Dans un hôtel en Polynésie, malaise autour d’une grève sur fond de viol collectif

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©Intercontinental Moorea

C’est l’affaire qui créé le malaise en Polynésie française cette semaine. Depuis le jeudi 29 août, 80% du personnel de l’hôtel Intercontinental de l’île de Moorea est en grève. Principale revendication : la réintégration de quatre employés, mis à pied à titre conservatoire car suspectés de viol sur une de leur collègue. 

« En tant que femmes, on ne peut pas admettre qu’on fasse ça : une grève parce que des agresseurs ont été mis à pied… Non ! S’ils ont des revendications salariales ou de travail, pas de problème. On ne mélange pas ça. Mais qu’ils laissent faire la justice pour cette jeune dame. C’est choquant parce qu’ils doivent protéger tout le monde : hommes, jeunes, papas, mamans, et surtout jeunes femmes », a déclaré Irmine Tehei, présidente de l’Union des femmes francophones d’Océanie (UFFO), à la chaîne TNTV.

Les faits remontent au mois de juillet, dans la chambre froide attenante aux cuisines de l’Intercontinental de l’île de Moorea. Âgée de 24 ans et employée en extra, une jeune femme aurait été violée par quatre de ces collègues, « à tour de rôle, pendant que deux d’entre eux faisaient le gué à la porte », relate Polynésie la 1ère. Selon l’antenne locale de France Télévision, l’employée aurait été harcelée depuis plusieurs mois avant que ses agresseurs passent à l’acte. « La jeune femme s’est vue offrir un CDD qu’elle a refusé. Son mari, employé lui aussi à l’hôtel, n’a pas compris son refus et a insisté pour en savoir plus », poursuivent nos confrères.

« On ne peut pas rester sans rien faire »

« C’est son mari qui l’aurait persuadée d’aller trouver la direction. Un long entretien qui laissera le directeur de l’Intercontinental de Moorea convaincu qu’il s’est bien passé quelque chose de grave dans la chambre froide. Grâce à lui et à son mari, la jeune femme trouve le courage de porter plainte à la gendarmerie », rapporte de son côté Radio 1 Tahiti. Le directeur saisi le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de l’hôtel et les quatre employés sont mis à pied. Ces derniers nient et ont porté plainte pour diffamation. Le lendemain, le syndicat O Oe To Oe Rima dépose un préavis de grève dont la première revendication est la réintégration des quatre employés.

« Par rapport à la gravité des faits, il n’y a pas d’autres options, on ne peut pas rester sans rien faire », a justifié Guillaume Epinette, le directeur général des hôtels Intercontinental. « Nous, on doit prendre des décisions pour assurer la sécurité du reste de l’équipe, et même celle des gens mis en cause. On ne peut pas les laisser cohabiter tous ensemble », poursuit-il au micro de Radio 1. « Je suis stupéfait de voir un mouvement de grève alors qu’on a voulu protéger notre salariée », a dit de son côté Richard Bailey, PDG du groupe hôtelier. « Dans quel genre de société voulons-nous vivre ? ».

« Aujourd’hui on accuse, mais derrière eux aussi ils ont des familles », défend Atonia Teriinohorai, secrétaire général du syndicat O Oe To Oe Rima. « Nous on a demandé à la direction d’abord d’attendre la décision de mise à pied mais qu’ils soient rémunérés et une fois que la justice aura confirmé ou non, à ce moment, la décision sera tombée ». Interrogé sur son piquet de grève à Moorea, le délégué syndical employé de l’hôtel demande à ce que la sanction soit levée en attendant les conclusions de l’enquête de la gendarmerie.

« Outrée »

Actuellement hospitalisée pour dépression sévère après avoir tenté de mettre fin à ses jours, la jeune femme a reçu le soutien de l’association Vahine Orama et de l’UFFO. « C’est impossible qu’elle puisse inventer » de tels faits, assure Lolita Sam Yiou, secrétaire de Vahine Orama Moorea. L’association s’est entretenu avec la jeune femme et lui fournira un avocat pour se défendre. « Je suis outrée », a-t-elle poursuivi : « le syndicat essaye de court-circuiter la procédure que l’entreprise a mis en place. (…) Ils font endosser cette responsabilité à des pères de familles, des mères de famille (…) pour soutenir ce genre de méfaits ».

Lolita Sam Yiou fustige également « la réaction des syndicats, qui tentent d’instrumentaliser ce crime présumé à leur profit et au détriment de la jeune femme ». De son côté, l’UFFO a assuré son soutien à « cette jeune femme et à son entourage. Nous souhaitons que toute la vérité sorte sur cette affaire. Nous exhortons les organisations du monde du travail à agir, et encourageons les femmes victimes à parler pour que le silence ne règne plus ». Pour l’Union, cette mise à pied est « une mesure de protection légale normale lorsque l’on suspecte des faits gravissimes ».

L’affaire, qui a des répercussions sur l’image du groupe hôtelier, a forcé ce dernier, qui gère les enseignes Intercontinental, le restaurant Le Lotus, The Brando, les hôtels Maitai, le Moorea Dolphin Center, Polynésie Voyages et le Paul Gauguin, à ne pas participer au salon du Tourisme en Polynésie.

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