Déconfinement : La Polynésie reprend le travail et le chemin des plages

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©Outremers360 (Archives)

Depuis mercredi, les îles de Tahiti et Moorea en Polynésie française sont entrées en « allègement du confinement ». Les habitants des deux principales îles de l’archipel reprennent lentement leurs habitudes, entre travail, plages, commerces et restauration.

Plages et spots de surf étaient bondés mercredi, jour officiel « d’allègement du confinement » décidé par le haut-commissaire de Polynésie, bien avant l’Hexagone. Mais plusieurs mesures subsistent, comme la suspension des rotations aériennes, les gestes barrières, le couvre-feu, ou encore la fermeture des établissements scolaires, au moins jusqu’au 18 mai. La Polynésie ne recense à ce jour que 58 personnes touchées par le coronavirus. Tahiti, l’île la plus peuplée, et Moorea, l’île voisine, qui ont concentré la majorité des cas, ont été les dernières de l’archipel à entamer cet « allègement » du confinement, les autres îles ayant commencé depuis le 20 avril.

Commerces, restaurants et gestes barrières

Presque tous les commerces ont rouvert. « Il était temps de reprendre le travail parce qu’après un mois à la maison on commençait à perdre un peu la tête. Cela fait du bien de retrouver les collègues de travail », a confié une manager d’une boutique de vêtement de surf, interrogée par Tahiti-infos. Ruban adhésif au sol pour la distanciation sociale, plexiglass aux caisses, gel hydroalcoolique pour les clients et masques pour les équipes : tout a été préparé pour respecter les gestes barrières et les consignes du gouvernement local.

Les restaurants, fermés depuis le 20 mars, ont accueilli du monde. « La reprise a été timide le matin, mais à partir midi on a commencé à accueillir de plus en plus de monde. Les clients étaient tous contents de pouvoir se retrouver autour d’une table et de partager un bon repas », se réjouit la propriétaire d’un restaurant de Papeete, qui a adapté sa terrasse. « Les tables sont bien espacées entre elles, et elles sont toutes désinfectées entre chaque client, et tous nos employés sont équipés de masques », poursuit-elle, toujours interrogée par Tahiti-infos.

Mais ce sont les fast-food qui, semblent-ils, ont attiré les clients en cette première semaine de déconfinement. Au centre-ville de Papeete, le drive-in du McDonald’s a dû proposer un parcours spécial dans les rues pour éviter de paralyser la circulation. « Ça a trop manqué à mon mari et à ma fille, alors on va beaucoup commander », assure Heimiti Tarahu, une cliente qui patiente au volant.

« Retrouver ce goût de salé »

Cet engouement a provoqué la colère de quelques militants qui ont manifesté devant les automobilistes, pancartes anti-malbouffe en mains. « On a un taux d’obésité et de diabète hallucinants, ça devrait être interdit, on a prouvé avec l’alcool qu’on pouvait le faire ! », s’indigne Moea Pereyre, l’une des manifestantes. De leurs côtés, les roulottes, très prisées, sont désavantagées par le couvre-feu qui commencent à 21h. L’alcool a été interdit plusieurs semaines pendant le confinement et sa vente est toujours restreinte en Polynésie.

Mais le plaisir du déconfinement en Polynésie, c’est surtout le retour sur les plages publiques. Et dès 8h du matin, les premiers baigneurs posaient déjà leurs paréos sur le sable chaud. « Cela change de la sortie au supermarché pour faire les courses. Ça nous permet de respirer et de se faire un peu plaisir après un mois de confinement à la maison », confie une habitante de Tahiti au quotidien gratuit de la Collectivité. D’autres ont retrouvé l’allégresse du surf, qui commençait à manquer, « un peu comme une drogue ». « Cela fait plaisir de retrouver ce goût de salé en bouche, de se crasher sur une vague et aussi de retrouver les copains ».

Distance de « six cocos »

Toujours concernés par certaines mesures de restrictions, un couple prend son mal en patience et tente d’ajuster un masque en tissu bariolé sur le visage d’un jeune enfant. Un médecin vient de les distribuer à cette famille de pêcheurs originaire de Takaroa, un atoll des Tuamotu. « Je suis venue accoucher de mon troisième enfant avant le confinement, on n’a pas pu repartir », regrette Cindy Tufariua. Le couple a dû louer un appartement en catastrophe, et attend la réouverture des vols inter-îles.

Faute de masques chirurgicaux en nombre suffisant, la population est invitée à les fabriquer en tissu, ou à les acheter aux artisans au prix de 500 francs Pacifique (un peu plus de 4 euros). Beaucoup en portent déjà, le nec plus ultra étant de le confectionner dans le même tissu que sa chemise ou sa robe à fleurs locales. Par conséquent, les commerces de tissu ont le vent en poupe.

Habitués à se faire la bise, les Tahitiens apprennent aussi à renoncer à cette coutume. Les autorités locales ont adapté les consignes de distanciation sociale à la sauce polynésienne : le ministère du Tourisme préconise un espace de « six cocos » entre deux personnes, tandis que le CESEC recommande de les espacer de « douze tupa » (crabes, en tahitien).

« Faire marche arrière (…) si cela est nécessaire »

Satisfait de la réouverture des commerces, le président de la CPME, Christophe Plée, déplore en revanche que la moitié des demandes des entreprises pour obtenir une aide du fonds de solidarité ait été rejetée pour des erreurs de forme. « C’est 180 000 francs (1.500 euros) pour mars mais aussi pour avril, donc il faut absolument que les patentés et les chefs d’entreprises aillent chercher ces fonds qui sont à disposition pour aider ceux qui ont beaucoup perdu », a-t-il déclaré à l’AFP. Le confinement et l’arrêt total du tourisme, principale ressource de la collectivité, ont fragilisé toute l’économie locale.

Les autorités gardent bon espoir d’avoir maîtrisé l’épidémie, mais se donnent jusqu’au 13 mai pour annoncer de nouvelles mesures de déconfinement. « Toutes les mesures énoncées pour l’allégement du confinement sont bien sûr réversibles si une propagation du virus apparaît. Il sera donc possible de faire marche arrière et d’ajuster les mesures si cela est nécessaire », avait prévenu le Haut-commissaire Dominique Sorain. Pour l’instant, les rassemblements publics restent interdits, tout comme les déplacements d’une île à l’autre, sauf entre Tahiti et Moorea. Et les discothèques, les cinémas et les salles de sports restent fermés.

Avec AFP.

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