Brésil : Des milliers de représentants autochtones revendiquent leurs droits à Brasilia

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Des membres des tribus indigènes du Brésil se livrent à une cérémonie rituelle à l’occasion de leur mobilisation annuelle à Brasilia ©AFP / Carl de Souza

Plusieurs milliers de représentants de tribus autochtones du Brésil étaient rassemblés mercredi en plein cœur de Brasilia, déterminés à faire valoir leur droit à la terre face à un gouvernement Bolsonaro ouvertement hostile.

Selon les organisateurs, environ 4 000 indigènes participent dans la capitale jusqu’à vendredi à cette 15ème édition du « Camp de la terre libre » (« Acampamento Terra Livre »). Les forces de l’ordre étaient particulièrement nombreux, mercredi, dans le centre de Brasilia. Sur le campement, des indigènes en tenue traditionnelle, corps tatoués et masques de plumes multicolores, chantaient. Sur des bannières on pouvait lire : « Nos terres sont sacrées. Pas d’extractions minières sur nos territoires », ou encore, « Nous exigeons les démarcations de nos terres ». « Cela a été très difficile pour nous de conquérir nos droits et ils diminuent peu à peu. Nous sommes ici pour demander davantage de respect », a expliqué Camila Silveiro, étudiante indigène de 22 ans.

Une femme indigène du Brésil venue pour la mobilisation annuelle des tribus indigènes du pays ©AFP / Carl de Souza

Une femme indigène du Brésil venue pour la mobilisation annuelle des tribus indigènes du pays ©AFP / Carl de Souza

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique Sergio Moro a ordonné la mobilisation de la Force nationale sur l’Esplanade des ministères et de la Place des Trois pouvoirs où sont situés le gouvernement, le Congrès et la Cour suprême. Les premières tentes ont été installées dans la nuit de mardi à mercredi au cœur de l’Esplanade des Ministères. Mais à la mi-journée, après une longue négociation avec les forces de l’ordre, les organisateurs ont accepté de les déplacer quelques centaines de mètres plus loin, sur une place proche du Théâtre national.

Pas les bienvenus 

« Notre camp se tient depuis plus de 15 ans de manière pacifique, dans le but de donner de la visibilité à nos luttes quotidiennes », s’est offusquée la Coordination des peuples indigènes du Brésil (APIB) dans un communiqué. « Si le général Augusto Heleno (chef du cabinet de la Sécurité institutionnelle, ndlr) prétend empêcher les actes de violence, qu’il s’occupe des grands propriétaires terriens qui envahissent nos territoires et tuent nos familles », a ajouté l’APIB. « Nous n’allons plus faire face à ces attaques les bras croisés », a affirmé mercredi lors d’une conférence de presse la coordinatrice de l’APIB, Sonia Guajajara. « Nous ne nous battons pas seulement pour nos droits constitutionnels, nous nous battons pour notre droit d’exister. C’est notre terre qui est en jeu », a-t-elle ajouté.

Le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui a pris ses fonctions le 1er janvier, a envoyé au début du mois un message aux indigènes leur signifiant qu’ils n’étaient pas les bienvenus à Brasilia. « Nous souhaitons le meilleur aux indigènes du Brésil, qui sont autant des êtres humains que n’importe qui d’autre ici (…), mais cette fiesta va devoir cesser sous notre gouvernement », a lancé l’ex-capitaine, critiquant de supposées utilisations de fonds publics. « Dix mille indigènes sont attendus ici à Brasilia », a-t-il dit sur Facebook, « et qui va payer la facture pour ces 10 000 indiens qui vont venir ? Vous ! ». Une allégation réfutée par l’APIB, qui a assuré que le rassemblement était financé sur ses propres ressources.

Des policiers brésiliens déployés à l'occasion du campement annuel des tribus indigènes du pays, devant le bâtiment du Congrès à Brasilia ©AFP / Carl de Souza

Des policiers brésiliens déployés à l’occasion du campement annuel des tribus indigènes du pays, devant le bâtiment du Congrès à Brasilia ©AFP / Carl de Souza

La liste des doléances des populations autochtones ne cesse de s’allonger depuis l’élection de Jair Bolsonaro. Dès son entrée en fonction, il a retiré à la Funai, organisme public chargé des questions indigènes, ses attributions en matière de démarcation des terres et d’octroi de licences environnementales, au profit d’un ministère de l’Agriculture totalement acquis à la cause de l’agro-négoce.

« Fin du monde » 

« Ce gouvernement veut exterminer les indigènes, mais nous sommes un peuple guerrier », a déclaré le cacique Dara, du peuple Tupi-Guarani, lors de la conférence de presse de l’APIB. « S’ils en finissent avec les indigènes, s’ils arrachent tous les arbres jusqu’au dernier, ce ne sera pas seulement la fin de notre peuple, ce sera la fin du monde », a-t-il ajouté, en référence à l’importance des indigènes pour la préservation de la forêt amazonienne, le « poumon de la planète ». Selon de nombreuses ONG et associations, les invasions de terres indigènes se sont multipliées sous le gouvernement Bolsonaro.

Quelque 800 000 indigènes et 305 ethnies vivent au Brésil, pays-continent de 209 millions d’habitants. La Constitution leur accorde le droit d’usage exclusif de leurs terres mais leur délimitation est de plus en plus menacée par l’expansion de l’agriculture, les extractions minières et la déforestation illégale.

Avec AFP.

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