Essais nucléaires en Polynésie: A Mururoa, un système rénové pour surveiller les sous-sols et prévenir une catastrophe

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©Grégory Boissy

Plus de vingt ans après la fin des essais nucléaire à Mururoa, en Polynésie française, l’Armée a inauguré mercredi (jeudi à Paris) le système de surveillance Telsite 2, destiné à prévenir un risque d’effondrement de bloc corallien de l’atoll susceptible de provoquer une vague géante.

Aboutissement d’un chantier de plus de 100 millions d’euros et de trois ans de travaux, Telsite 2 permet de détecter les mouvements souterrains grâce à un réseau de capteurs et de câbles fixés à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Toutes les données sont transmises en temps réel au Centre de Bruyères-le-Châtel du Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA). Selon l’Armée, la roche volcanique de cet atoll de l’archipel Tuamotu, en Polynésie française, n’est pas fragilisée, et il n’y a donc pas de risque de contamination radioactive, les essais nucléaires souterrains ayant été réalisés dans des forages à environ 1000 mètres de profondeur.

L’effondrement d’un pan de falaise, de l’ordre du million de mètres cubes, pourrait toutefois provoquer une vague de deux mètres sur place et d’un mètre sur la zone habitée de l’atoll. Dans ce cas, l’alerte serait donnée avec un préavis de 90 secondes : les militaires en zone vie seraient protégés par un mur, les autres devraient se réfugier sur des plateformes de sauvegarde. Ce type d’effondrement ne s’est produit qu’une fois à Mururoa, en 1979, après l’essai nucléaire Tydée. Trois hommes avaient été blessés sur l’atoll.

Ralentissement des mouvements 

Le glissement d’une loupe de calcaire de 600 à 700 millions de mètres cubes, beaucoup plus massif, pourrait quant à lui provoquer sur place une vague de 20 mètres, et de deux mètres sur l’atoll de Tureia, à 100 kilomètres au nord. Cette vague n’attendrait toutefois que les platiers (hauts-fonds) sud, est et ouest de Tureia, et non l’unique zone habitée, située au nord. Selon l’Armée, le système Telsite 2 permet d’anticiper de plusieurs semaines un tel effondrement. Le plan communal de sauvegarde serait ainsi activé à Tureia, et Mururoa serait évacuée. L’Armée juge ce scénario peu probable. « On observe depuis l’arrêt des essais en 1996 un net ralentissement du mouvement de ces masses de calcaire, inférieur à un millimètre par mois », a expliqué le Dr Frédéric Poirrier, chef du département de suivi des centres d’expérimentations nucléaires (DSCEN). « Il y a quatre niveaux de risque, et depuis les essais, on est toujours restés au niveau zéro » s’est réjoui le contrôleur général des Armées Paul Fouilland, responsable du projet Telsite 2.

Une trentaine de militaires résident en permanence à Mururoa pour assurer la surveillance de l’atoll. Tureia est peuplée d’un peu plus de 400 habitants. Selon les modélisations de l’Armée, aucun autre atoll ne serait affecté par cette vague. « Le chantier de Telsite a mobilisé plusieurs centaines d’ouvriers et d’ingénieurs entre juin 2015 et février 2018, avec une moyenne de 120 personnes en permanence sur l’atoll » a indiqué le lieutenant-colonel Teiti, coordonnateur local du projet Telsite 2.

Le DSCEN assure aussi la surveillance radiologique de Mururoa et Fangataufa. Des échantillons sont prélevés sur terre, dans le lagon et dans l’océan tous les ans. Ils sont analysés par un laboratoire de la direction des applications militaires du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). « La radioactivité dans l’environnement est très faible, en dehors de quatre zones sous-marines qui contiennent du plutonium » a précisé le Dr Poirrier. Son rapport annuel est adressé aux autorités de la Polynésie et de l’Etat, et rendu public sur le site internet du ministère des Armées.

Avec AFP.

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