Culture: Le Réunionnais Danyèl Waro, toujours possédé par le maloya, à La Seine Musicale

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Le Réunionnais Danyèl Waro se produira mardi à l’auditorium de La Seine Musicale: une reconnaissance de l’importance de ce musicien qui a fait sortir le maloya, musique héritée des esclaves, des champs de canne à sucre pour le diffuser à travers le monde.

Chanteur, conteur, poète, percussionniste, Danyèl Waro est possédé par le maloya depuis l’adolescence. Il est devenu le grand militant de cette musique qui servait d’exutoire pour les esclaves noirs, venus d’Afrique et de Madagascar couper la canne à sucre sur l’ancienne Île Bourbon. Descendants de ces esclaves, Granmoun Lele et Firmin Viry ont perpétué cette tradition de chants et contrechants sur fond de roulements de roulèr (gros tambour).

Waro, alors membre du Parti communiste réunionnais, découvre leur maloya et s’en empare immédiatement. Il y trouve le vecteur idéal de sa poésie, sa révolte, son blues, sa défense de la culture et de la langue créoles. Le maloya prend toute sa dimension dans les « servis kabar », réunions de centaines de personnes où l’on rend hommage aux ancêtres et aux esprits avant de les inviter à se manifester en chantant et dansant. Danyèl Waro tente d’en restituer l’ambiance à chacun de ses concerts.

La tignasse et la barbiche de celui qui fut emprisonné pour insoumission à l’armée française, ont blanchi. Mais ce fils d’un agriculteur descendant d’un « petit blanc des hauts » (parmi les premiers habitants de l’île) et d’une créole, n’a rien perdu à 63 ans de sa verve.

Au service de la créolité

« Monmon », son huitième disque, paru en 2017 et dont les compositions ont longuement maturé, en est la preuve éclatante. Dans la chanson-titre, son chant devient requiem dans un hommage vibrant à la figure maternelle.

Il transpose en créole une chanson de Georges Brassens, évidemment « La Mauvaise Réputation », aborde des sujets aussi différents que Dieu, la culture du riz ou la mort, croise sa voix avec celles corses de A Filetta… et possède cet art de magnifier le créole de son île (ses textes, ce que ce refusait auparavant ce jusqu’au-boutiste, sont désormais traduits, permettant au profane de les goûter pleinement).

Le Prix artiste du World Music Expo (Womex) – plus grand salon mondial des musiques du monde – et le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros pour son septième disque « Aou Amwin », avaient couronné en 2010 son entêtement et son talent. Il ne s’est pas endormi sur ces lauriers. Lui succèderont quatre jours plus tard (le 17 mars) dans la même salle les chanteurs bahianais Gilberto Gil et Gal Costa.

Militants et passeurs eux aussi, ils oeuvrent depuis plus d’un demi-siècle à la popularisation du « tropicalisme », un mouvement musical révolutionnaire qu’ils ont avec quelques camarades initié au milieu des années 1960 à Salvador de Bahia et qui a révolutionné la musique brésilienne.

Un mouvement prônant l’ouverture de la samba et autres musiques brésilienne à la pop, au rock, au reggae, dans un Brésil alors replié sur lui-même et soumis à une dictature militaire. Leur cadet Nando Reis est le dernier membre d’un trio baptisé pour cette tournée « Trinca de Ases » (« Brelan d’As »).

 

Avec AFP

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