les conclusions de la tragédie meurtrière que fut la Seconde Guerre Mondiale. « Brusquement le monde s’est trouvé, du fait et à l’occasion des violations graves, systématiques et innombrables commises sur l’ordre d’une véritable bande, en face d’un problème d’une ampleur insoupçonnée : protéger tout l’homme et protéger les droits de tous les hommes. »

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme est sans nul doute le legs le plus précieux de René Cassin, dont il faut rappeler sans cesse l’article 1er: « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. ».

Sa particularité, et René Cassin y insiste dans son discours du 11 décembre 1968, « c’est son universalité, elle s’applique à tous les êtres humains sans discrimination aucune, elle s’applique aussi à tous les territoires quel que soit leur régime économique ou politique. Elle s’explique sur la position de l’individu dans les différents groupes sociaux dont il fait partie notamment sur ses devoirs envers la collectivité et les autres membres de la société, mais en des termes postulant une société démocratique et excluant la toute-puissance d’un Etat autoritaire. »

Par sa passion de la France et par attachement à l’Etat de Droit, les mots de René Cassin résument mieux que personne la nécessité de concilier les principes républicains, la défense des valeurs universelles et la promotion des droits humains. A l’heure où réapparaissent en Lybie les formes d’un esclavage moderne révoltant, l’héritage de René Cassin doit plus que jamais être rappelé et défendu. Un message humaniste aussi lumineux que précis qu’il est indispensable de relire en ces temps de brouillages intellectuels, de repli identitaire et de fracturations communautaires.

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