Des descendants d’esclaves, de colons et d’engagés indiens créent une Fondation « Esclavage et Réconciliation »

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© CM98

«Esclavage et Réconciliation» est le nom d’une fondation à l’initiative de l’Association CM 98 (Comité Marche du 23 mai 1998). Une fondation portée par des descendants de colons,d’esclaves et d’engagés indiens.

Le 10 mai 2001, le Parlement reconnaissait « l’esclavage crime contre l’humanité ». Une date anniversaire régulièrement célébrée. Cette année-encore, plusieurs manifestations sont prévues. Notamment à Paris, où François Hollande présidera la cérémonie dans le Jardin du Luxembourg, en présence de nombreuses personnalités politiques. À noter la présence d’un invité exceptionnel, Jesse Jackson. Il faut noter également l’initiative prise par l’association CM 98 (Comité Marche du 23 mai 1998), de créer une Fondation « Esclavage et Réconciliation ». Pour Serge Romana, professeur de médecine et président de CM 98, il s’agit de dépasser la prégnance d’une mémoire conflictuelle. Cette démarche de création d’une fondation portée par plusieurs personnalités, originaires des Outre-mer, tous descendants d’esclaves, de colons et d’engagés indiens. On retrouve parmi les membres fondateurs: Serge Romana, Bernard Hayot, Eric de Lucy, José Gaddharkan Luc Laventure,Serge Guézo, Jean-Luc Cafournet, Roger de Jaham, Judes Galli, Daniel Marival, Marijosé Alie Monthieux, Emmanuel GordienViviane Rolle- Romana.

«L’esclavage dans nos territoires reste une problématique très conflictuelle. Réunir Esclavage et Réconciliation semble être un oxymore. Dans nos pays, beaucoup refusent d’en entendre parler et une minorité active accuse les descendants de colons d’avoir des ancêtres esclavagistes et milite pour obtenir des réparations. Difficile dans ces conditions d’aborder ensemble l’avenir. Comme le nom de la Fondation l’indique, notre objectif est de construire une mémoire de l’esclavage acceptable pour la majorité de nos peuples ouvrant la voie à la réconciliation des diverses composantes de nos sociétés», explique Serge Romana. Ce changement d’optique permet ainsi selon ce professeur de médecine d’avoir une mémoire apaisée de nos premiers Temps qui est indispensable si l’on veut jeter les bases des sociétés solidaires, dynamiques pour les générations futures.. «À la différence des Juifs, des Arméniens ou des Tutsis  qui existaient le génocide qui les frappa, l’esclavage, qui a duré 213 ans dans nos sociétés, constitue notre temps de naissance. Il est vital de construire une mémoire apaisée de ce temps de naissance. Si l’on ne considère que son aspect dramatique, on risque de porter éternellement la haine et la souffrance dans nos cœurs. Et cela, nous ne le voulions pas. Tout le travail de notre association a été, depuis 18 ans, d’inverser la honte qui pesait sur l’esclave et de leur restituer leur statut de parents et d’êtres humains victimes d’un crime contre l’humanité qu’il fallait honorer. Aujourd’hui, nous sommes devenus des enfants de survivants qui nous avaient transmis leur force de vie. C’est après avoir réalisé ce travail d’affiliation et rempli d’une identité plus forte que nous avons pu aller en direction des autres composantes de nos sociétés, en particulier vers les descendants de colons».

Serge Romana (au centre) lors de la cérémonie d'hommage à Victor Schoelcher le 27 avril dernier.

Serge Romana (au centre) lors de la cérémonie d’hommage à Victor Schoelcher le 27 avril dernier.

Les membres de cette fondation souhaitent poursuivre ce travail de reconnaissance de l’esclavage en unissant toutes les composantes de la société antillaise (descendants de colons,d’esclaves et d’engagés indiens). « C’est une superbe marque d’espoir de montrer sur la base d’une histoire traumatique durant laquelle nos aïeux ont eu des positions antagoniques, nous sommes capables de construire ensemble », poursuit Serge Romana. Cette fondation a pour mission de garantir le travail mémoriel en soutenant l’exploration des archives afin de donner aux esclaves une généalogie et aux descendants une affiliation, de permettre le développement d’études historiques, anthropologiques et psychologiques sur les sociétés postesclavagistes, la promotion d’un tourisme mémoriel entre les départements d’Outre-mer, l’Hexagone et l’Afrique. Plusieurs délégations de l’association CM 98 ,toujours dans une volonté d’apaisement seront présents dans les différents lieux de commémoration du 10 mai à Paris comme en province.

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