En Guyane, des villages du Haut-Maroni attendent toujours l’électricité

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Des centrales solaires qui tournent à vide et des habitants qui perdent confiance dans le Haut-Maroni, dans l’ouest de la Guyane, la mise en électrification très attendue des villages amérindiens de l’intérieur connaît des ratés.

« L’électrification est un souhait des villageois depuis des années. Ils en ont absolument besoin », plaide Aimawale Opoya, chef coutumier de 45 ans, qui a grandi « à la lampe à pétrole » à Taluen, un des cinq villages amérindiens du Haut-Maroni, à plusieurs heures de pirogue et d’avion de Cayenne. « J’ai l’impression qu’on se moque de nous », se plaint André Cognat, fondateur d’Antécume Pata, village voisin. Ce territoire de grande nature où vit un millier d’habitants en relative autonomie regroupe des lieux-dits fluviaux des communautés amérindiennes wayana, teko et apalaï, dans la forêt à 350 kilomètres du littoral.

Jamais reliés à un réseau électrique, ces villages sont promis à l’électrification depuis 2009. Le projet d’installation d’une centrale solaire dans chacun des cinq lieux de vie, pour un montant total de plus de 12 millions d’euros, est porté par EDF et la Communauté de communes de l’ouest guyanais.
En 2016, l’inauguration anticipée du dispositif avait eu lieu en présence de Jean-Bernard Lévy, Pdg d’EDF. On n’avait « jamais vu un tel balai d’hélicoptères », s’agace André Cognat, en écho aux deux à quatre heures de pirogue plus une heure d’avion nécessaires pour rejoindre Cayenne.

Après deux ans de retard, les centrales ont été mises en service au premier trimestre 2018. Mais depuis, elles tournent à vide car seuls « 16 foyers » sur 230 sont reliés, selon EDF. La plupart des bâtiments publics (salles de classe, logements de fonctionnaires…) sont eux connectés. Atayu Kuliyaman, le directeur d’une des écoles raconte qu’en juin, l’équipe enseignante avait « mis la pression » au maire de Maripasoula, dont dépendent les villages, pour obtenir le courant. « La veille de la rentrée, on a été raccordés ». EDF a « anticipé », « on a tiré tous les câbles » pour aller jusqu’aux foyers, se défend le directeur régional d’EDF, qui reconnaît néanmoins que l’opération souffre de longueurs. Michel Durand cite un « problème de mise en conformité » des systèmes électriques des habitants, qu’il a fallu d’abord mettre aux normes.

Il évoque aussi l' »obstacle financier » que constitue le raccordement pour les « familles » dans un territoire à faibles ressources. Plusieurs d’entre elles disent pourtant avoir payé ou sollicité EDF mais restent dans l’attente. « Certains aimeraient monter un micro-projet de vente de poissons », presse Aikumalé Alemin, élu municipal.

« Très dangereux »

La Collectivité territoriale de Guyane doit se prononcer le 8 octobre sur une subvention à apporter aux habitants. Depuis des décennies, les familles équipent leur carbet (habitat traditionnelvamérindien) de petits générateurs. Les dépenses mensuelles sont six fois plus élevées que celles de tout autre citoyen français. Miki, la trentaine, consomme « 30 euros d’essence par jour » pour « la lumière, recharger le téléphone et le congélateur ».
A Antécume Pata, depuis les années 90 deux générateurs associatifs offraient le courant huit heures par jour. Mais ils « tombaient régulièrement en panne », « j’ai été obligé de les arrêter », regrette M. Cognat. Aujourd’hui, seules trois familles sur 400 habitants sont connectées aux centrales, et ceux qui le peuvent ont acheté un générateur personnel.

« C’est très dangereux » car ces appareils bruyants sont placés « dans les maisons », s’inquiète Aikumalé Alemin. Non équipée, Yakalela, mère de famille de 38 ans ne peut plus « utiliser (s)on congélateur ». Quant au centre de santé, il nécessite la mise en route d’un groupe électrogène à quelques mètres. La population est aussi perturbée par la limitation des consommations et du nombre d’appareils à brancher, les centrales ne fournissant pas suffisamment d’électricité. « Pour mon travail, j’ai besoin de faire marcher le rabot, la ponceuse, et comme maintenant l’eau du fleuve est sale il nous faut des machines à laver. Il me faut un système costaud », attend Aimawale Opoya, artisan du bois. « On n’exclut pas de faire évoluer l’outil », répond EDF. « On part d’une situation où il n’y avait rien, avec des outils nouveaux, donc il y a un besoin d’accompagnement. »

Avec AFP

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